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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2500813

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2500813

jeudi 3 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2500813
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté les requêtes de M. C A B, qui contestait un arrêté du préfet de la Marne l’assignant à résidence pour 45 jours (n° 2500813) et un arrêté du préfet de la Moselle lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d’un an (n° 2500936). Le juge a écarté l’ensemble des moyens soulevés, notamment l’incompétence du signataire, l’insuffisance de motivation, la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, et l’exception d’illégalité des décisions sous-jacentes. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 16 mars 2025, sous le n° 2500813, M. C A B, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 11 mars 2025 par lequel le préfet de la Marne a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement ;

- il réside à Morhange et suit un traitement médical au centre hospitalier de Metz-Thionville ;

- les modalités de mise en œuvre de l'assignation à résidence sont disproportionnée ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.

II. Par une ordonnance du 25 mars 2025, enregistrée le 26 mars 2025 au greffe du tribunal, sous le n° 2500936, le magistrat délégué du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal, en application de l'article R. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requête présentée par M. C A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Strasbourg le 25 février 2025, M. C A B, représenté Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour est elle-même illégale, compte tenu de l'insuffisance de motivation, de ce que sa demande de renouvellement est toujours en cours d'instruction, de ce qu'il est fondé à obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant et de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de ce refus sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle a méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il était détenteur d'une autorisation provisoire de séjour en cours de validité ;

- le préfet de la Moselle a omis de procéder à la vérification préalable de son droit au séjour ;

- il n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2025, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Friedrich, premier conseiller.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clemmy Friedrich a été entendu au cours de l'audience publique.

M. A B et le préfet de la Marne n'étaient ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée, l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. A B a été enregistrée le 2 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 15 mai 2003 à Yaoundé, demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'arrêté du 11 mars 2025 par lequel le préfet de la Marne a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Les requêtes n° 2500813 et n° 2500936, présentées pour M. A B, concernent la situation d'un même ressortissant étranger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A B a présenté plusieurs demandes de titre de séjour sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), toutes ont été rejetées comme incomplètes par des décisions dont il est attesté par les éléments produits en défense par le préfet de la Marne que l'intéressé en a pris connaissance. Dès lors qu'un refus de titre de séjour motivé par l'incomplétude de la demande constitue une décision insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux, M. A B n'est pas fondé, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, à exciper de l'illégalité de ces refus.

5. La décision en litige mentionne les textes sur le fondement desquels elle a été édictée et les éléments de fait en considération desquels elle est intervenue. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. M. A B ne justifie pas disposer, à la date de la décision en litige, d'une autorisation provisoire de séjour en cours de validité. En toute hypothèse, les effets attachés à un tel document, qui est délivré pour permettre à un étranger de demeurer régulièrement en France pendant la durée nécessaire à l'administration pour l'instruction de sa demande de séjour, deviennent caducs à compter de la notification de la décision prise par l'administration sur cette demande. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A B aurait déposé une demande de titre de séjour qui, à la date de la décision en litige, serait toujours en cours d'instruction. Cette décision, qui a été prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est ainsi par dépourvue de base légale.

7. Il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait omis de procéder à un examen complet de la situation personnelle de M. A B.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs sur le fondement desquels a été prise la décision en litige, que le préfet de la Moselle, en appréciant la situation personnelle de M. A B et notamment en détaillant les éléments susceptibles de lui donner droit au séjour, a implicitement mais nécessairement examiné le droit au séjour de celui-ci, conformément à ce que prévoient les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. M. A B, en se bornant à soutenir qu'il poursuit des études en France et qu'il justifie de liens personnels et familiaux en France, sans du reste l'établir, ne démontre pas que le préfet de la Moselle, en prenant la décision en litige, aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'il est constant que celui-là est célibataire, sans enfant à charge, que la durée de sa présence en France est brève et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas du procès-verbal de l'audition effectuée le 30 janvier 2025 dans le cadre de la vérification de son droit de circulation ou de séjour, que M. A B aurait manifesté son intention de ne pas se soumettre à une éventuelle mesure d'éloignement prise à son endroit. De plus, il justifie être hébergé gracieusement chez sa tante, en concordance avec les déclarations faites auprès des autorités de police dans le cadre de l'audition précitée. Dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir que le préfet de la Moselle, en lui refusant un délai de départ volontaire, a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des présentes conclusions, que la décision portant refus d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire doit être annulée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant désignation du pays de renvoi :

13. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'encontre de la décision portant désignation du pays de renvoi, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

15. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise sur le fondement des dispositions citées au point précédent, l'annulation de la décision portant refus d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire, qui a été prononcée au point 12 du présent jugement, prive de base légale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des présentes conclusions, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :

17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

18. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise sur le fondement des dispositions citées au point précédent, l'annulation de la décision portant refus d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire, qui a été prononcée au point 12 du présent jugement, prive de base légale la décision ordonnant l'assignation à résidence de M. A B.

19. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des présentes conclusions, que la décision portant assignation à résidence doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Les annulations prononcées par le présent jugement n'impliquent le prononcé d'aucune mesure d'exécution et, par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 janvier 2025 pris par le préfet de la Moselle, en tant qu'il refuse à M. A B un délai de départ volontaire et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 11 mars 2025 pris par le préfet de la Marne est annulé.

Article 3 : L'État versera à M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Marne.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle et au ministre de l'intérieur.

Conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article R. 922-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. A B l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

C. FRIEDRICHLa greffière,

Signé

S. VICENTE

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2500813 et 2500936

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