jeudi 3 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2500879 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mars 2025, M. E B, représenté par Me Brigitte Bertin, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 29 août 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet ;
2°) à titre subsidiaire, de lui désigner un représentant légal ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de supprimer le signalement dont il a fait l'objet aux fins de non-admission dans le système d'informations " Schengen " ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée ne pouvait être légalement prise car il était mineur à la date à laquelle elle a été édictée ;
- le signataire de cette décision est incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est intervenue sans qu'au préalable il ait été mis en mesure de présenter des observations ;
- elle est entachée d'une exception d'illégalité, dès lors que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Friedrich, premier conseiller.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Clemmy Friedrich a été entendu au cours de l'audience publique.
M. B et le préfet de l'Aube n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée, l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien déclarant être né le 21 octobre 2007 à Daloa, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prononcée à son encontre par un arrêté du 18 juin 2024 édicté par le préfet du Nord.
2. Par un arrêté du 31 mai 2024, régulièrement publié le même jour dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Aube, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D A, directrice de la citoyenneté, de la légalité et des collectivités locales, a donné à Mme F C, cheffe du service des étrangers, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de ce service, à l'exception de certains parmi lesquels ne figurent pas les décisions portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée à la date d'édiction de la décision en litige, M. B n'est pas fondé à soutenir que Mme C serait dépourvue de compétence pour signer cette décision et, par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
4. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour prolonger de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B par le préfet du Nord par un arrêté du 18 juin 2024, la préfète de l'Aube a pris en considération que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet par ce même arrêté, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, qu'il n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine et, enfin, en retenant qu'il est né en 2003 et qu'il est entré en France à l'âge de 19 ans, elle a nécessairement tenu compte de la durée de sa présence en France. La décision en litige comporte ainsi les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde et, par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.
6. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de celles produites en défense par le préfet de l'Aube, que M. B a été entendu par les services départementaux de la police nationale préalablement à l'édiction de la décision en litige. Au cours de cette audition, l'intéressé a notamment été interrogé sur son identité, sa nationalité, sa date et ses conditions d'entrée sur le territoire français. Alors qu'il a apporté des réponses précises et circonstanciées à ces questions, il n'établit ni même n'allègue qu'il aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise, à son encontre, la décision en litige et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette mesure. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu.
8. Une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle n'est recevable que tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.
9. Il ressort des pièces du dossier que, le 18 juin 2024, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français qui lui ont été notifiées le 18 juin 2024 avec l'indication des délais et voies de recours. Tandis qu'il ne soutient ni même n'allègue avoir formé un recours contentieux contre ces deux décisions, celles-ci doivent être regardées comme ayant acquis, au jour de l'introduction de la présente requête, un caractère définitif. Dès lors, il découle de ce qui a été exposé au point précédent que M. B n'est pas fondé, pour contester la légalité de la décision en litige, à exciper de l'illégalité des décisions précitées du 18 juin 2024 et notamment à faire valoir que sa minorité ferait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de l'Aube.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
C. FRIEDRICHLa greffière,
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600864
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a été saisi de trois requêtes en excès de pouvoir visant des arrêtés préfectoraux ordonnant le transfert vers la Suède et l'assignation à résidence de demandeurs d'asile. La juridiction a rejeté les demandes d'annulation, considérant que les moyens soulevés, notamment sur la motivation, le respect des droits de la défense et l'application du règlement Dublin III (UE n°604/2013), n'étaient pas fondés. Les décisions attaquées ont ainsi été jugées régulières au regard du droit des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600876
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision du directeur territorial de l'OFII refusant les conditions matérielles d’accueil à l’enfant mineure. Le juge a retenu que l’autorité avait méconnu les exigences procédurales, notamment l’obligation de motivation et la prise en compte de la vulnérabilité de la famille, prescrites par les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La requérante a également été admise à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle en raison de l’urgence de sa situation.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600899
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté préfectoral prolongeant son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le défaut d'interprète lors de la notification, invoqué au titre de l'article L. 141-3 du CESEDA, était inopérant car il n'affecte pas la légalité de la décision. Il a également estimé que la condition de perspectives raisonnables d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du CESEDA, était satisfaite au vu des démarches engagées par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — N° TA51-2600833
Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus des conditions matérielles d’accueil (CMA) notifié par l’OFII. Le juge a estimé que la décision, fondée sur l’article L. 551-15 du CESEDA pour un dépôt de demande d’asile hors du délai de 90 jours, était correctement motivée et avait pris en compte la situation du requérant. Les moyens soulevés, notamment sur l’examen de la vulnérabilité et la formation de l’agent, n’ont pas été retenus.
01/04/2026