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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002809

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002809

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002809
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP JOUBERT DEMAREST MERLINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 novembre 2020, 13 janvier et 27 septembre 2022, la commune de Culey, représentée par Me Demarest, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement les sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Daniel Laurent à lui verser une indemnité de 108 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison des désordres affectant la toiture de l'espace Gaston Génin ;

2°) de condamner solidairement les sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Gouverd TP à lui verser une indemnité de 36 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison des désordres affectant la dalle de l'espace Gaston Génin ;

3°) à défaut, de prescrire, en application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une nouvelle expertise portant sur les désordres affectant cet espace ;

4°) de mettre à la charge des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine, Daniel Laurent et Gouverd TP la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rapport d'expertise M. A doit être écarté des débats ;

- la responsabilité des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Daniel Laurent doit être engagée au titre de la garantie de parfait achèvement ou, à titre subsidiaire, au titre de la garantie décennale en raison des désordres affectant la membrane d'étanchéité de la toiture de l'espace Gaston Génin ;

- la responsabilité des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Daniel Laurent doit être engagée au titre de la garantie de parfait achèvement ou, à titre subsidiaire, au titre de la responsabilité contractuelle de droit commun ou, à titre infiniment subsidiaire, au titre de la garantie décennale en raison de l'absence de protection des poutres affectant la toiture de l'espace Gaston Génin ;

- la responsabilité des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Gouverd TP doit être engagée au titre de la garantie de parfait achèvement ou, à titre subsidiaire, au titre de la responsabilité contractuelle des constructeurs en raison des désordres affectant le dallage de l'espace Gaston Génin ;

- elle a subi un préjudice de 108 000 euros TTC s'agissant des désordres affectant la toiture et de 36 000 euros TTC s'agissant des désordres affectant le dallage, soit un total de 144 000 euros TTC.

Par des mémoires enregistrés le 14 janvier 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Daniel Laurent, représentée par Me Gottlich, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de la société anonyme (SA) Soprema et de la société Architecture Urbanisme Paysage Lorraine à la garantir intégralement des condamnations qui seraient prononcées à son encontre et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Culey au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut de production de l'habilitation du maire à agir en justice ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 9 avril 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Architecture Urbanisme Paysage Lorraine, représentée par Me Zine, conclut au rejet de la requête, à la condamnation des sociétés Daniel Laurent et Gouverd TP à la garantir intégralement des condamnations qui seraient prononcées à son encontre et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Culey au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les rapports de l'expertise privée produits par la commune de Culey doivent être écartés des débats ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la société Gouverd TP, qui a produit des pièces le 26 septembre 2022.

La requête a été communiquée à la société Soprema, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 16 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de l'action en garantie de la société Daniel Laurent contre son sous-traitant, la société Soprema, et de ce que seuls les entrepreneurs sont débiteurs de la garantie de parfait achèvement, ce qui exclut notamment le maître d'œuvre.

Par une lettre du 27 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'impossibilité d'invoquer la responsabilité contractuelle après réception définitive des travaux au titre des désordres relatifs au dallage (défaut de pente, quartz) et au défaut de protection des poutres.

Des observations en réponse à cette information ont été enregistrées pour la commune de Culey le 3 avril 2023 et ont été communiquées.

Vu :

- les ordonnances nos 1902049, 2000723 et 2000952 des 25 novembre 2019 et 10 juin 2020 par lesquelles la vice-présidente du tribunal administratif de Nancy a désigné un expert et étendu ses missions ;

- l'ordonnance du 13 janvier 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nancy a taxé et liquidé les frais d'expertise ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,

- les observations de Me Demarest, pour la commune de Culey.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 7 mai 2017, la commune de Culey a confié à la société Architecture Urbanisme Paysage Lorraine un marché de maîtrise d'œuvre relatif à la construction d'un terrain de rencontre intergénérationnel avec équipements sportifs dénommé " espace Gaston Génin ". Par un acte d'engagement du 8 novembre 2017, le lot n° 1 " gros œuvre - aménagements extérieurs " a été confié à la société Gouverd TP. Par un acte d'engagement du 30 octobre 2017, le lot n° 2 " charpente - couverture - étanchéité " a été confié à la société Daniel Laurent. Par une décision du 30 juin 2018, la commune de Culey a réceptionné les travaux du lot n° 1 avec réserves, lesquelles ont été levées le 23 juillet 2018. Par une décision du 30 mai 2018, la commune de Culey a réceptionné les travaux du lot n° 2 avec réserves à compter du 27 juin 2018. Par une décision du 31 juillet 2018, la commune de Culey a levé les réserves. Après avoir constaté des désordres relatifs à la dalle et à la toiture de l'ouvrage, la commune de Culey a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Nancy la désignation d'un expert, qui a rendu son rapport le 20 octobre 2020. Par sa requête, la commune de Culey demande au tribunal, d'une part, de condamner solidairement les sociétés Architecture Paysage Urbanisme Lorraine et Daniel Laurent à lui verser la somme de 108 000 euros au titre des désordres affectant la toiture de l'espace Gaston Genin, d'autre part de condamner solidairement les sociétés Architecture Paysage Urbanisme Lorraine et Gouverd TP à lui verser la somme de 36 000 euros au titre des désordres affectant la dalle du même espace.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales (CGCT) : " Le maire peut () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat :/ () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle () ".

3. Par une délibération du 16 décembre 2020, le conseil municipal de la commune de Culey a décidé de déléguer au maire la compétence d'intenter au nom de la commune les actions en justice. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de production de l'habilitation du maire à agir en justice doit être écartée.

Sur la régularité du rapport d'expertise ordonné par le juge des référés :

4. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

5. Les dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative aux termes desquelles : " Les parties sont averties par le ou les experts des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. " n'imposent pas à l'expert de répondre aux dires des parties, mais seulement de consigner leurs observations dans son rapport. Dès lors, l'absence de réponse de l'expert aux observations présentées par la commune de Culey le 25 septembre 2020 n'entache pas le rapport d'irrégularité. En outre, s'il résulte des dispositions précitées que le rapport doit reprendre les observations orales et écrites des parties, la circonstance que le dire du 15 octobre 2020 n'a pas été reproduit est par elle-même sans incidence sur la régularité du rapport dès lors que celui-ci contient les mêmes observations que celles présentées le 25 septembre 2020.

6. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que l'expert, qui s'est rendu à plusieurs reprises sur les lieux, a procédé à une vérification de l'étanchéité de la toiture et a répondu à sa mission telle qu'ordonnée par l'ordonnance n° 1902049 du juge des référés du tribunal, n'aurait pas procédé aux investigations nécessaires.

7. Il résulte de ce qui précède que le rapport d'expertise de M. A n'est pas entaché d'irrégularité.

Sur la demande tendant à écarter les pièces produites par la commune de Culey :

8. Si la société Architecture Paysage Urbanisme Lorraine fait valoir que les rapports de l'expertise privée relatifs à l'ouvrage en cause et versés au dossier par la commune de Culey n'ont pas été soumis au principe du contradictoire et doivent être écartés des débats, rien ne fait obstacle à ce que ces analyses, qui ont été soumises au contradictoire au cours de la présente instance, soient prises en compte au même titre que les autres pièces produites par les parties.

Sur les droits de la commune de Culey :

En ce qui concerne les désordres relatifs au défaut de planéité de la dalle :

S'agissant de la garantie de parfait achèvement :

9. Un constructeur n'est débiteur de la garantie de parfait achèvement que dans les limites prévues par les stipulations du contrat, c'est-à-dire, en l'espèce, par l'article 44.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux de 2009 (CCAG Travaux), auquel renvoie l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières du contrat. Aux termes de l'article 44.1 précité : " Le délai de garantie est () d'un an à compter de la date d'effet de la réception. / Pendant le délai de garantie () le titulaire est tenu à une obligation dite obligation de parfait achèvement, au titre de laquelle il doit : / a) Exécuter les travaux ou prestations éventuels de finition ou de reprise prévus aux articles 41. 5 et 41. 6 ; / b) Remédier à tous les désordres signalés par le maître de l'ouvrage ou le maître d'œuvre, de telle sorte que l'ouvrage soit conforme à l'état où il était lors de la réception ou après correction des imperfections constatées lors de celle-ci () A l'expiration du délai de garantie, le titulaire est dégagé de ses obligations contractuelles (). ".

10. Il n'est pas contesté que, dans l'année suivant la date de réception, la commune de Culey a constaté la stagnation d'eaux pluviales sur la dalle de l'ouvrage. Il résulte de l'instruction que cette stagnation provient de ce que la dalle a été coulée à plat, en contradiction avec les stipulations du descriptif des travaux du lot n°1, qui précisent que " l'entrepreneur doit procéder au nivellement du terrain de façon à obtenir les pentes et les niveaux finis établis par le projet de l'architecte " et qui prévoit des " sujétions pour réalisation de pentes pour l'évacuation des ruissellements " et enfin que l'enrobé drainant devait avoir " une forme de pente soignée et réglée à 1,5% pour assurer la récolte des écoulements ". En outre, il est constant que la finition quartz de la dalle en béton, prévue par les stipulations contractuelles, n'a pas été posée. Par suite, la commune de Culey est fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité de la société Gouverd TP, entrepreneur du lot n° 1 relatif au gros œuvre, au titre de la garantie de parfait achèvement.

11. Toutefois, il résulte des stipulations de l'article 44.1 du CCAG Travaux que la garantie de parfait achèvement, qui s'étend à la reprise, d'une part, des désordres ayant fait l'objet de réserves dans le procès-verbal de réception, et, d'autre part, de ceux qui apparaissent et sont signalés dans l'année suivant la date de réception, ne pèse que sur les entrepreneurs. Par suite, la garantie de parfait achèvement ne pesant pas sur le maître d'œuvre, la commune de Culey n'est pas fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité de la société Architecture urbanisme paysage Lorraine au titre de ce régime de responsabilité.

S'agissant de la responsabilité contractuelle de droit commun de la société Architecte urbanisme paysage Lorraine :

12. D'une part, la réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. La réception interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation. Il en va ainsi, s'agissant des dommages causés aux tiers, et sauf clause contractuelle contraire, alors même que le maître de l'ouvrage entendrait exercer une action en garantie à l'encontre des constructeurs à raison de condamnations prononcées contre lui au profit de ces tiers, sauf dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.

13. Il résulte de l'instruction que les travaux du lot n° 1 " gros œuvre " ont été réceptionnés le 30 juin 2018. Dès lors, la commune de Culey est réputée avoir renoncé à demander la réparation des désordres liés à la planéité de la dalle. Si la réception a été prononcée avec réserves concernant le défaut de finition quartz de la dalle, celles-ci ont été levées le 23 juillet 2018. Par suite, dès lors qu'elle est réputée avoir renoncé à en demander la réparation, la commune de Culey n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Architecture urbanisme paysage Lorraine au titre du défaut de surveillance des travaux.

14. D'autre part, la responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée, dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves. Il importe peu, à cet égard, que les vices en cause aient ou non présenté un caractère apparent lors de la réception des travaux, dès lors que le maître d'œuvre en avait eu connaissance en cours de chantier.

15. Il résulte de l'instruction que la société Architecture urbanisme paysage Lorraine a proposé à la commune de Culey de réceptionner l'ouvrage sans réserve s'agissant du défaut de pente de la dalle en béton, et de lever la réserve s'agissant du défaut de finition quartz de cette dalle, alors même que ce désordre n'avait pas été résolu. La commune est ainsi fondée à soutenir que la société Architecture urbanisme paysage Lorraine a manqué à son devoir de conseil et a ainsi privé la commune de Culey de la possibilité de refuser la réception de l'ouvrage ou de maintenir les réserves dont la réception était assortie. Par suite, la commune de Culey est fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Architecture urbanisme paysage Lorraine sur ce fondement.

S'agissant de la possibilité d'engager la responsabilité in solidum des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Gouverd TP :

16. En dehors des cas où la solidarité des débiteurs de l'obligation découle d'un contrat qui la prévoit expressément, ou de la loi, une condamnation in solidum ne peut être prononcée, sur le fondement de la garantie de parfait achèvement et de la responsabilité contractuelle, que lorsque les fautes contractuelles respectives de l'entreprise et du maître d'œuvre ont toutes également concouru au même dommage.

17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 15 que les fautes respectives de la société Gouverd TP et de la société Architectre urbanisme paysage n'ont pu concourir au même dommage, la responsabilité de l'entreprise étant intervenue au stade de l'exécution des travaux et celle du maître d'œuvre étant intervenue postérieurement, au stade de la réception, faisant perdre une chance au maître d'ouvrage d'obtenir une reprise de la pente dans un cadre contractuel. Dans ces conditions, la commune de Culey, qui ne sollicite pas la condamnation du maître d'œuvre et celle du constructeur pour chacun des désordres, mais qui se borne à présenter des conclusions tendant à leur condamnation in solidum, n'est pas fondée à demander la condamnation solidaire des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Gouverd TP à l'indemniser d'une somme de 36 000 euros en raison des désordres affectant la dalle de l'espace Gaston Génin. Pour ce motif, les conclusions de la commune de Culey tendant à la condamnation in solidum de ces sociétés au titre de ce désordre doivent être rejetées.

En ce qui concerne les désordres relatifs à la toiture :

S'agissant de la garantie de parfait achèvement :

18. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les panneaux de sous-bois du toit présentaient, le 31 janvier 2020, des traces d'humidité au droit des noues d'évacuation des eaux pluviales et sur d'autres parties du support bois et que de l'eau stagnait ponctuellement sur le toit du bâtiment. Il ressort des deux rapports d'expertise produits par la commune que les infiltrations, à l'origine d'une saturation en eau de certains panneaux, tirent leur origine, d'une part, dans les malfaçons tenant à la pose des membranes d'étanchéité et, d'autre part, dans l'absence de pente des noues de la toiture, ces malfaçons ayant conduit à l'apparition d'un bullage de la membrane de la toiture. Par ailleurs, si aucune infiltration n'a été constatée lors de la réunion d'expertise du 21 septembre 2020, au cours de laquelle des tests d'étanchéité de la toiture ont été réalisés, il n'est pas contesté qu'aucun travail de reprise n'a été réalisé de nature à mettre un terme aux infiltrations. Dans ces conditions, il y a lieu, par référence au rapport technique du 14 octobre 2020 de M. C, produit par la commune de Culey et soumis au contradictoire dans le cadre de la présente instance, remettant en cause les tests effectués par l'expert désigné par le juge des référés, de considérer que les infiltrations constatées par la commune persistent. En se bornant à se référer au rapport de l'expert désigné par le juge des référés sans contester les conclusions de ce rapport technique, la société Daniel Laurent ne conteste pas les conclusions de ce dernier. Sur la foi de ces conclusions, la commune de Culey est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la société Daniel Laurent au titre de la garantie de parfait achèvement s'agissant des désordres affectant la membrane d'étanchéité.

19. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du cabinet CEREC, produit par la commune, que l'extrémité libre des deux poutres principales en lamellé collé sont saturées d'eau en raison d'une protection mécanique qui protège la tranche verticale aux intempéries (capot en zinc) et de l'utilisation d'un bois de classe 2 insuffisante pour un usage extérieur soumis aux intempéries. Il n'est pas contesté que cette saturation en eau est apparue ou a été signalée au cours de l'année suivant la date de réception des travaux. Par suite, la commune de Culey est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la société Daniel Laurent au titre de la garantie de parfait achèvement s'agissant du défaut de protection des poutres.

20. En revanche, la garantie de parfait achèvement ne pesant pas sur le maître d'œuvre, la commune de Culey n'est pas fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité de la société Architecture urbanisme paysage Lorraine à ce titre.

S'agissant de la garantie décennale :

21. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.

22. En l'absence de contestation du caractère décennal et non-apparent des désordres décrits aux points 18 et 19, la commune de Culey est également fondée à demander l'engagement de la responsabilité décennale de la société Architecture urbanisme paysage Lorraine au titre des dommages subis en raison des désordres affectant la toiture de l'espace Gaston Génin.

S'agissant de la possibilité d'engager la responsabilité in solidum des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Daniel Laurent :

23. Il résulte de ce qui a été dit aux points 18 à 22 que les dommages en cause sont imputables au maître d'œuvre et au constructeur. Par suite, la commune de Culey est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Architecture urbanisme paysage Lorraine et Daniel Laurent.

S'agissant du droit à réparation :

24. Il résulte du rapport effectué par le cabinet CEREC que le coût de la remise en état de la toiture de l'ouvrage s'élève à 90 000 euros HT, soit 108 000 euros TTC. En se bornant à soutenir que ce montant ne ressort d'aucune évaluation sérieuse, la société Daniel Laurent ne conteste pas sérieusement ce montant. Par suite, il y a lieu de condamner in solidum les sociétés Daniel Laurent et Architecture paysage urbanisme Lorraine à verser à la commune de Culey cette somme.

Sur les appels en garantie :

25. En premier lieu, les litiges opposant le titulaire d'un marché public à son sous-traitant échappent à la compétence de la juridiction administrative, alors même qu'il s'agit de l'exécution d'un travail public. Dès lors, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de l'action en garantie de la société Daniel Laurent contre son sous-traitant, la société Soprema. Par suite, les conclusions de la société Daniel Laurent tendant à la condamnation de la société Soprema à la garantir intégralement des condamnations qui seraient prononcées à son encontre doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

26. En deuxième lieu, l'appel en garantie de la société Architecture urbanisme paysage Lorraine contre la société Gouverd TP est dépourvu d'objet, en l'absence de condamnation de ce constructeur.

27. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la société Daniel Laurent devra la garantir de toute condamnation en raison d'une faute d'exécution, la société Architecture urbanisme paysage Lorraine n'invoque, de manière précise, aucune faute de nature à démontrer le bien-fondé de son appel en garantie dirigé contre la société Daniel Laurent. Ses conclusions d'appel en garantie ne peuvent donc qu'être rejetées.

28. En dernier lieu, si la société Daniel Laurent invoque une faute résidant dans le défaut de conseil du maître d'œuvre au moment des opérations de réception, cette faute, qui n'a eu des conséquences préjudiciables qu'à l'égard du maître d'ouvrage, est en tout état de cause sans lien avec la condamnation de la société Daniel Laurent. Par suite, les conclusions d'appel en garantie de la société Daniel Laurent contre la société Architecture urbanisme paysage Lorraine ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Culey, qui n'a pas la partie perdante dans la présente affaire. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des sociétés Daniel Laurent et Architecture urbanisme paysage Lorraine une somme de 1 500 euros in solidum à verser à la commune de Culey au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

30. Les sociétés Daniel Laurent et Architecture urbanisme paysage Lorraine sont également condamnées in solidum à verser la somme de 2 150, 87 euros à la commune de Culey au titre des frais et honoraires d'expertise tels que liquidés par la présidente du tribunal administratif de Nancy par une ordonnance du 13 janvier 2021.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés Daniel Laurent et Architecture urbanisme paysage Lorraine sont condamnées in solidum à verser à la commune de Culey une indemnité de 108 000 euros TTC au titre des désordres affectant la toiture de l'espace Gaston Génin.

Article 2 : Les sociétés Daniel Laurent et Architecture urbanisme paysage Lorraine verseront in solidum une somme de 1 500 euros chacune à la commune de Culey au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les sociétés Daniel Laurent et Architecture urbanisme paysage Lorraine sont condamnées à verser in solidum la somme de 2 150, 87 euros à la commune de Culey au titre des frais et honoraires d'expertise tels que liquidés par la présidente du tribunal administratif de Nancy par une ordonnance du 13 janvier 2021.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Daniel Laurent, à la société à responsabilité limitée Architecture Urbanisme Paysage Lorraine, à la société à responsabilité limitée Gouverd TP, à la société anonyme Soprema et la commune de Culey.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Fabas, conseillère,

M. Bastian, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

P. B

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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