jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201662 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP JOUBERT DEMAREST MERLINGE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL), représentée par Me Dulucq, demande au tribunal :
1°) de condamner Mme A B à lui payer la somme de 66 207,70 euros, majorées des intérêts au taux légal calculés à compter du 6 juillet 2016 ;
2°) de mettre à la charge de Mme A B le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 767-1 du code de la justice administrative.
Elle soutient que :
- ses conclusions sont recevables ;
- Mme B a indument perçu une pension de réversion sur la période allant du 1er novembre 1990 au 28 février 2014 ;
- elle est fondée à demander le remboursement des sommes indument versées au titre des dispositions du code civil ;
- l'indu s'élève à 66 207,70 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, Mme B, représentée par Me Merlinge, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la demande en recouvrement de l'indu de pension de réversion pour un montant de 66 207,70 euros est soumise à la prescription quadriennale prévue à l'article L. 93 du code des pensions ; le montant du remboursement de l'indu ne saurait dès lors excéder 11 890,71 euros ;
- le questionnaire initialement fourni par la CNRACL l'a induite en erreur dès lors qu'il visait la situation de " concubinage reconnu " ;
- elle a toujours été de bonne foi ;
- la CNRACL a commis une faute en ne procédant pas à des vérifications périodiques de sa situation ;
- le défaut d'information et de vérification sont à l'origine de l'indu réclamé qui s'élève à 66 207,70 euros qui est hors de proportion avec ses facultés de paiement.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la CNRACL aux fins de condamnation de Mme B à verser la somme de 66 207,70 euros dès lors qu'une personne morale de droit public ne peut demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre.
Des observations présentées en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées le 14 décembre 2023 pour la CNRACL, et ont été communiquées.
II. Par une requête enregistrée le 20 juin 2022, Mme B, représentée par Me Merlinge, demande au tribunal :
1°) d'annuler la contrainte émise le 9 mai 2022 par la CNRACL pour le recouvrement de la somme de 66 207,70 euros correspondant à des indus de pension de réversion ;
2°) de prononcer la décharge partielle de l'obligation de payer à hauteur de 11 890,71 euros ;
3°) d'ordonner à la CNRACL à lui verser la somme correspondant au montant mis à sa charge au titre de la répétition des sommes indûment perçues ;
4°) de mettre à la charge de la CNRACL la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la demande en recouvrement de l'indu de pension de réversion pour un montant de 66 207,70 euros est soumise à la limitation de quatre ans prévue à l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite ; le montant du remboursement de l'indu ne saurait dès lors excéder 11 890, 71 euros ;
- le questionnaire initialement fourni par la CNRACL l'a induite en erreur dès lors qu'il visait la situation de " concubinage reconnu " ;
- elle a toujours été de bonne foi ;
- la CNRACL a commis une faute en ne procédant pas à des vérifications périodiques de sa situation ;
- le défaut d'information et de vérification sont à l'origine de l'indu réclamé qui s'élève à 66 207,70 euros et qui est hors de proportion avec ses facultés de paiement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, la CNRACL, représentée par Me Dulucq, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'absence de déclaration officielle de concubinage ne fait pas obstacle à ce que le concubinage soit matériellement établi ;
- elle est fondée à demander le remboursement des sommes indument versées dès lors que l'omission de déclarer un changement de situation fait obstacle à l'application de la limitation prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- aucun texte n'impose à la CNRACL de procéder à une vérification de la situation des pensionnés auxquels il appartient de déclarer un changement de situation.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la CNRACL ne pouvait pas procéder par voie de contrainte prévue par les dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale sans méconnaître le champ d'application de la loi.
Des observations présentées en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées le 14 décembre 2023 pour la CNRACL, et ont été communiquées.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le décret n°65-773 du 9 septembre 1965 relatif au régime de retraite des tributaires de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code civil ;
- le code de sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marti ;
- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du décès de son ex-époux, M. E C, intervenu le 4 octobre 1990, Mme B a bénéficié d'une pension de réversion. Suite à une déclaration de concubinage en date du 16 juillet 2013, la CNRACL a réclamé à l'intéressée, à compter du 15 octobre 2014, le versement de la somme de 75 1744,65 euros correspondant aux sommes qu'elle a perçues du chef de son époux décédé, pendant la période du 1er novembre 1990 au 28 février 2014. Par une décision du 3 février 2016 la somme réclamée a été ramenée à 66 207,70 euros. En dernier lieu, par une contrainte émise le 9 mai 2022 à l'encontre de Mme B, la CNRACL a mis en recouvrement à la charge de l'intéressée la somme de 66 207,70 euros au titre d'indus de pension. Par les requêtes susvisées qu'il convient de joindre, la CNRACL demande au tribunal de condamner Mme B à lui payer la somme de 66 207,70 euros au titre de ces indus tandis que cette dernière demande, d'une part, l'annulation de la contrainte émise le 9 mai 2022, d'autre part, de limiter le montant de la créance, et enfin de compenser ce montant avec les préjudices occasionnés par les fautes de la CNRACL.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2201662 et 2201719 respectivement présentées par la CNRACL et Mme B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin de condamnation présentées par la CNRACL :
3. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la CNRACL n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un pensionné au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée.
4. Il suit de là que les conclusions présentées par la CNRACL tendant à ce que le tribunal condamne Mme B à lui verser la somme de 66 207,70 euros en remboursement d'un indu de pension de réversion, avec paiement des intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2016, sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B :
En ce qui concerne la limitation de la créance :
5. Si, en principe, le droit à pension de réversion est régi par les dispositions en vigueur à la date du décès de l'ayant cause, la restitution des sommes payées indûment au titre d'une pension est soumise, en l'absence de disposition contraire, aux dispositions en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente décide de procéder à la répétition des sommes indûment versées. L'article 59 du décret du 26 décembre 2003, applicable à la décision contestée en application de ce principe, dispose, dans son paragraphe III, que " les rappels d'arrérages sont réglés conformément aux dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite. / La restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires, d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent décret est réglée conformément aux dispositions de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite () ". L'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite dispose que : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures ".
6. Il résulte de l'instruction que, à la suite d'une enquête diligentée en 2013 par les services de la CNRACL, Mme B a déclaré dans un courrier du 16 juillet 2013 vivre en concubinage avec M. D depuis 1987. Dès lors, pour demander le remboursement des sommes perçues depuis le 28 février 1994, la CNRACL, faisant application des dispositions de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite, se fonde sur la circonstance que le versement indu de la pension reposait sur une déclaration inexacte. Si Mme B soutient qu'elle a été induite en erreur par les termes employés dans le questionnaire dont elle a été destinataire en 1991 en vue de déclarer sa situation, cette circonstance est sans incidence dès lors qu'elle reconnaît elle-même que le terme " concubinage " figurait sur ledit questionnaire. Dès lors, cette indication permettait à elle seule de comprendre, sans doute possible, la situation visée par celui-ci. Il suit de là, que Mme B a fait une inexacte déclaration de sa situation ce qui fait obstacle à l'application de la prescription prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
En ce qui concerne les fautes imputées à la CNRACL :
7. D'une part et ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, le questionnaire fourni à la requérante en 1991 n'a pas pu l'induire en erreur dès lors qu'il comportait le terme " concubinage " lui permettant d'identifier la situation visée. Partant, aucune erreur n'est imputable à la CNRACL.
8. D'autre part, si Mme B se prévaut de ce que la CNRACL s'est abstenue pendant plus de vingt ans de s'informer de sa situation personnelle, de sorte que cette abstention a permis l'augmentation de sa dette, il résulte de l'instruction que l'indu litigieux est imputable à la requérante, qui a déclaré à tort en 1991 ne pas être en concubinage. Ainsi, l'abstention de la CNRACL est dépourvue de tout lien de causalité avec le maintien de la pension indue et ne permet donc pas la réduction du montant de l'indu par compensation avec le préjudice que cette faute alléguée lui aurait causée.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de la contrainte du 9 mai 2022, de décharge partielle et de réduction de l'obligation à payer la somme réclamée doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. La CNRACL n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de Mme B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2201662 et 2201719 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
D. Marti
L'assesseur le plus ancien,
Frédéric Durand
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
2, 2201719
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026