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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301591

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301591

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301591
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)
Avocat requérantAARPI CLAUDE THOMAS CATHERINE BERNEZ & OLIVIER NUNGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Nunge, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours qu'elle a formé à l'encontre de l'indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 16 048,74 euros qui lui a été notifié au titre de la période allant du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2022 ;

2°) d'annuler la décision d'indu qui lui a été notifiée au titre du revenu de solidarité active pour un montant de 16 048,74 euros au titre de la période allant du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge du département de Meurthe-et-Moselle la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié que la signataire de la décision contestée dispose d'une délégation régulière pour ce faire ;

- c'est à tort que la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle a retenu qu'elle vivait en concubinage depuis le mois de décembre 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, le département de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le département doit être mis hors de cause s'agissant des indus d'allocation de logement sociale, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une lettre du 21 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision initiale du 13 décembre 2022 en tant qu'elle a notifié un indu de RSA à Mme A à laquelle la décision du 23 mars 2023, prise sur recours préalable obligatoire s'est substituée.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été enregistrées pour la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle le 5 avril 2024 et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a bénéficié du revenu de solidarité active (RSA). Le 22 novembre 2022, un contrôle de la situation de l'intéressée a été réalisé par les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle, qui a conclu à ce que l'intéressée réside toujours avec son ex-mari, M. D, sans l'avoir déclaré. Par une décision du 13 décembre 2022, la CAF de Meurthe-et-Moselle a ainsi notifié à Mme A un indu de RSA d'un montant de 16 048,74 euros au titre de la période allant du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2022. Par un courrier du 16 décembre 2022, Mme A a contesté cette décision devant la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, qui a rejeté son recours par une décision du 23 mars 2023. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision ainsi que celle du 13 décembre 2022 en tant qu'elle lui a notifié l'indu de RSA susmentionné.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. Il résulte de ce qui précède que seule la décision rendue sur le recours administratif préalable obligatoire que Mme A a formé devant la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle est susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux, celle-ci s'étant substituée à la décision du 13 décembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle a notifié à l'intéressée l'indu litigieux de RSA. Par suite, les conclusions présentées par Mme A à l'encontre de cette dernière décision sont irrecevables.

Sur la décision du 23 mars 2023 rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A :

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () " Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () "

6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a délégué sa signature à Mme B, responsable du service accès aux droits et relations à l'usager, signataire de la décision litigieuse, par un arrêté du 22 février 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'incompétence de son auteur manque en fait et doit, ainsi, être écarté.

8. En second lieu, Mme A soutient que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle, puis le département, ont retenu qu'elle résidait avec M. D depuis le mois de décembre 2019. Si la requérante et M. D ont déclaré être séparés depuis le mois de septembre 2017, il ressort, toutefois, du rapport d'enquête, établi le 9 décembre 2022 par la CAF de Meurthe-et-Moselle, que tous deux résident à la même adresse depuis, au moins, le mois de janvier 2019, que les factures d'énergie et d'internet de Mme A sont réglées par M. D et que ce dernier effectue régulièrement des virements bancaires en faveur de la requérante. Si Mme A, fait valoir que ce dernier résiderait " depuis de nombreuses années chez des connaissances ", elle n'en apporte pas la preuve alors que l'agent de la CAF ayant contrôlé sa situation a indiqué dans son rapport que Mme A n'a pas été en mesure de le renseigner quant à l'adresse de celui-ci. Dans ces conditions, c'est à juste titre que la CAF, puis la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, ont pu retenir que la requérante et M. D vivent ensemble depuis le mois de décembre 2019, et ainsi procéder à la régularisation de la situation de Mme A en tenant compte de cet élément. La requérante ne contestant pas les modalités de calcul de cet indu, elle n'est ainsi pas fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse du 23 mars 2023.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du département de Meurthe-et-Moselle, qui n'est pas partie perdante à la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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