jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301814 |
| Type | Décision |
| Recours | Interprétation |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, M. B A, représenté par Me David, demande au juge des référés :
1°) de condamner l'Etat, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision d'un montant de 50 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 février 2023, date de réception de la demande préalable d'indemnisation, et de leur capitalisation, en réparation du préjudice causé à la fois par la réalisation d'une fouille intégrale, le 13 décembre 2022, avant son extraction médicale, et par les conditions matérielles selon lesquelles a été réalisée son escorte pénitentiaire jusqu'au bureau de consultation du médecin ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros TTC, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- en procédant à une fouille intégrale contraire aux principes contenus aux articles L. 225-1, L. 225-2 et L. 225-3 du code pénitentiaire, et en réalisant son escorte selon des mesures d'entrave non justifiées, alors qu'il ne présentait aucun signe de dangerosité et était souffrant, l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- la créance dont il se prévaut n'est en conséquence pas contestable ;
- il sera fait une juste appréciation de son préjudice en mettant à la charge de l'administration une obligation d'un montant de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- M. A ne peut se prévaloir d'une créance non sérieusement contestable dès lors que le registre des fouilles réalisées à son égard ne recense aucune fouille à la date du 13 décembre 2022, qu'à supposer qu'une telle fouille ait eu lieu, elle aurait été justifiée par le contexte d'extraction médicale, que les mesures de sécurité particulières mises en œuvre lors de son extraction dans un établissement hospitalier étaient justifiées au regard de son profil pénal et pénitentiaire ;
- le requérant n'établit pas l'existence d'un quelconque préjudice.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, incarcéré à la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville depuis le 31 mai 2022, saisit le juge des référés d'une demande tendant au versement d'une provision de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à l'occasion de son extraction médicale du 13 décembre 2022.
Sur les conclusions tendant au bénéfice d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".
3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 225-1 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Elles peuvent être réalisées de façon systématique lorsque les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire l'imposent. Dans ce cas, le chef d'établissement doit prendre une décision pour une durée maximale de trois mois renouvelable après un nouvel examen de la situation de la personne détenue. ". Aux termes de l'article L. 225-2 du même code : " Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef le chef de l'établissement pénitentiaire peut également ordonner des fouilles de personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire ".
4. En premier lieu, M. A soutient avoir fait l'objet d'une fouille intégrale sur sa personne juste avant son extraction médicale. Toutefois, il ne ressort pas du tableau des fouilles individuelles et non individualisées produit en défense qu'une fouille aurait été réalisée sur sa personne le 13 décembre 2022. Si M. A soutient le contraire, il n'apporte au soutien de ses allégations qu'une attestation dont la valeur probante n'est pas supérieure à celle du tableau précité. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme établissant avoir subi une fouille intégrale avant son extraction.
5. En second lieu, M. A demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice résultant des mesures d'entrave dont il a fait l'objet à l'occasion de son escorte en vue de son extraction médicale.
6. Aux termes de l'article L. 226-1 du code pénitentiaire : " Les conditions dans lesquelles l'administration peut faire usage de menottes ou entraves sont fixées par les dispositions de l'article 803 du code de procédure pénale ". Aux termes de l'article D. 215-5 du même code: " Des précautions doivent être prises en vue d'éviter les évasions et tous autres incidents lors des transfèrements et extractions de personnes détenues. Ces personnes détenues peuvent être soumises, sous la responsabilité du chef d'escorte, au port des menottes ou, s'il y a lieu, des entraves, dans les conditions définies par les dispositions de l'article 803 du code de procédure pénale. Si une personne détenue est considérée comme dangereuse ou doit être surveillée particulièrement, le chef de l'établissement pénitentiaire donne tous les renseignements et avis nécessaires au chef de l'escorte ". Enfin, l'article 803 du code de procédure pénale précise : " Nul ne peut être soumis au port des menottes ou des entraves que s'il est considéré soit comme dangereux pour autrui ou pour lui-même, soit comme susceptible de tenter de prendre la fuite () ".
7. La circulaire ministérielle AP 2004-07 du 18 novembre 2004, publiée sous la référence NOR JUSK0440155C dans le bulletin n° 96 du ministère de la justice d'octobre-décembre 2004 et accessible sur le site Légifrance, est venue préciser les modalités d'organisation des escortes pénitentiaires des détenus faisant l'objet d'une consultation médicale. Outre les moyens de contrainte qui peuvent être envisagés durant les trajets, la composition de l'escorte et son armement, ainsi que les moyens de liaison dont cette dernière doit disposer, cette circulaire définit trois niveaux de surveillance susceptibles d'être envisagés pendant la consultation médicale proprement dite : pour le niveau n° 1, la consultation peut s'effectuer hors la présence du personnel pénitentiaire avec ou sans moyen de contrainte ; pour le niveau n° 2, la consultation se déroule sous la surveillance constante du personnel pénitentiaire mais sans moyen de contrainte ; pour le niveau n° 3, la consultation se déroule sous la surveillance constante du personnel pénitentiaire avec moyen de contrainte. Il résulte également des orientations de cette circulaire que le régime d'escorte en cas d'extraction médicale et en particulier le niveau de surveillance devant être mis en place au cours des consultations, est défini, pour chaque détenu, en prenant en compte notamment les risques d'évasion, l'état de dangerosité de l'intéressé pour lui-même ou pour autrui, et son état de santé.
8. Si M. A fait valoir qu'il ne présentait pas de signe de dangerosité particulière, il résulte de l'instruction que par une décision du 5 janvier 2022, son régime d'escorte a été classé au niveau 3 compte tenu des risques d'évasion et de l'état de dangerosité de l'intéressé pour lui-même ou pour autrui. M. A ne justifie pas avoir contesté un tel régime.
9. Dans ces conditions, la créance dont se prévaut M. A ne présente pas le caractère d'une créance non sérieusement contestable requis par les dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative précitées, tant dans son principe que dans son quantum. Ses conclusions tendant au versement d'une provision ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au garde des Sceaux, ministre de la Justice et à Me David.
Fait à Nancy, le 2 novembre 2023.
Le juge des référés,
O. Di Candia
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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