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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403259

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403259

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403259
TypeDécision
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 5 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Chaib, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et immédiatement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle a ajouté un critère de conditions d'existence suffisantes, non prévu par ces dispositions ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète s'est abstenue d'analyser les conséquences de sa décision à l'aune de l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour l'admettre au séjour ;

- il est fondé à obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dès lors que son comportement ne caractérise pas une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour ne pas prendre une mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 27 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,

- et les observations de Me Chaib, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né le 16 janvier 1986 à Alaverdi (Arménie), est entré en France le 27 octobre 2011 selon ses déclarations, pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 avril 2013 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 octobre 2013. Le 8 février 2022, M. C a sollicité son admission au séjour en se prévalant de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français. Par un arrêté du 9 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

3. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour de plein droit à M. C, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est notamment fondée sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. D'une part, si la préfète de Meurthe-et-Moselle soutient que le comportement de M. C constitue une menace à l'ordre public, dès lors qu'il est connu défavorablement des services de police pour des faits de vol en récidive, et a été condamné à un mois d'emprisonnement en 2017, à 300 euros d'amende pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en 2019 ainsi qu'à quatre mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans en 2022 pour des faits de vol en récidive, elle ne produit aucun élément de nature à établir ces condamnations. En outre, il est constant que ces faits de vol à l'étalage et de conduite sans permis, à les supposer établis, ne sauraient, au regard de leur nature et de leur ancienneté, faire regarder la présence en France de M. C comme constituant une menace pour l'ordre public.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est père d'un enfant français, Inna, née le 15 novembre 2023, issue de son mariage avec Mme B D, de nationalité française, le 13 février 2021. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la préfète de Meurthe-et-Moselle dans son mémoire en défense, M. C, par les nombreuses factures, photographies et attestations qu'il produit, établit, outre sa vie commune avec sa conjointe et son enfant, contribuer à l'entretien et à l'éducation de ce dernier depuis sa naissance. Il suit de là que M. C est fondé à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 août 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif qui le fonde et sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les dépens :

7. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaib, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaib de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 août 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Chaib, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Chaib renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Chaib.

Délibéré après l'audience publique du 4 mars 2025 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

La rapporteure,

A. JouguetLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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