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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403615

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403615

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403615
TypeDécision
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2024, M. F D, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision relative à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa demande sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du même code ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la même convention ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la préfète s'est crue, à tort, en situation de compétence liée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire, dès lors qu'il n'a pu présenter ses observations en temps utile, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la préfète s'est crue, à tort, en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 16 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolff a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant malien né le 20 octobre 1994, déclare être entré sur le territoire français le 25 septembre 2018 aux fins d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 février 2022 et du 17 août 2022. Le 25 octobre 2022, M. D a présenté une demande d'admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 9 décembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à cette demande, a obligé M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 23 janvier 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a annulé cet arrêté et a enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. D dans un délai de deux mois. Par un nouvel arrêté du 13 novembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre au séjour M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle et le sursis à statuer :

2. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 16 décembre 2024, ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont sans objet, il n'y a pas lieu d'y statuer. Il n'y a, par conséquence, pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions de l'arrêté contesté :

3. Par un arrêté du 16 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 18 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme C B, directrice de l'intégration et de l'immigration adjointe, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E A, directrice de l'intégration et de l'immigration, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et faisant interdiction de retour sur le territoire. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi l'absence d'empêchement de Mme A, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C B, signataire des décisions contenues dans l'arrêté contesté, ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et de délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, les décisions contestées, alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser en quoi la situation particulière de l'intéressé ne fait pas obstacle à leur mise en œuvre, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs des décisions contestées que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de M. D. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et plus particulièrement de la demande de titre de séjour présentée par le requérant, que ce dernier ait entendu fonder sa demande sur l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner sa demande sur ce fondement.

7. En deuxième lieu, d'une part, la demande de M. D au motif de son état de santé a été examinée au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-10 du même code, relatif à la délivrance d'un titre de séjour aux parents étrangers d'un étranger mineur, à raison de son état de santé, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D à raison de son état de santé, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur l'avis du 18 septembre 2024 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

10. En se bornant à soutenir qu'il ne pourra disposer d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, le requérant ne conteste pas utilement le motif de la décision attaquée alors au demeurant qu'il ne produit aucun élément de nature médicale de nature à établir que l'absence de prise en charge de son état de santé pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. D le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de ces dispositions.

11. En troisième lieu, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D, la préfète n'a pas examiné d'office, comme elle aurait pu le faire sans y être néanmoins tenue, si l'intéressé pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement ou si sa décision était susceptible de porter atteinte à la vie privée et familiale de celui-ci. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de ses conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour en litige.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision refusant l'admission au séjour de M. D, qui n'implique pas, par elle-même, le retour de l'intéressé dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète se serait crue en situation de compétence liée pour prononcer la mesure d'éloignement litigieuse. En particulier, il ressort des termes de décision litigieuse que la préfète a tenu compte des éléments relatifs à la situation privée et familiale du requérant et a également étudié sa situation au regard du pouvoir de régularisation dont elle dispose. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. D était présent en France depuis six années à la date de la décision contestée. Il se prévaut de son intégration professionnelle sur le territoire et justifie à ce titre avoir travaillé comme salarié temporaire en qualité de manutentionnaire aux mois de septembre à décembre 2024. Il produit également un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'employé au sein de la société Mode Jacques conclu le 15 juin 2022. Toutefois, ces éléments, ne permettent pas à eux-seuls, de justifier de la réalité et de l'intensité de ses liens sur le territoire français. Si le requérant soutient également que son frère est en situation régulière en France, il ne justifie pas des liens qu'ils entretiennent. En outre, il se borne à indiquer qu'il devrait prochainement se marier en France, sans apporter aucune précision quant à cet évènement. Enfin, M. D, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

16. En troisième lieu, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogées par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du litigieuse du 13 novembre 2024 méconnaîtrait ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

18. En premier lieu, d'une part, M. D ne saurait utilement invoquer une méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui s'adresse exclusivement, ainsi qu'il résulte des dispositions en cause, aux institutions, organes et organismes de l'Union. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant

19. D'autre part, si M. D se prévaut également des principes généraux du droit de l'Union européenne garantissant le droit d'être entendu lorsqu'il sollicite, la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, qui n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'étranger à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de séjour, ni sur les mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour sur le territoire français, est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que n'ait été prise la décision litigieuse.

20. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est interrogée sur la possibilité, au regard de la situation personnelle de l'intéressé, de prolonger le délai de départ volontaire. Par suite, le requérant n'établit pas que la préfète de Meurthe-et-Moselle se serait estimée en situation de compétence liée en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire de trente jours, alors, au demeurant, que l'intéressé ne fait valoir aucune circonstance particulière qui aurait pu justifier une prolongation de ce délai.

21. En troisième lieu, d'une part, en soutenant que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que la preuve d'un risque de fuite n'est pas démontrée, le requérant ne conteste pas utilement les motifs de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours. D'autre part, en indiquant qu'aucun élément de la situation personnelle de M. D ne justifiait qu'un délai supplémentaire de départ volontaire lui soit accordé, la préfète n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

22. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

23. M. D soutient que son retour au Mali l'exposerait à des traitements contraires aux textes susvisés. Toutefois, M. D, dont la demande d'asile a d'ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 1, été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA, n'établit pas la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

25. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

26. La décision portant interdiction de retour sur le territoire mentionne que, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement ou de comportement troublant l'ordre public, une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de douze mois ne porte pas atteinte à la vie privée et familiale de M. D dès lors que ce dernier ne présente aucun élément d'intégration probant. La préfète a ainsi motivé sa décision au regard de tous les critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté comme manquant en fait. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. D.

27. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D était présent sur le territoire depuis six années à la date de la décision contestée. S'il n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et si sa présence sur le territoire ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que M. D, célibataire et sans enfant, ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de ses liens avec le territoire français. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant et en fixant sa durée à douze mois, la préfète ait inexactement apprécié la situation de M. D. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience publique du 13 février 2025 à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

J. -F. Goujon-Fischer

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2403615

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