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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403638

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403638

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403638
TypeDécision
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 décembre 2024 et le 31 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Lemonnier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 20 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a accompli des démarches en vue de sa régularisation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est disproportionnée quant à sa durée ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les observations de Me Lemonnier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois né le 13 mars 1988, a été interpelé par les forces de police, le 20 novembre 2024. Par l'arrêté contesté du 20 novembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français, sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que le requérant s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de validité de son titre de séjour et que ses demandes de renouvellement de son titre de séjour ont été classées sans suite. La décision comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer un titre de séjour valable jusqu'au 21 novembre 2022 et qu'il a saisi l'administration de trois demandes de séjour au motif du travail les 8 décembre 2021, 12 février 2022 et 21 novembre 2022. L'administration a procédé à la clôture de ces demandes au motif de la non production par le requérant de la copie d'une autorisation de travail. Dans ces conditions, au regard du caractère incomplet de ces demandes, le requérant ne peut être considéré comme ayant valablement sollicité la délivrance d'un titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. M. A est entré en France le 18 septembre 2018 et résidait dans ce pays depuis six ans au jour de la décision contestée. Si l'intéressé se prévaut de la conclusion de contrats de travail en qualité d'agent de restauration puis de cuisinier pendant cinq ans et demi, l'intéressé ne justifie d'aucun diplôme ou expérience professionnelle dans ce domaine. Par ailleurs, s'il se prévaut de la relation amoureuse qu'il entretient avec une ressortissante française qui est enceinte de ses œuvres et dont il a reconnu la paternité de l'enfant à naître le 26 novembre 2024, soit six jours après l'édiction de l'arrêté contesté, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à justifier de l'ancienneté de cette relation. Dans ces conditions, en prenant à l'encontre de l'intéressé une décision portant obligation de quitter le territoire français, la préfète n'a pas porté à son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. A commise par la préfète de Meurthe-et-Moselle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 2° et du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant s'est maintenu sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. La décision comporte avec une précision suffisante l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à en exciper l'illégalité à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

11. Pour refuser d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé s'était maintenu en France au-delà de la durée de validité de son visa et avait manifesté son souhait de ne pas déférer à la mesure d'éloignement. Si le requérant soutient qu'il est entré régulièrement en France et s'est vu délivrer un titre de séjour et si la préfète de Meurthe-et-Moselle soutient en défense que la référence à l'alinéa 2 en lieu et place de l'alinéa 3 de l'article précité caractérise une erreur de plume, il est constant que M. A a manifesté, au cours de son audition, sa volonté de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement. La préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait priver le requérant d'un délai de départ volontaire pour ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En second lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à en exciper l'illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à en exciper l'illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

17. Il ressort des pièces du dossier qu'au jour de la décision attaquée le requérant résidait en France depuis six ans. S'il fait état de la durée de ce séjour, de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et de ce qu'une ressortissante française serait enceinte de ses œuvres, le requérant ne produit aucun élément de nature à justifier de l'antériorité de cette relation. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 20 novembre 2024 et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 716-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

J. -F. Goujon-FischerLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2403638

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