jeudi 13 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403900 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 décembre 2024 et le 1er février 2025, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de retirer le signalement aux fins de non admission dans le système Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 75-I et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il n'est justifié ni de l'habilitation de la personne ayant consulté le fichier du traitement des antécédents judiciaires, ni de la saisine préalable des autorités de police ou de gendarmerie ou du procureur de la République ;
- il est entaché d'erreurs de fait et de droit faute d'indiquer si les faits mentionnés ont donné lieu à poursuites ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation en l'absence de vérification de l'existence de poursuites ou de condamnations ;
- il méconnaît l'autorité de la chose jugée attachée à l'arrêt n° 23NC02869 de la cour administrative d'appel de Nancy du 15 novembre 2024 ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète s'est, à tort, crue en situation de compétence liée pour prendre à son encontre une mesure d'éloignement, et d'un défaut d'examen de ses conséquences sur sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle doit être annulée en conséquence de l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il n'est pas justifié de la nécessité d'une telle mesure ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen de sa situation, en l'absence de prise en compte des critères posés par la loi ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Gravier, substituant Me Jeannot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 23 février 2001, déclare être entré sur le territoire français le 9 mars 2017 accompagné de ses parents et de sa sœur. La demande d'asile qu'il a formée en mars 2019 a été rejetée par des décisions de l'OFPRA et de la CNDA des 8 juillet et 30 septembre 2019. Par un arrêté du 15 novembre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. À la suite d'un placement en garde-à-vue, le préfet de Meurthe-et-Moselle, par un arrêté du 28 octobre 2021, l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Le 4 avril 2022, M. A a formé une demande en abrogation de cet arrêté et a demandé le réexamen de sa situation. Par une décision du 21 décembre 2022, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour. Cette décision a été annulée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 17 novembre 2024. Dans l'intervalle, M. A a formé une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour en octobre 2023. Par un arrêté du 4 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
3. En présence d'une demande de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, présentée par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A résidait, à la date de l'arrêté en litige, depuis plus de sept ans sur le territoire français, sur lequel il est arrivé alors qu'il n'était âgé que de seize ans, en compagnie de sa sœur et de ses parents. S'il est constant qu'il doit la durée de son séjour à son maintien en situation irrégulière sur le territoire, il ressort des pièces du dossier que M. A maîtrise la langue française et a obtenu de très bons résultats au cours de sa scolarité, ayant permis l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " employé de vente spécialisé option B produits d'équipement courant " en juillet 2020 et d'un baccalauréat professionnel " spécialité métiers du commerce et de la vente option A : animation et gestion de l'espace commercial " en juillet 2022. À la suite d'une année à la faculté d'économie, M. A s'est inscrit, au titre de l'année scolaire 2023/2024, en première année de BTS " Négociation, digitalisation et relation client " dont il suit le cursus avec assiduité et succès. Il dispose également d'une promesse d'embauche au sein de l'entreprise " Century 21 ". Si son père se trouve en France en situation irrégulière et si sa mère est décédée en 2018, la sœur de M. A réside sur le territoire sous couvert d'un titre de séjour régulier, alors qu'il n'est pas contesté qu'il entretient avec celle-ci des liens étroits. M. A dispose par ailleurs d'un logement qui lui est propre depuis le 1er août 2022. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour, ainsi rappelées, de M. A, et alors même que, comme le fait justement valoir la préfète de Meurthe-et-Moselle, l'intéressé a admis avoir effectué des travaux sans autorisation, a été interpellé le 24 juillet 2024 pour conduite d'un véhicule sans permis correspondant à la catégorie du véhicule et usage d'un permis de conduire faux ou falsifié, faits regrettables mais isolés et n'ayant pas donné lieu à poursuites judiciaires, et enfin n'a pas respecté les conditions d'une assignation à résidence, alors qu'il avait entrepris d'obtenir la régularisation de sa situation, la décision de refus de séjour litigieuse a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle est ainsi contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ni d'ordonner la communication de l'habilitation de l'autorité ayant procédé à la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trente-six mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. D'une part, eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète Meurthe-et-Moselle de délivrer ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle.
7. D'autre part, le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. A, implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de saisir, sans délai, les services ayant procédé à ce signalement, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.
Sur les frais de l'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeannot d'une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trente-six mois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de saisir, sans délai, les services ayant procédé au signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de l'annulation visée à l'article 1er.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Jeannot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.
Délibéré après l'audience publique du 13 février 2025 à laquelle siégeaient :
M. Goujon-Fischer, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
J. -F. Goujon-Fischer
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2403900
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403731
Sujet principal : Recours d'une clinique contestant le montant de sa dotation à la file active (DFA) pour 2023, fixé par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est. Juridiction : Tribunal Administratif de Nancy (saisi par transfert de compétence du tribunal de la tarification sanitaire et sociale). Solution retenue : Le tribunal rejette la requête de la clinique. Il estime que l'ARS n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application du mécanisme de sécurisation prévu par le décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021. Textes appliqués : Le tribunal se fonde principalement sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles (notamment pour la recevabilité) et sur le décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021 relatif au mécanisme de sécurisation de la DFA, dont il valide l'interprétation et l'application par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403684
Sujet principal : Recours d'une clinique contestant le montant de sa dotation à la file active (DFA) pour 2023, fixé par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est. Juridiction : Tribunal Administratif de Nancy (saisi par transfert de compétence). Solution retenue : Le tribunal rejette la requête de la clinique. Il estime que l'ARS n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application du mécanisme de sécurisation prévu par le décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021. Textes appliqués : Le tribunal se fonde principalement sur les dispositions du décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021 relatif au mécanisme de sécurisation de la DFA, en vérifiant la régularité du calcul opéré par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403707
Le Tribunal Administratif de Nancy a été saisi par la SAS Clinéa pour contester la fixation de sa dotation financière (notamment la DFA) pour 2023 et 2024 par l'ARS Grand Est, l'établissement estimant que les montants notifiés ne couvraient pas ses charges réelles. La juridiction a rejeté la requête, considérant que l'ARS avait correctement appliqué les règles de calcul et de sécurisation prévues par le décret du 29 septembre 2021, et qu'une insuffisance de recettes par rapport aux charges ne caractérisait pas à elle seule une erreur manifeste d'appréciation.
02/04/2026