jeudi 13 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500009 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | HAJI KASEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Haji Kasem, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros HT à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est disproportionnée au regard de sa durée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de l'Yonne qui n'a pas présenté d'observations.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 7 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Wolff a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 11 février 1985, déclare être entré sur le territoire français en 2022. Par un arrêté du 6 décembre 2024, le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 mars 2025. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A à raison de son état de santé, le préfet de l'Yonne s'est fondé sur l'avis du 29 novembre 2024 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
5. En se bornant à soutenir qu'il ne pourra disposer d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, le requérant ne conteste pas utilement le motif de la décision attaquée alors au demeurant que les seuls certificats médicaux qu'il produit, insuffisamment circonstanciés, ne sont pas de nature à établir que l'absence de prise en charge de son état de santé pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet de l'Yonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de ces dispositions.
6. En deuxième lieu, le requérant n'établit pas avoir sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet n'a pas examiné d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par conséquent, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des motifs de la décision contestée que le préfet de l'Yonne n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de M. A, alors qu'il en ressort au contraire que le préfet a procédé à l'examen de la demande de titre de séjour pour raison de santé que M. A a présenté en juillet 2024.
10. En troisième lieu, M. A soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale en France faisait obstacle à ce que le préfet prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Le requérant, qui déclare n'avoir été présent en France que depuis deux années à la date de la décision contestée, est toutefois célibataire et sans charge de famille. En outre, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il aurait en France des liens personnels et familiaux d'une intensité, ancienneté et stabilité telles que la décision en litige devrait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en conséquence, être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'annulation de cette décision, de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'annulation de cette décision, de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'était présent sur le territoire français que depuis deux ans à la date de la décision contestée et qu'il ne justifie pas de ses liens sur le territoire. Toutefois, et alors qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de tout élément en défense de nature à l'établir, que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite, en fixant à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A, le préfet de l'Yonne a commis une erreur d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés contre cette décision, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2024 par laquelle le préfet de l'Yonne lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 6 décembre 2024 du préfet de l'Yonne prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A d'une durée de trente-six mois est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Yonne et à Me Haji Kasem.
Délibéré après l'audience publique du 13 février 2025 à laquelle siégeaient :
M. Goujon-Fischer, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
J. -F. Goujon-Fischer
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2500009
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403731
Sujet principal : Recours d'une clinique contestant le montant de sa dotation à la file active (DFA) pour 2023, fixé par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est. Juridiction : Tribunal Administratif de Nancy (saisi par transfert de compétence du tribunal de la tarification sanitaire et sociale). Solution retenue : Le tribunal rejette la requête de la clinique. Il estime que l'ARS n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application du mécanisme de sécurisation prévu par le décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021. Textes appliqués : Le tribunal se fonde principalement sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles (notamment pour la recevabilité) et sur le décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021 relatif au mécanisme de sécurisation de la DFA, dont il valide l'interprétation et l'application par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403684
Sujet principal : Recours d'une clinique contestant le montant de sa dotation à la file active (DFA) pour 2023, fixé par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est. Juridiction : Tribunal Administratif de Nancy (saisi par transfert de compétence). Solution retenue : Le tribunal rejette la requête de la clinique. Il estime que l'ARS n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application du mécanisme de sécurisation prévu par le décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021. Textes appliqués : Le tribunal se fonde principalement sur les dispositions du décret n° 2021-1255 du 29 septembre 2021 relatif au mécanisme de sécurisation de la DFA, en vérifiant la régularité du calcul opéré par l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403707
Le Tribunal Administratif de Nancy a été saisi par la SAS Clinéa pour contester la fixation de sa dotation financière (notamment la DFA) pour 2023 et 2024 par l'ARS Grand Est, l'établissement estimant que les montants notifiés ne couvraient pas ses charges réelles. La juridiction a rejeté la requête, considérant que l'ARS avait correctement appliqué les règles de calcul et de sécurisation prévues par le décret du 29 septembre 2021, et qu'une insuffisance de recettes par rapport aux charges ne caractérisait pas à elle seule une erreur manifeste d'appréciation.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Nancy — N° TA54-2403728
Le Tribunal Administratif de Nancy a été saisi par un établissement de santé contestant le montant de sa dotation relative à la file active (DFA) pour 2023, fixé par l'Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est. La juridiction a rejeté la requête, considérant que le calcul de la dotation par l'ARS respectait le cadre légal, notamment les dispositions de l'article L. 162-22-18 du code de la sécurité sociale relatives à l'objectif national de dépenses. Le tribunal a estimé que la méthode de répartition, fondée sur une enveloppe régionale et les pondérations d'activité des établissements, était légale et que le principe de sécurisation des ressources avait été respecté.
02/04/2026