jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500829 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2025, M. A B, représenté par Me Levi-Cyferman, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 2 décembre 2024 portant refus de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son contrat jeune majeur prendra fin le 22 avril prochain et qu'il se trouvera sans revenu ni hébergement ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors que :
* l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
* il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
* il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été mise à même de présenter des observations et d'être assisté par un avocat ;
* il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
* la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 4 février 2025 sous le n° 2500379 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2025 à 9 heures 15 :
- le rapport de M. Durand, juge des référés ;
- les observations de Me Levi-Cyferman, représentant M. B qui soutient que :
. la condition d'urgence est remplie dès lors que, bien que n'ayant jamais bénéficié d'un titre de séjour, son contrat jeune majeur prendra fin le 22 avril 2025, ce qui mettra fin à son accompagnement matériel et financier ;
. le requérant est entré en France en 2021 alors qu'il était mineur et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance ; bien que disposant de famille dans son pays d'origine, il a été accueilli dans un foyer en 2021, a suivi une formation pour apprendre le français et découvrir le milieu professionnel, en 2022-2023, au sein de l'établissement Marie Immaculée puis a été inscrit au sein de l'école de la seconde chance en 2023-2024, tout en suivant un stage de cinq mois en milieu professionnel ; ces formations doivent être considérées comme qualifiantes au sens des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont d'une durée totale de plus de six mois ;
. la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est en France depuis 2021 et qu'il a fait preuve de sérieux dans le cadre de sa formation et s'est inséré par le travail ; bien que ne disposant pas d'attestations, il a forcément tissé des liens en France dans le cadre de sa formation ;
- les observations de M. B ;
- et les observations de Mme C, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle qui conclut au rejet de la requête en indiquant que :
. la condition d'urgence n'est pas remplie puisqu'il n'a pas désiré suivre la formation prévue par sa travailleuse sociale ; la situation du requérant est la conséquence de sa propre passivité dans le traitement de sa gestion administrative ; une prolongation du contrat jeune majeur est possible jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans ;
. la condition liée à l'existence d'un doute sérieux n'est pas établie dès lors que le requérant ne justifie d'aucuns liens intenses et stables en France ; l'intéressé ne justifie pas avoir suivi une formation qualifiante depuis au moins six mois ; il a volontairement mis fin à son stage professionnalisant un mois avant son terme ; le requérant a maintenu des liens avec sa famille restée en Tunisie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 26 mars 2025 à 9 h 48.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 22 avril 2004 est arrivé en France le 30 août 2021, selon ses déclarations. Par courrier du 10 mars 2023 l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 décembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'arrêté en litige :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Aucun des moyens invoqués par M. B à l'appui de sa requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 2 décembre 2024 refusant de l'admettre au séjour. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu de rejeter ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les frais de l'instance :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Levi-Cyferman.
Copie pour information sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 27 mars 2025.
Le juge des référés,
F. Durand
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.