vendredi 21 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500926 |
| Type | Ordonnance |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Guyon de la SARL David Guyon Avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 13 novembre 2024 par laquelle la préfète de la Meurthe-et-Moselle a suspendu pour une durée de onze mois la validité de son permis de conduire et d'enjoindre à l'administration, à titre principal, de lui restituer son permis de conduire dans un délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- sur la condition d'urgence : la décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation dès lors qu'elle a besoin, au regard de son lieu d'habitation, de son permis de conduire pour trouver une activité professionnelle et pour les besoins de sa vie quotidienne de mère de famille ; la configuration de sa famille et l'insuffisance de ses ressources l'empêchent d'avoir recours à un véhicule sans permis ; la décision en litige va la contraindre à un isolement social et va l'empêcher de rendre visite à ses proches ; au regard des faits reprochés, qui n'ont trait ni à l'alcool, ni aux stupéfiants, la suspension de son permis de conduire entraîne des conséquences disproportionnées qui caractérisent l'urgence ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, au regard de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation de la décision en litige, du fait qu'aucun avis de rétention ne lui a été remis, du défaut de procédure contradictoire, d'un vice de procédure résultant d'une absence d'information de son droit à demander un examen technique, de l'erreur de fait entachant la décision contestée, de la méconnaissance des articles L. 224-2 et L. 235-1 du code de la route ainsi que des articles 3, 6, 7, 12 et 13 de l'arrêté du 13 décembre 2016 et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une durée de suspension de onze mois sur sa situation personnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête aux fins d'annulation enregistrée le 18 mars 2025 sous le n° 2500921 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision litigieuse.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision en date du 13 novembre 2024 par laquelle la préfète de la Meurthe-et-Moselle a suspendu, pour une durée de onze mois, la validité de son permis de conduire à la suite d'un contrôle routier du 8 novembre 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sur sa situation ou, le cas échéant, des autres personnes concernées, sont de nature à caractériser, à la date à laquelle il statue, une urgence justifiant que, sans attendre le jugement du recours au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. A l'appui de sa demande de suspension de la décision en litige, Mme B se prévaut de l'impossibilité à laquelle elle va être confrontée pour rechercher un emploi, pour faire face aux contraintes de sa vie quotidienne de mère de trois enfants, de son isolement social et de son impossibilité d'aller voir ses proches. Toutefois, outre le fait que la requérante ne justifie d'aucune recherche d'emploi effective, elle n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, être dans l'incapacité d'obtenir une aide de proches, dont les pères de ses deux derniers enfants, palliant son interdiction de conduire. L'isolement social n'est pas plus démontré alors que rien ne fait obstacle à ce que ses proches lui rendent visite. Dans ces conditions, la suspension de son permis de conduire pendant une durée de onze mois ne caractérise pas, en l'état des pièces du dossier, une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de la requérante permettant de caractériser une urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure litigieuse, que les conclusions de Mme B tendant à ce que le juge des référés prononce la suspension de l'exécution de la décision en date du 13 novembre 2024 peuvent être rejetées en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées par voie de conséquence.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Nancy, le 21 mars 2025.
La présidente du tribunal administratif,
juge des référés,
V. Ghisu-Deparis
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.