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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2600744

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2600744

vendredi 6 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2600744
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy, statuant en référé-liberté, rejette la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et de levée de la rétention administrative. Le juge estime que le requérant n'apporte pas la preuve d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, condition exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. La décision se fonde sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Pereira, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la levée immédiate de la mesure de rétention administrative dont il a fait l’objet le 3 mars 2026 et sa libération sans délai et de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite, le 5 décembre 2025, de quitter le territoire français ;

2°) à titre subsidiaire, de substituer à cette rétention administrative une assignation à résidence à son domicile, situé 37 route d'Archettes, à Epinal (88000), avec un pointage hebdomadaire à des horaires compatibles avec les contraintes de sa vie personnelle ;

3°) en tout état de cause, d’enjoindre au préfet des Vosges de mettre fin à sa rétention dans les vingt-quatre heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard, et de surseoir à tout acte d'éloignement jusqu'à l'intervention de l'ordonnance.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est satisfaite, dès lors que son éloignement du territoire français le séparerait de sa mère et de son frère, qui résident régulièrement en France, tandis que l’interdiction qui lui est faite de revenir sur le territoire français ferait obstacle à sa régularisation ;

- les mesures en litige portent atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garantis par les articles 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision le plaçant en rétention administrative méconnaît l'article L. 741-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui subordonne le prononcé d’une telle mesure à l'absence de garanties de représentation effectives et à l'impossibilité d'y remédier par une mesure moins attentatoire, conditions qui ne sont pas réunies en ce qui le concerne ;

- cette mesure de rétention est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles aux articles L. 741-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette mesure est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;

- aucun des critères du risque de soustraction énumérés par l'article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n'est établi ;

- la mesure de rétention est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;

- sa vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle se situe désormais exclusivement sur le territoire français.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Goujon-Fischer, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien né le 23 juin 2000, est entré en France, selon ses déclarations, en avril 2016. Il a été confié au service de l’aide sociale à l’enfance du département des Vosges en qualité de mineur isolé et a suivi une formation professionnelle. Devenu majeur, il s’est vu délivrer un titre de séjour, plusieurs fois renouvelé. Le 7 avril 2025, il a sollicité du préfet des Vosges la délivrance d’un titre de séjour. Le silence gardé par le préfet sur cette demande pendant quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par un arrêté du 5 décembre 2025, le préfet a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 16 janvier 2026, le préfet a assigné M. B... à résidence dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours. Par une décision du 3 mars 2026, le préfet a ensuite ordonné le maintien de M. B... dans un local ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de 96 heures. M. B... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’ordonner la levée immédiate de cette mesure de rétention administrative ainsi que sa libération immédiate et de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, ou, à titre subsidiaire, de substituer à sa rétention une mesure d’assignation à résidence.

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. »

Sur la demande de suspension de l’obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article L. 776-1 du code de justice administrative : « Les modalités selon lesquelles sont présentés et jugés les recours formés devant la juridiction administrative contre les décisions relatives à l'entrée, au séjour et à l'éloignement des étrangers obéissent, lorsque les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le prévoient, aux règles spéciales définies au livre IX du même code. » Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions du livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, aux délais qui lui sont impartis pour se prononcer et aux conditions de son intervention, que les procédures spéciales instituées par ces dispositions présentent des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elles excluent, par suite, la mise en œuvre. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l’exécution d’une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l’intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s’attachent normalement à sa mise à exécution.

Si M. B... fait état de sa situation personnelle en France et de l’urgence qui, selon lui, s’attache à la suspension de l’obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 5 décembre 2025, il n’invoque aucun changement dans les circonstances de fait ou de droit intervenu postérieurement à l’édiction de cette mesure d’éloignement, de nature à établir que les modalités d’exécution de cette mesure produiraient des effets excédant ceux qui s’attachent normalement à sa mise en œuvre. Par suite, les conclusions de la requête de M. B..., présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative contre l’obligation qui lui est faite de quitter le territoire français sont irrecevables.

Sur la demande de levée de la mesure de rétention administrative :

Aux termes de l’article L. 741-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de sa notification. / Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18. ». Aux termes de l’article L. 742-1 du même code : « Le maintien en rétention au-delà de quatre-vingt-seize heures à compter de la notification de la décision de placement initiale peut être autorisé, dans les conditions prévues au présent titre, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire saisi à cette fin par l'autorité administrative. »

Il résulte de ces dispositions qu’il n’appartient pas au juge administratif, y compris lorsqu’il est saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de connaître de conclusions dirigées contre la décision de placement en rétention administrative d’un étranger. Le juge administratif n’est pas davantage compétent pour ordonner qu’une assignation à résidence soit substituée à une mesure de rétention administrative. Par suite, les conclusions de M. B... tendant à ce qu’il soit mis fin à la rétention administrative ordonnée à son encontre le 3 mars 2026 et à ce qu’il soit libéré ou, à défaut, à ce qu’il soit ordonné au préfet de substituer à cette mesure de rétention administrative une mesure d’assignation à résidence doivent être rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence ou sur l’atteinte manifestement illégale à une ou plusieurs libertés fondamentales qu’il y a lieu de rejeter la requête de M. B..., selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....


Fait à Nancy, le 6 mars 2026.



Le juge des référés,





J.-F. Goujon-Fischer



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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