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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2009385

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2009385

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2009385
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP SAVOYE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Trans Medi Service demande au tribunal d'annuler la décision du 24 décembre 2020 par laquelle l'Etablissement français du sang (EFS) Hauts-de-France - Normandie a rejeté sa candidature pour les lots n° 1, 4, 5, 6 et 11 du marché public portant sur les prestations de transport des produits sanguins labiles, des réactifs, des échantillons et des matériels.

Elle soutient que c'est à tort que son offre a été rejetée au motif d'une non-cohérence des pièces de la candidature, dès lors que " ATS Santé " représente une simple marque commerciale et non une entité juridique distincte et que son directeur général avait mandat pour présenter la candidature au nom de la société.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2021, l'Établissement français du sang, Hauts-de-France - Normandie, représenté par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Trans Medi Service au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le directeur général ne justifie pas d'un mandat lui donnant qualité pour introduire l'instance ;

- un recours en excès de pouvoir est irrecevable ;

- s'il s'agit d'un recours en contestation de la validité du contrat, les moyens soulevés sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de commerce ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lassaux, rapporteur public,

- et les observations de Me Zkirim, substituant Me Forgeois, représentant l'Etablissement français du sang Hauts-de-France - Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) à associé unique Trans Medi Service a présenté une offre pour les lots n° 1, 4, 5, 6 et 11 du marché public portant sur les prestations de transport des produits sanguins labiles, des réactifs, des échantillons et des matériels, publié par avis du 28 août 2020 par l'Etablissement français du sang (EFS) Hauts-de-France - Normandie (EFS). Par un courrier du 24 décembre 2020, l'EFS a informé la société Trans Medi Service du rejet de sa candidature, en raison d'incohérences dans les pièces fournies. Dans la présente instance, la société Trans Medi Service doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation du marché public conclu subséquemment par l'EFS.

Sur les conclusions à fin d'annulation du contrat :

2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Un concurrent évincé ne peut ainsi invoquer, outre les vices d'ordre public dont serait entaché le contrat, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.

3. Saisi ainsi par un tiers dans les conditions définies ci-dessus, de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci.

4. Il résulte de l'instruction que, pour rejeter l'offre présentée par la société Trans Medi Service, l'EFS Hauts-de-France - Normandie a retenu l'existence d'incohérences dans les pièces de la candidature, en l'espèce le fait que les références, les moyens et le mémoire techniques ne se rapportaient qu'à la société " ATS Santé ", que la personne signataire du marché n'était pas le gérant et que l'adresse indiquée n'était pas la même dans l'extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés et sur les attestations fiscales et sociales.

5. Si la société Trans Medi Service conteste la réalité de ces faits, d'une part, elle n'apporte aucun élément au soutien de son assertion selon laquelle " ATS Santé " serait un nom commercial qu'elle exploite et non une société distincte, elle ne produit aucun élément au soutien de cette assertion. De même, si elle soutient que son directeur général disposait d'un mandat pour répondre aux appels d'offre, elle n'en apporte pas la preuve en produisant un mandat consenti par le gérant valable pour l'année 2019, alors que la procédure du marché en litige a été lancée en 2020. Enfin, elle n'apporte aucun élément concret de nature à justifier les différences d'adresse relevées par l'EFS Hauts-de-France - Normandie.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de la société Trans Medi Service doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Trans Medi Service une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Trans Medi Service est rejetée.

Article 2 : La société Trans Medi Service versera à l'EFS Hauts-de-France - Normandie la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Trans Medi Service et à l'Établissement français du sang Hauts-de-France - Normandie.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

P. A

Le président,

signé

Ch. BAUZERAND La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de prévention, en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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