jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102097 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP DEBACKER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
D une requête, enregistrée le 19 mars 2021, Mme A C, représentée D Me Crasnault, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale aux fins d'évaluer le lien médical entre les faits, les soins et la complication qu'elle a subie et de déterminer les dommages consécutifs ;
2°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à lui verser une provision d'un montant de 3 000 euros, à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;
3°) de condamner le CHRU de Lille au paiement des dépens ;
4°) de mettre à la charge du CHRU de Lille une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du CHRU de Lille rejetant sa demande d'indemnisation préalable est insuffisamment motivée ;
- la responsabilité du CHRU de Lille est engagée en raison de la faute médicale commise D l'équipe médicale de cet établissement lors de sa prise en charge le 19 juin 2020 ;
- l'établissement de santé a également manqué à son obligation d'information ;
- une expertise médicale permettra de déterminer avec certitude et précision l'étendue de ses préjudices.
D un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, le CHRU de Lille, représenté D Me Segard, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonner une mesure d'expertise médicale ayant pour mission de rechercher d'éventuelles responsabilités et de décrire les postes de préjudice en découlant.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte pas de mention sur la qualité d'assurée sociale de Mme C et sur l'organisme auquel elle est rattachée ;
- à titre subsidiaire, en l'absence de preuve d'une faute commise D l'équipe médicale, sa responsabilité n'est pas engagée ;
- à titre infiniment subsidiaire, si une expertise médicale est ordonnée, la mission de l'expert devrait portait, outre sur les préjudices de Mme C, sur l'existence éventuelle d'un manquement qui lui serait imputable.
D une ordonnance du 2 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Chochois substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a été hospitalisée au sein du CHRU de Lille le 19 juin 2020 afin de bénéficier de la mise en place d'une chambre implantable. Au cours de l'intervention, le praticien a refermé l'ouverture en utilisant de la colle biologique. Lors du retrait du pansement, il a été constaté l'absence de rapprochement des berges et une cicatrisation anormale de la plaie avec l'apparition de pus cutané et une déformation au niveau du sein et de l'aisselle du côté droit de la patiente. Estimant que le CHRU de Lille avait commis une faute à l'origine de ses séquelles, Mme C a formé, le 8 décembre 2020, une demande indemnitaire préalable auprès du CHRU de Lille qui l'a rejetée le 18 janvier 2021. D la présente requête, Mme C, qui a lié le contentieux D une demande indemnitaire, doit être regardée comme demandant au tribunal d'ordonner une expertise médicale et de condamner le CHRU de Lille à lui verser une provision de 3 000 euros.
Sur la fin de non-recevoir opposée D le centre hospitalier régional universitaire de Lille :
2. Il appartient au juge administratif saisi d'une demande indemnitaire en rapport avec un dommage corporel de demander à la victime ou à ses ayants droit, si ces informations ne ressortent pas des pièces du dossier, sa qualité d'assuré social ou d'agent public ainsi que la nature et le montant des prestations qu'elle a, le cas échéant, perçues d'un ou plusieurs des tiers payeurs énumérés à l'article 29 de la loi du 5 juillet 1985 visée ci-dessus. Il entre également dans l'office du juge, s'il l'estime utile pour le règlement du litige, de diligenter des mesures d'instruction auprès des tiers payeurs. D suite, si Mme C n'était pas tenue d'indiquer sa qualité d'assurée sociale dans sa requête, la caisse primaire d'assurance maladie auprès de laquelle elle était affiliée, devait être mise en cause, comme cela a été fait. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'indication de la qualité d'assurée sociale ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. La décision du 18 janvier 2021 D laquelle le CHRU de Lille a rejeté la demande d'indemnisation préalable présentée D Mme C a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme C qui, en formulant les conclusions précitées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision D laquelle le directeur du CHRU de Lille a rejeté la demande préalable de Mme C est inopérant.
Sur la demande d'expertise :
4. L'article R. 621-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés D sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues D l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation. ".
5. En l'état de l'instruction, le tribunal n'est pas en mesure de se prononcer sur la responsabilité du CHRU de Lille lors de la prise en charge de Mme C ni sur l'existence éventuelle d'une faute médicale. Il en est de même s'agissant du manquement à l'obligation d'information délivrée à la patiente préalablement à l'intervention chirurgicale en litige. D suite, l'expertise sollicitée, à laquelle ne s'oppose D le CHRU de Lille, est utile et ne présente aucun caractère frustratoire, ni dilatoire.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, avant qu'il soit statué sur les conclusions indemnitaires formées D Mme C à l'encontre du CHRU de Lille, d'ordonner une mission d'expertise aux fins précisées dans le dispositif du présent jugement.
Sur la provision :
7. Le juge saisi de conclusions indemnitaires peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
8. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'état du dossier ne permet ni de déterminer l'existence de fautes dans la prise en charge de Mme C D le CHRU de Lille, ni d'établir un lien de causalité entre les préjudices subis D la requérante et un agissement du centre hospitalier. D suite, les conclusions tendant au versement d'une provision, pour une créance qui n'est pas, en l'état de l'instruction, certaine, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme C, procédé à une expertise médicale, en présence de cette dernière, du centre hospitalier régional universitaire de Lille et de la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Article 2 : L'expert, ou le collège d'experts, sera désigné D le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues D les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment D écrit devant le greffier en chef du tribunal. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expert, ou le collège d'experts, aura pour mission de :
1°) se faire communiquer et prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme C ainsi que tous documents relatifs à son état de santé détenus D le centre hospitalier régional universitaire de Lille, et notamment tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués au cours et dans le décours de sa prise en charge D le centre hospitalier régional universitaire de Lille le 19 juin 2020 ;
2°) préciser s'il a été procédé de façon complète à l'information de Mme C, c'est-à-dire si elle a été informée, avant l'acte de soins, de l'ensemble des risques fréquents ou graves qu'elle encourait en donnant son consentement à l'intervention qui a été réalisée ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si l'indication du traitement et les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents, conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits en litige, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme C ; donner notamment son avis sur la pertinence de l'indication du traitement, de la conduite thérapeutique choisie et la réalisation du geste chirurgical ;
4°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de la prise en charge hospitalière de Mme C D le centre hospitalier régional universitaire de Lille ; déterminer si les complications dont souffre Mme C résultent d'un manquement commis ou d'un aléa thérapeutique ; décrire précisément les éventuelles fautes commises ;
5°) décrire les séquelles dont Mme C est atteinte et en les distinguant, le cas échéant, de son état antérieur et des conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale si celle-ci s'était déroulée normalement ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec le manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ; plus précisément, indiquer si les manquements éventuellement constatés sont à l'origine de l'intégralité des dommages subis, s'ils ont seulement concouru à les aggraver ou si les dommages seraient survenus même en l'absence de faute ; de préciser, dans le cas où le manquement éventuellement commis n'a entraîné pour Mme C qu'une perte de chance d'échapper aux dommages constatés, si cette perte de chance résulte d'un retard de prise en charge ou d'une faute médicale, en appréciant, le cas échéant, la part respective prise D les différents facteurs qui y auraient concouru ; d'indiquer l'ampleur (en pourcentage) de la chance perdue D Mme C d'échapper au dommage ou de se soustraire à l'aggravation de son état de santé ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;
6°) dire si l'état de Mme C est consolidé, et depuis quelle date, au regard des différentes séquelles dont elle est atteinte, ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, fournir toutes précisions utiles sur l'évolution prévisible des séquelles concernées et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
7°) évaluer la nature et l'étendue des préjudices patrimoniaux en utilisant la nomenclature Dintilhac ;
8°) évaluer la nature et l'étendue des préjudices extra patrimoniaux en utilisant la nomenclature Dintilhac ;
9°) préciser clairement, pour chacun de ces postes de préjudice, les parts éventuelles qui résulteraient le cas échéant :
a) du manquement ou de l'accident médical en cause ;
b) de l'état de santé antérieur ;
c) de l'intervention des différents responsables.
10°) d'une manière générale, fournir au tribunal tous les éléments de nature à permettre de se prononcer sur les responsabilités éventuellement encourues et les préjudices subis.
11°) déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées D l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport D les parties.
Article 6 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 7 : Les conclusions présentés D Mme C tendant à l'allocation d'une provision sont rejetées.
Article 8 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué D le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au centre hospitalier régional universitaire de Lille et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026