Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104653

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAARPI DE ABREU - GUILLEMINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juin 2021 et 29 octobre 2021, M. Michel Liénard, représenté par Me de Abreu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rumilly-en-Cambrésis a décidé d'octroyer des subventions à des associations locales ;

2°) d'annuler la délibération n° 2021-35 du 17 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rumilly-en-Cambrésis a décidé d'octroyer des subventions à des associations locales ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rumilly-en-Cambrésis la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération du 14 avril 2021 méconnaît les dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dès lors que trois membres du conseil municipal exercent un mandat de président d'associations pour lesquelles une subvention a été octroyée par le conseil municipal ;

- la délibération du 17 septembre 2021 ne pouvait retirer la délibération du 14 avril 2021, dès lors que le délai de retrait de quatre mois était expiré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, la commune de Rumilly-en-Cambrésis, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen soulevé par M. A à l'encontre de la délibération du 14 avril 2021 n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemée,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- les observations de Me Phlippe, représentant M. A et celles de Me Zkirim substituant Me Forgeois, représentant la commune de Rumilly-en-Cambrésis.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021, le conseil municipal de la commune de Rumilly-en-Cambrésis a décidé d'octroyer des subventions à des associations locales. Par une délibération n° 2021-35 du 17 septembre 2021, le conseil municipal de la commune de Rumilly-en-Cambrésis a, d'une part, annulé la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021 et, d'autre part, décidé d'octroyer des subventions à des associations locales. Par la présente requête, M. Michel Liénard, conseiller municipal, demande l'annulation de ces deux délibérations.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la délibération du 17 septembre 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. "

3. Il ressort des pièces du dossier que la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021 a été retirée par une délibération n° 2021-35 du 17 septembre 2021, soit postérieurement à l'expiration du délai de quatre mois. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la délibération n° 2021-35 du 17 septembre 2021 est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il résulte de ce qui précède que la délibération n° 2021-35 du 17 septembre 2021 doit être annulée en tant qu'elle retire la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021.

En ce qui concerne la délibération du 14 avril 2021 :

5. Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires. "

6. Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. Godechoul, conseiller municipal, est président de l'association amicale laïque de Rumilly, que M. Lepillez, conseiller municipal, est président de l'association harmonie municipale de Rumilly et que Mme Bar, conseillère municipale, est présidente de l'association ADMR. Ces trois associations à but non lucratif poursuivent des objectifs qui ne se confondent pas avec les intérêts de la généralité des habitants de la commune. M. Godechoul et Mme Bar ont été présents lors du vote de la délibération du 14 avril 2021. Si M. Lepillez n'a pas été présent au vote, il a cependant donné procuration et doit ainsi être regardé comme ayant pris part à la délibération. S'il n'est pas établi que ces trois conseillers municipaux ont participé aux travaux préparatoires à cette délibération, toutefois, dès lors que ni la délibération contestée, ni le compte-rendu du conseil municipal ne précise le nombre de suffrages exprimés pour ou contre l'adoption de cette délibération ou si cette délibération a été adoptée à l'unanimité, contrairement aux autres délibérations adoptées le même jour, la participation de M. Godechoul, de M. Lepillez et de Mme Bar au vote de la délibération attaquée doit être regardée comme ayant eu une influence sur le vote. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021 est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales.

8. Il résulte de ce qui précède que la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Rumilly-en-Cambrésis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la commune de Rumilly-en-Cambrésis une somme de 600 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021, d'une part, et, d'autre part, la délibération n° 2021-35 du 17 septembre 2021 de la commune de Rumilly-en-Cambrésis en tant qu'elle retire la délibération n° 2021-16 du 14 avril 2021 sont annulées.

Article 2 : La commune de Rumilly-en-Cambrésis versera à M. A une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Rumilly-en-Cambrésis présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. Michel Liénard et à la commune de Rumilly-en-Cambrésis.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,