jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106959 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP TRUSSANT-DOMINGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, M. D A, représenté par Me Dominguez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel la maire de la commune de Pérenchies a accordé à la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Primera Développement un permis de construire n° PC 059457 21 S0006 pour un ensemble collectif de 24 logements composé de deux immeubles, sur un terrain sis 53 rue du général Leclerc et 1 allée des acacias, parcelles cadastrées AH133, AH134 ;
2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Pérenchies de retirer l'arrêté du 29 juin 2021 et d'ordonner à la société Primera Développement de ne pas procéder aux travaux de construction d'un ensemble collectif de 24 logements composé de deux immeubles, sur un terrain sis 53 rue du général Leclerc et 1 allée des acacias, parcelles cadastrées AH133, AH134 du fait de l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2021 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pérenchies et de la société Primera Développement la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 232-1 et suivants et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la commune de Pérenchies n'a pas répondu à son courrier du 22 août 2021 ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R.423-6 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de demande de permis de construire était incomplet dès lors que les rubriques 4.1 et 4.2 concernant la nature des travaux ainsi que celles afférentes aux demandes concernant un lotissement n'ont pas été complétées et que les surfaces n'ont pas été mentionnées dans le tableau correspondant ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme et de la section 2, titre 3, livre I du règlement du plan local d'urbanisme alors que le 2 avril 2021, le maire de la commune de Pérenchies a rendu un avis défavorable en raison de la dangerosité du projet notamment en ce qui concerne la circulation des personnes et les manœuvres de sortie et d'accès aux places de stationnement ;
- le projet ne respecte pas le coefficient d'occupation des sols.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2022, la commune de Pérenchies, représentée par Me Lecaille, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, les formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ayant pas été respectées ;
- la requête est irrecevable, faute pour le requérant de justifier du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien, en méconnaissance des dispositions de l'article R.600-4 du code de l'urbanisme ;
- la requête est irrecevable, faute pour le requérant d'établir son intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 11 février 2022, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Primera Développement, représentée par Me Deregnaucourt, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que les formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été respectées, que le requérant ne justifie pas du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien, en méconnaissance des dispositions de l'article R.600-4 du code de l'urbanisme et qu'il n'établit pas son intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- les observations de Me Lecaille, représentant la commune de Pérenchies ;
- et les observations de Me Leuliet, substituant Me Deregnaucourt, représentant la SARL Primera Développement.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 juin 2021, la maire de la commune de Pérenchies a accordé à la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Primera Développement un permis de construire un ensemble collectif de 24 logements composé de deux immeubles, sur un terrain sis 53 rue du général Leclerc et 1 allée des acacias, composé des parcelles cadastrées AH133 et AH134. Le 23 août 2021, M. A, voisin direct du terrain d'assiette du projet, a formé un recours gracieux contre cet arrêté que la maire de Pérenchies a implicitement rejeté. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté municipal du 29 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le défaut d'affichage de l'avis de dépôt de la demande de permis de construire dans les quinze jours de la date du dépôt de la demande, dans les conditions prévues par l'article R. 423-6 du code de l'urbanisme, est, à le supposer établi, sans influence sur la légalité du permis contesté. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, () ".
4. En l'espèce, l'arrêté en litige a été délivré à la société Primera Développement sous réserve de prescriptions relatives aux accès au projet. Il apparaît que les motifs de ces prescriptions sont mentionnés de manière complète dans un avis de la métropole européenne de Lille du 21 juin 2021 auquel l'article 2 de l'arrêté contesté renvoie expressément et sans que M. A n'établisse ni même n'allègue que cet avis n'a pas été joint à l'arrêté en litige. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire n'imposait la motivation de l'arrêté contesté en tant qu'il accorde un permis de construire à la société pétitionnaire, hormis celle des prescriptions ainsi qu'il vient d'être dit. Le requérant ne peut non plus utilement invoquer le vice propre de la décision par laquelle la maire de la commune de Pérenchies a implicitement rejeté son recours administratif présenté le 23 août 2021 tenant à son insuffisante motivation et alors, au demeurant, qu'il ne sollicite pas l'annulation de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. Il ressort des pièces du dossier que les rubriques 4.1 et 4.2 du dossier de demande de permis de construire sont relatives, d'une part, aux projets d'aménagement et, d'autre part, aux projets de lotissement. Le projet de la société Primera Développement ne relevant d'aucune de ces deux catégories, ces rubriques n'avaient dès lors pas à être renseignées. Si, ainsi que le soutient le requérant, le pétitionnaire n'a pas rempli la rubrique 5.5 concernant les projets de construction, comportant notamment le tableau de surfaces, il ressort des pièces du dossier que ce tableau a été renseigné, par erreur, dans la rubrique 5.6. Dans ces conditions, l'incomplétude du dossier n'a pas eu pour conséquence d'induire en erreur le service instructeur sur les surfaces de l'opération projetée. Dès lors, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit être écarté en toute ses branches.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
8. Il ressort des pièces du dossier et notamment des prescriptions émises par la métropole européenne de Lille dans son avis du 21 juin 2021 précité qu'afin d'en garantir la sécurité, l'accès au terrain d'assiette du projet devra se faire dans le cadre d'une aire de présentation clairement identifiée, dotée d'un portail s'ouvrant à distance et d'un feu donnant priorité aux véhicules entrant. Il en est en outre prescrit la création, au niveau du parking, d'une zone de cinq mètres permettant le croisement des véhicules. Il n'apparaît pas que ces prescriptions soient insuffisantes pour assurer la sécurité des automobilistes et des piétons quand bien même les lieux seraient exigus suivant les allégations du requérant. Si M. A soutient encore dans des termes très généraux que le projet attaqué est dangereux, la seule production d'un avis de la maire de Pérenchies du 2 avril 2021, ne mentionnant pas la nature du projet sur lequel elle se prononce, assorti de la mention : " pas d'étude de circulation faite (), manque de places de stationnement, riverains mécontents, beaucoup de passages de piétons ", répondant " oui " à la question de savoir si les conditions d'accès au terrain compte tenu du projet sont satisfaisantes et ne portant aucune mention concernant les aires de stationnement ne suffit pas à l'établir. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté, le requérant n'assortissant par ailleurs pas son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la section 2, titre 3, livre I du règlement du plan local d'urbanisme des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
9. En dernier lieu, l'article 157 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové a, dès son entrée en vigueur le 26 mars suivant, supprimé toute référence au coefficient d'occupation des sols, en dépit des dispositions figurant aux plans locaux d'urbanisme le régissant. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement invoquer le vice tenant à une éventuelle méconnaissance du coefficient d'occupation des sols par le projet en litige. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel la maire de la commune de Pérenchies a accordé à la société Primera Développement un permis de construire un ensemble collectif de 24 logements composé de deux immeubles, sur un terrain sis 53 rue du général Leclerc et 1 allée des acacias, parcelles cadastrées AH133, AH134.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pérenchies et de la société Primera Développement, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1000 euros au titre des frais exposés respectivement par la commune de Pérenchies et la société Primera Développement, et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera respectivement à la commune de Pérenchies et la société Primera Développement une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la commune de Pérenchies et à la société anonyme à responsabilité limitée Primera Développement.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
E. B Le président,
Signé
B. CHEVALDONNETLa greffière,
Signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
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