jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107020 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 septembre 2021 et le 5 mai 2022, M. A B, représenté par Me Freger-Kneppert, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de lui accorder l'agrément préalable à l'exercice de la profession de gardien de la paix ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B, a produit, à la demande du tribunal, une pièce relative au motif de son affectation au commissariat de secteur d'Anzin, enregistrée le 12 mars 2024, communiquée en application des dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le code de sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Freger-Kneppert, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint de sécurité au commissariat de police de Valenciennes depuis juin 2018, a été admis à la session du 25 septembre 2018 du concours interne de gardien de la paix. Le 28 mai 2019, le secrétariat général de l'administration du ministère de l'intérieur a diligenté une enquête administrative en vue de permettre à l'administration de se prononcer sur l'agrément de sa candidature, dont le rapport a été rendu le 9 octobre 2019. Par décision du 12 mai 2021, notifiée le 7 juillet 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de lui délivrer cet agrément. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les nominations sont prononcées dans l'ordre d'inscription sur la liste principale, puis dans l'ordre d'inscription sur la liste complémentaire. S'il apparaît, au moment de la vérification des conditions requises pour concourir, laquelle doit intervenir au plus tard à la date de la nomination, qu'un ou plusieurs candidats déclarés aptes par le jury ne réunissaient pas lesdites conditions, il peut être fait appel, le cas échéant, aux candidats figurant sur la liste complémentaire. / Les candidats aux concours doivent remplir les conditions générales prévues aux articles 5 et 5 bis du titre Ier du statut général et par le statut particulier du corps auxquels ils postulent au plus tard à la date de la première épreuve du concours ou, s'il s'agit d'un concours comprenant un examen des titres des candidats, à la date de la première réunion du jury chargé de la sélection des dossiers, sauf indications contraires dans le statut particulier du corps concerné. ". Et aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " I. - Les décisions administratives de recrutement, d'affectation, de titularisation, d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, soit les emplois privés ou activités privées réglementées relevant des domaines des jeux, paris et courses, soit l'accès à des zones protégées en raison de l'activité qui s'y exerce, soit l'utilisation de matériels ou produits présentant un caractère dangereux, peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. () ". Enfin, aux termes de l'article 4 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " Outre les conditions générales prévues par l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et les conditions spéciales prévues par les statuts particuliers, nul ne peut être nommé à un emploi des services actifs de la police nationale : () 3° Si sa candidature n'a pas reçu l'agrément du ministre de l'intérieur ".
3. S'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans l'intérêt du service, si les candidats à un emploi des services actifs de la police nationale présentent les garanties requises pour l'exercice des fonctions qu'ils postulent, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de vérifier que le refus d'agrément d'une candidature est fondé sur des faits matériellement exacts et de nature à le justifier légalement.
4. Il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser d'accorder à M. B l'agrément nécessaire à sa nomination dans l'emploi de gardien de la paix, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord, s'est fondé sur les circonstances que d'une part, l'intéressé, alors gendarme adjoint affecté en Guyane, a fait l'objet d'une sanction disciplinaire de quarante jours d'arrêt en 2013 suite à une rixe avec des collègues alors qu'ils étaient en état d'ébriété, et d'autre part, qu'en tant qu'adjoint de sécurité, il a été muté d'office au commissariat d'Anzin en 2020.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de l'enquête de personnalité du 9 octobre 2019 du service de renseignement territorial, lequel n'a pas, au demeurant, à être précédé d'une procédure contradictoire, que M. B, affecté en Guyane en qualité de gendarme adjoint en 2013, a été sanctionné de quarante jours d'arrêt en raison de son implication dans une rixe " sur fond d'alcool " durant laquelle il se serait battu avec certains de ses collègues du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment des dires de son supérieur hiérarchique, qu'affecté au peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie d'Hazebrouck à compter de septembre 2013, il s'est fait remarquer au sein de son service par une attitude désinvolte, à la limite de l'insubordination et, qu'invité à quitter la gendarmerie, il a quitté cette dernière en mai 2014. Si le requérant se prévaut de la maladie de son père et de son impulsivité de jeunesse, ces faits, certes anciens à la date de la décision attaquée mais dont le requérant ne conteste pas la matérialité, sont de nature à dénoter un comportement qui n'est pas compatible avec la fonction de gardien de la paix. Il ressort en outre des pièces du dossier que, recruté en qualité d'adjoint de sécurité à la circonscription de sécurité publique de Valenciennes en 2017, il a fait l'objet d'une mutation d'office au commissariat de secteur d'Anzin en raison de son manque d'implication et que sa hiérarchie estimait, à la date du rapport d'enquête du 9 octobre 2019, qu'il n'était pas un bon élément. Si M. B allègue que l'affectation à Anzin était sans lien avec sa manière de servir et produit à cet effet une attestation du commandant divisionnaire chef du service local de sécurité publique de la circonscription de police nationale Valenciennes agglomération par intérim précisant qu'il a été affecté à Anzin suite à un remaniement de service, une telle attestation n'établit pas que l'affectation en question était sans lien avec sa manière de servir alors qu'au demeurant elle porte la mention " attestation faite à la demande de l'intéressé ". De plus, s'il produit des attestations de sérieux et de professionnalisme de plusieurs brigadiers et gardiens de la paix ayant travaillé avec lui à compter de juin 2018, voire d'un commandant de police, chef des unités de police secours ayant eu l'occasion de travailler avec lui, celles-ci sont peu circonstanciées. Enfin, si le rapport du 1er septembre 2021 du major de police sur sa manière de servir, visé par ses supérieurs hiérarchiques, fait état d'une bonne intégration, d'un " sérieux dans les missions confiées " et d'une " activité correcte ", il ne porte que sur la période postérieure à mars 2021 tandis qu'il fait également état de " remarques verbales " adressées par sa hiérarchie et de " maladresses " dont M. B a dû s'amender. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a refusé de lui accorder l'agrément préalable à l'exercice de la profession de gardien de la paix.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 12 mai 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord lui a refusé l'agrément nécessaire pour exercer les fonctions de gardien de la paix doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet délégué pour la défense et la sécurité Nord.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2107020
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026