mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109009 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, Mme B A et Mme D E, représentées par Mme C, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocation familiales du Pas-de-Calais leur a notifié un indu de prime d'activité (IM3/001 et IM3/002) d'un montant de 5 530,45 euros, a retenu la qualification frauduleuse concernant cet indu, et a prononcé une amende administrative de 720 euros ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocation familiales du Pas-de-Calais de procéder au reversement des sommes déjà prélevées en remboursement de ces indus ;
3°) de condamner la caisse d'allocation familiales du Pas-de-Calais à leur verser la somme de 5 000 euros au titre des préjudices qu'elles ont subi à raison de l'illégalité de la décision du 24 juin 2021 ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros à verser à Me C, leur avocate, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'élément intentionnel de la fraude n'est pas caractérisé ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de la décision du 24 juin 2021 leur a causé un préjudice moral dont elles demandent réparation par la condamnation de la caisse des allocations familiales du Pas-de-Calais à leur verser la somme de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 mars et 23 août 2022, la caisse des allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 décembre 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et la demande d'aide juridictionnelle de Mme E a été rejetée.
Par un courrier du 19 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme A et Mme E, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable indemnitaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme A et Mme E et du réexamen de leurs droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais leur a notifié, par un courrier du 24 juin 2021, son intention de recouvrer la somme de 5 530,45 euros correspondant à un indu de prime d'activité (IM3/001 et IM3/002) au titre de la période comprise entre le mois de février 2020 et de mars 2021. Par ce même courrier la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a retenu la qualification frauduleuse à l'égard de cet indu, et a prononcé une amende administrative de 720 euros. Par un courrier du 6 août 2021, reçu par la commission de recours amiable du Pas-de-Calais le 12 août suivant, Mme A et Mme E ont formé une recours administratif préalable contre la décision du 24 juin 2021. Par leur requête, Mme A et Mme E demande à titre principal, l'annulation de cette dernière décision du 24 juin 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Il résulte de l'instruction que par une décision du 22 mars 2022, intervenue en cours d'instance, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a expressément retiré et remplacé la notification du 24 juin 2021 et a également d'une part, notifié à leur encontre un indu de prime d'activité, revenu de solidarité active et prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période de mai 2018 à mars 2021 d'un montant total de 8 701,93 euros, compte tenu des retenues déjà effectuées et d'autre part, retenu la qualification frauduleuse à l'égard de cet indu et prononcé une amende administrative de 1 000 euros à leur dépens. Cette décision du 22 mars 2022 qui comportait la mention régulière des voies et délais de recours, a été produite par l'administration dans la présente instance le 23 août 2022 et porté à la connaissance des intéressées le même jour, date à laquelle elle a accusé réception du mémoire en défense de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais auquel il était joint. Dès lors que les requérantes n'établissent ni même n'allèguent avoir formé un recours à l'encontre de la décision du 22 mars 2022 en tant qu'elle retire la décision du 24 juin 2021, le retrait ainsi opéré a acquis un caractère définitif et il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de Mme A et Mme E dirigées contre la décision du 24 juin 2021. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 juin 2021. Il y a lieu en revanche de regarder Mme A et Mme E comme demandant l'annulation de la décision du 22 mars 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais leur a notifié un indu de de 8 701,93 euros prime d'activité, revenu de solidarité active et prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période de mai 2018 à mars 2021, a retenu la qualification frauduleuse à l'égard de cet indu et prononcé une amende administrative de 1 000 euros à leur dépens.
Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ou Mme E aurait saisi l'administration d'une demande d'indemnisation préalable ou qu'une décision prise en réponse à une telle demande serait intervenue à la date du prononcé du présent jugement. Par suite, les conclusions indemnitaires sont irrecevables, et doivent, pour ce motif, être rejetées.
Sur conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 mars 2022 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 3o () imposent des sujétions ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
6. En outre, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de prime d'activité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point précédent. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
7. La décision en litige mentionne la nature des prestations concernées, le montant des sommes réclamées, le motif de la récupération tiré de la fausse déclaration relative à la situation familiale des requérantes, ainsi que la période concernée de mai 2018 à mars 2021. Elle mentionne également les articles du code de la sécurité sociale et du code de la construction et de l'habitation dont elle entend faire application. Ainsi, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait qui la fondent, avec suffisamment de précision pour permettre aux requérantes d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, si Mme A et Mme E soutiennent que l'élément intentionnel de l'infraction de fraude en matière sociale prévue à l'article L.114-16-2 du code de la sécurité sociale devait être caractérisé, il ne ressort pas des termes de la décision du 22 mars 2022 qu'elle ait entendu infliger une sanction pénale se fondant sur l'article L.114-16-2 du code de la sécurité sociale mais seulement retenir le caractère intentionnel de la fausse déclaration faite par les requérantes. En tout état de cause, il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'enquête du 7 juin 2021 concernant Mme A et du 26 juin concernant Mme E, que les requérantes vivent en concubinage depuis mars 2015. Or, d'une part, Mme E, dans sa demande de RSA du 13 novembre 2018 s'est déclarée séparée et hébergée, alors même qu'elle a été destinataire d'un contrôle de situation comportant des informations sur la définition du concubinage et, d'autre part, Mme A et Mme E ne pouvaient ignorer l'obligation de déclarer tout changement dans leur situation telle qu'elle figure sur les déclarations trimestrielles. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 842-4 de ce code : " les ressources mentionnées à l'article 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 842-3 dudit code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
10. Mme A et Mme E soutiennent qu'elles se sont toujours déclarées en concubinage et se prévalent d'une photographie d'une déclaration commune de revenus 2018 auprès de la CAF. Or, la seule photographie produite ne permet pas d'établir que cette déclaration manuscrite a bien été transmise à la caisse d'allocations familiales alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 8 que d'une part, Mme E, dans sa demande de RSA du 13 novembre 2018 s'est déclarée séparée et hébergée, alors même qu'elle a été destinataire d'un contrôle de situation comportant des informations sur la définition du concubinage et d'autre part, Mme A et Mme E ne pouvaient ignorer l'obligation de déclarer tout changement dans leur situation telle qu'elle figure sur les déclarations trimestrielles. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est infondé et doit dès lors être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A et Mme E ne sont pas fondées à demander l'annulation de la décision de la décision du 22 mars 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais leur a notifié un indu de de 8 701,93 euros prime d'activité, revenu de solidarité active et prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période de mai 2018 à mars 2021, a retenu la qualification frauduleuse à l'égard de cet indu et prononcé une amende administrative de 1 000 euros à leur dépens. La requête de Mme A et Mme E doit par conséquent être rejetée, y compris les conclusions accessoires aux fins d'injonction et les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation la décision du 24 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocation familiales du Pas-de-Calais leur a notifié un indu de prime d'activité (IM3/001 et IM3/002) d'un montant de 5 530,45 euros, a retenu la qualification frauduleuse concernant cet indu, et a prononcé une amende administrative de 720 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A et Mme D E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et Mme D E, à Me C et à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
J. HORNLe greffier,
Signé
A. COUET
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2109009
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2307307
Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A... qui demandait l'annulation du refus de remise d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) et la remise de sa dette. Le tribunal a jugé que l'indu de 8 910,11 € pour la période du 1er mai 2021 au 31 octobre 2022 était légalement établi et que la décision de refus avait été régulièrement signée par une autorité compétente. La décision s'appuie principalement sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives aux conditions d'attribution et de récupération du RSA.
18/03/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2305329
Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la demande de remise totale d'un indu de prime d'activité et de RSA. Le juge a considéré que l'indu, résultant de l'omission de déclarer une vie maritale, ne permettait pas de reconnaître la bonne foi de la requérante, condition essentielle prévue par les articles L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et L. 845-3 du code de la sécurité sociale pour accorder une remise gracieuse. La situation de précarité alléguée ne pouvait donc justifier à elle seule l'effacement de la dette.
18/03/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2306750
Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A... qui contestait le refus de prendre en compte ses deux enfants pour le calcul de son allocation de revenu de solidarité active (RSA). Le tribunal a jugé que le requérant n'apportait pas la preuve d'une résidence alternée effective et équivalente de ses enfants à son domicile, comme l'exigent les articles L. 262-2, L. 262-9 et R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. La décision administrative de rejet est donc confirmée.
18/03/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2307858
Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la demande de M. B... visant à obtenir la remise gracieuse totale d'un indu de prime d'activité (953,28 €). Le juge a estimé que le requérant, bien que de bonne foi après avoir signalé rapidement son erreur de déclaration, ne se trouvait pas dans une situation de précarité financière au sens des textes applicables. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, qui conditionne une telle remise à la réunion des conditions de bonne foi et de précarité.
18/03/2026