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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2201260

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2201260

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2201260
TypeDécision
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la requête de l'association Centre de santé dentaire Roubaix contestant le rejet par le préfet du Nord de ses demandes d'activité partielle pour un salarié. Le tribunal a constaté que la demande pour la période du 1er au 2 décembre 2021 avait reçu une suite favorable après l'introduction du recours, la rendant sans objet. Concernant la demande pour septembre 2021, le tribunal a rappelé que, selon les articles R. 5122-1 et suivants du code du travail, l'employeur dispose d'un délai de trente jours pour déposer une demande en cas de circonstance exceptionnelle, mais que la demande de l'association, déposée le 30 septembre 2021 pour une période débutant le 1er septembre, était tardive. Par conséquent, le tribunal a rejeté la requête comme non fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, l'association Centre de santé dentaire Roubaix demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le préfet du Nord a rejeté une demande de mise en activité partielle d'un salarié pour la période du 1er septembre 2021 au 30 septembre 2021, ainsi qu'une décision rejetant sa demande de mise en activité partielle d'un salarié pour les 1er et 2 décembre 2021.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, une confusion ayant été opérée entre une demande d'activité partielle transmise par téléservice le 30 septembre 2021, et une autre demande d'activité partielle, pour la période du 1er au 2 décembre 2021, déposée le 16 décembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le Centre de santé dentaire Roubaix n'a pas déposé de demande complète dans le délai d'un mois suivant le début de la période de placement en activité partielle, sa demande du 30 septembre 2021 ayant été invalidée et l'agent instructeur ayant demandé la production des documents justifiant le recours à l'activité partielle sur le motif de garde d'enfant ; la demande complète ayant été enregistrée le 17 décembre 2021, le début d'activité partielle ne pouvait être antérieur au 17 novembre 2021.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité ou du non-lieu à statuer sur les conclusions relatives à la demande de mise en activité partielle pour la période du 1er au 2 décembre 2021, une décision favorable ayant été rendue pour cette demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Centre de santé dentaire Roubaix a sollicité le 30 septembre 2021 l'autorisation de placer un salarié en activité partielle pour la période du 1er au 30 septembre 2021. Cette demande a été enregistrée sous le numéro 59L46410300. Elle a ensuite sollicité le 16 décembre 2021 l'autorisation de placer un salarié en activité partielle pour la période du 1er au 2 décembre 2021. Cette nouvelle demande a été enregistrée sous le numéro 59L46410400. Par un courrier du 21 décembre 2021, le préfet du Nord a rejeté la demande n° 59L46410300 en raison de sa tardiveté. Par la présente requête, le Centre de santé dentaire Roubaix sollicite l'annulation de cette décision, ainsi qu'une décision rejetant sa demande de mise en activité partielle d'un salarié pour les 1er et 2 décembre 2021.

Sur les conclusions relatives à la décision rejetant la demande n° 59L46410400 :

2. La demande enregistrée sous le numéro 59L46410400, relative à la période du 1er au 2 décembre 2021, a reçu, postérieurement à l'enregistrement de la requête, une suite favorable. Dès lors, les conclusions de la requête relatives à la demande n° 59L46410400 sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions relatives à la décision rejetant la demande n° 59L46410300 :

3. D'une part, le I de l'article L. 5122-1 du code du travail dispose : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : / -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; / -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. / () ". L'article R. 5122-1 de ce code prévoit que : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : / () 3° Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel ; / () / 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel ". Aux termes de l'alinéa 1er de l'article R. 5122-2 de ce code : " L'employeur adresse au préfet du département où est implanté l'établissement concerné une demande préalable d'autorisation d'activité partielle ". L'article R. 5122-3 du même code ajoute : " Par dérogation à l'article R. 5122-2, l'employeur dispose d'un délai de trente jours à compter du placement des salariés en activité partielle pour adresser sa demande par tout moyen donnant date certaine à sa réception : 1° En cas de suspension d'activité due à un sinistre ou à des intempéries prévues au 3° de l'article R. 5122-1 ; / 2° En cas de circonstance de caractère exceptionnel prévue au 5° de l'article R. 5122-1 ".

4. Il résulte de ces dispositions que si en principe l'employeur ne peut placer ses salariés en position d'activité partielle sans avoir au préalable demandé l'autorisation au préfet de département, il peut, par dérogation, déposer sa demande dans les trente jours qui suivent le début de la période en cas de sinistre, intempéries ou circonstances exceptionnelles.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 5122-4 du code du travail : " Le préfet du département où est implanté l'établissement concerné apprécie les éléments produits par l'employeur à l'appui de sa demande, tels que mentionnés à l'article R. 5122-2, et contrôle la régularité des conditions de placement en activité partielle des salariés. / La décision d'autorisation ou de refus, signée par le préfet, est notifiée à l'employeur dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande d'autorisation. / () / L'absence de décision dans un délai de quinze jours vaut acceptation implicite de la demande. ". Le premier alinéa de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. "

6. Pour refuser au Centre de santé dentaire Roubaix l'autorisation de mise en activité partielle qu'elle sollicitait, le préfet du Nord a considéré qu'il n'avait reçu une demande complète que le 16 décembre 2021, soit plus de trois mois après le placement des salariés en activité partielle, le 1er septembre 2021.

7. Par les pièces qu'elle produit, l'association Centre de santé dentaire Roubaix justifie avoir déposé une demande de mise en activité partielle d'un salarié à compter du 1er septembre 2021 dès le 30 septembre 2021, soit dans le délai de trente jours requis par l'article R. 5122-3 du code du travail, demande enregistrée sous le numéro 59L46410300. Si le préfet du Nord a estimé cette demande incomplète et déclare avoir sollicité, le jour même de sa réception, la communication de documents justifiant le recours à l'activité partielle sur le motif de la garde d'enfant, il ne ressort pas des pièces produites qu'il ait imparti un délai pour cette communication. Par suite, et alors au demeurant que la demande de pièces pour compléter l'instruction a été faite le jour même de l'expiration du délai prévu à l'article R. 5122-3, le préfet ne pouvait se fonder sur la réception des pièces le 16 décembre 2021 pour considérer que cette demande avait été présentée au-delà du délai de trente jours prévu par ces dispositions.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision du 21 décembre 2021 du préfet du Nord doit être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives à la décision prise sur la demande de mise en activité partielle d'un salarié pour les 1er et 2 décembre 2021 enregistrée sous le numéro 59L46410400.

Article 2 : La décision du préfet du Nord du 21 décembre 2021 est annulée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Centre de santé dentaire Roubaix et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée au préfet du Nord et au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Fougères

Le président,

signé

O. Cotte La greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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