jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201445 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2022 et 3 juin 2022, Mme D B A, représentée par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 21 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle a été prise par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa résidence habituelle en France depuis dix ans est établie ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et elle est disproportionnée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 1er mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 28 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois ;
- et les observations de Me Lutran, substituant Me Navy, avocat de Mme B A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante djiboutienne née le 30 novembre 1991, est entrée sur le territoire national le 6 septembre 2010, munie d'un visa de long séjour. Elle a séjourné en France sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " délivré le 15 septembre 2011 et régulièrement renouvelé jusqu'au 15 octobre 2019, puis sous couvert d'un titre de séjour " étudiant en recherche d'emploi " jusqu'au 23 janvier 2021. L'intéressée a ensuite demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour. Mme B A demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 21 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En second lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut, dès lors, qu'être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
6. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que Mme B A est arrivée en France le 6 septembre 2010 afin de suivre des études supérieures de droit qu'elle a achevées en obtenant un master au titre de l'année universitaire 2017-2018. Elle a ensuite bénéficié d'un titre de séjour " étudiant en recherche d'emploi " jusqu'au 23 janvier 2021, sous couvert duquel elle a séjourné régulièrement en France pendant quinze mois. Toutefois, elle ne justifie d'aucune expérience professionnelle passée ou actuelle et son engagement en qualité de bénévole au sein de la Croix rouge française depuis le 13 avril 2021 est récent. Dans ces circonstances, ni l'ancienneté du séjour en France, ni son insertion dans la société française ne peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, Mme B A, célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence en France de sa tante et d'une dizaine de cousins germains, dont la plupart ont la nationalité française et qui attestent de l'existence de liens, ainsi que de nombreuses amitiés et de la présence en Belgique de sa mère, de son frère et de sa sœur. Néanmoins, Mme B A n'établit pas qu'elle se trouverait isolée dans son pays d'origine, qu'elle a quitté à l'âge de dix-neuf ans, ou qu'elle ne pourrait s'y réinsérer socialement et professionnellement. Par ailleurs, la circonstance que sa mère, son frère et sa sœur résident en Belgique et que la législation belge ne lui permettrait pas de les rejoindre, ce que l'intéressée n'établit pas au demeurant en produisant de la documentation relative à la procédure de regroupement familial, n'est pas de nature à justifier l'octroi d'une carte de séjour temporaire française. Dans ces conditions, la situation personnelle et familiale de Mme B A ne peut être considérée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour ou une considération humanitaire au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet du Nord, en refusant à Mme B A la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'une erreur de droit doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent et sans qu'y fasse obstacle la seule circonstance que le préfet du Nord ait indiqué dans la décision attaquée que la tante de Mme B A résidait dans le département du Gers alors qu'elle est domiciliée à Etampes, que le préfet du Nord n'a pas entaché la décision litigieuse d'une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 et alors au demeurant que Mme B A n'établit pas avoir présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision en litige n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ". Aux termes de l'article L. 432-13 de ce code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
11. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de ses relevés de comptes bancaires, que Mme B A, qui a été admise au séjour tout d'abord en qualité d'étudiante, ce qui ne lui donnait pas vocation à s'installer en France, n'établit pas avoir maintenu sa résidence en France du 26 juin 2012 au 4 septembre 2012 et du 13 juillet 2015 au 7 septembre 2015 et par voie de conséquence ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de consultation de la commission du titre de séjour par le préfet du Nord doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
12. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, le préfet du Nord, en faisant obligation à Mme B A de quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre le délai de départ volontaire de trente jours :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2, 3 et 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à Mme B A doit être écarté.
14. En second lieu, si Mme B A se prévaut de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE, lesquelles ont été transposées à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'apporte aucun élément précis permettant de considérer que le préfet du Nord aurait dû lui octroyer, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2, 3 et 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à Mme B A doit être écarté.
16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en date du 21 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'elle a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B A, à Me Sanjay Navy et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2400503
Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
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