vendredi 21 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2201577 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP WABLE TRUNECEK TACHON AUBRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, la SARL Agrega, représentée par Me Dewattine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le maire de Campigneulles-les-Grandes a refusé de lui accorder le permis d'aménager n° PA 062 206 21 00002 pour la création d'un lotissement de huit lots à bâtir sur un terrain situé ruelle de Montreuil sur le territoire communal, ainsi que la décision du 3 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Campigneulles-les-Grandes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;
- il ne pouvait être légalement fondé sur la décision de rejet de sa demande de souscription volontaire de travaux dès lors que cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2411-1 du code de la commande publique ne pouvait légalement être opposé en vertu du principe d'indépendance des législations ;
- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme n'est pas fondé ;
- le motif tiré de la méconnaissance des articles R. 111-17 et R. 151-21 du code de l'urbanisme n'est pas fondé ;
- le motif tiré de la méconnaissance l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2022, la commune de Campigneulles-les-Grandes, représentée par Me Tachon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 440 euros soit mise à la charge de la société Agrega.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boileau
- et les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Agrega a sollicité la délivrance d'un permis d'aménager pour la création d'un lotissement composé de huit lots à bâtir sur les parcelles cadastrées 206 B 442 et 561, situées sur le territoire de la commune de Campigneulles-les-Grandes et d'une superficie totale de 6 246 m². Par un arrêté du 9 septembre 2021, le maire de la commune a rejeté sa demande et par une décision du 3 janvier 2022, il a également rejeté le recours gracieux de la société. La société Agrega demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ".
3. Contrairement à ce que soutient la société requérante ces dispositions ne font pas obstacle à ce que le maire fonde l'arrêté en litige sur des motifs de refus distincts de ceux opposés dans sa précédente décision du 18 janvier 2021 refusant de lui accorder un permis d'aménager sur le même terrain dès lors qu'il n'est ni établi ni même allégué que les projets ainsi soumis à la commune seraient identiques.
4. En deuxième lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 6 septembre 2021 par laquelle le maire de Campigneulles-les-Grandes a refusé de lui accorder une permission de voirie et d'accepter son offre de souscription en nature pour la réalisation d'un réaménagement de la ruelle de Montreuil au droit de son terrain dès lors que l'arrêté du 9 septembre 2021 n'a pas été pris pour l'application de cette décision, qui n'en constitue pas davantage la base légale.
5. En troisième lieu, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Campigneulles-les-Grandes ne pouvait légalement fonder sa décision de refus sur une méconnaissance des règles posées à l'article L. 2411-1 du code de la commande publique pour refuser l'autorisation d'aménagement sollicitée. En effet, ces dispositions relèvent d'une législation distincte du droit de l'urbanisme et ne s'imposent pas aux autorisations d'utiliser ou d'occuper le sol en application du principe de l'indépendance des législations.
6. En quatrième lieu, pour le même motif, la société Agrega est fondée à soutenir que le maire ne pouvait légalement se fonder sur une méconnaissance du règlement départemental de la défense extérieure contre les incendies, dont les prescriptions ne sont pas directement opposables aux autorisations d'urbanisme.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 162-1 du code de l'urbanisme : " Dans les territoires couverts par la carte communale, les autorisations d'occuper et d'utiliser le sol sont instruites et délivrées sur le fondement du règlement national d'urbanisme et des autres dispositions législatives et réglementaires applicables. " et aux termes de l'article R. 111-17 du même code : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres. ".
8. Il résulte de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
9. En permettant une distance minimale de trois mètres entre les constructions envisagées et les limites séparatives des lots, tout en fixant leur hauteur maximale à dix mètres, le règlement de lotissement a pour effet de permettre l'implantation de constructions qui pourraient être incompatibles avec la règle fixée à l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme dans le cas où leur hauteur serait supérieure à six mètres. Ainsi, c'est à un bon droit que le maire a opposé le motif tiré de la méconnaissance de ces dispositions dès lors que le règlement de lotissement laisse la possibilité de déposer des demandes de permis de construire qui, tout en respectant les règles qu'il édicte, ne seraient pas compatibles avec le code de l'urbanisme.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
11. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
12. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'implantation du projet prend place dans un vaste compartiment agricole dans sa partie Nord-Ouest. Il jouxte trois habitations au Sud ainsi qu'un lotissement composé de treize maisons individuelles de type pavillonnaire à l'Est. Ainsi, il n'apparait pas que les lieux avoisinants revêtent un intérêt ou caractère particulier. Si la commune fait valoir que l'implantation prévue des futures constructions est de nature à créer " une nouvelle forme urbaine " susceptible de " dénaturer la typologie architecturale du village ", elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Dans ces circonstances, la société requérante est fondée à soutenir que le projet, qui porte sur l'aménagement de huit lots à bâtir, ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux voisins ou aux paysages naturels et que le maire ne pouvait légalement fonder son refus sur ce motif.
13. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que le maire ne pouvait légalement s'opposer au projet en se fondant sur une méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme doit être écarté comme inopérant dès lors qu'il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la décision de refus ne se fonde pas sur ce motif.
14. Il résulte de l'instruction que le maire de Campigneulles-les-Grandes aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Campigneulles-les-Grandes qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée à ce titre par la société Agrega. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Agrega une somme de 1 440 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Agrega est rejetée.
Article 2 : La société Agrega versera à la commune de Campigneulles-les-Grandes la somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Agrega et à la commune de Campigneulles-les-Grandes.
Délibéré après l'audience du 5 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Piou, première conseillère,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2025.
Le rapporteur,
Signé
C. Boileau
La présidente,
Signé
A-M. Leguin La greffière,
Signé
S. Sing
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026