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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205364

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205364

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205364
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, M. B D, représenté par Me Soual, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le président du conseil départemental du Nord sur son recours administratif préalable obligatoire, reçu le 29 avril 2022, tendant à l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 rejetant sa demande de délivrance d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement ", ainsi que cette dernière décision ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Nord de lui délivrer la carte de mobilité inclusion, mention " stationnement ", et ce, sous un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une mesure d'expertise ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Soual, son avocat, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il appartient au président du conseil départemental du Nord de justifier de la compétence de M. E, signataire de la décision en litige ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en ce qu'elle ne comporte ni les considérations de droit ni les considérations de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation dès lors que son périmètre de marche est limité à 100 mètres et qu'il a besoin de faire des pauses et d'utiliser des cannes dans ses déplacements en extérieur du fait d'un sarcome d'Ewing du fémur droit, diagnostiqué à l'âge de 12 ans ;

- à titre subsidiaire, il y a lieu de prononcer une expertise médicale.

La requête a été communiquée au département du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a sollicité, le 5 novembre 2021, l'attribution de la carte de mobilité inclusion, mention " stationnement ". Le 22 décembre 2021, le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande. M. D a formé un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, contre cette décision de refus, que le département a reçu le 29 avril 2022. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est intervenue le 29 juin 2022. Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le président du conseil départemental du Nord sur son recours administratif préalable obligatoire, reçu le 29 avril 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est formé, par tout moyen lui conférant date certaine, devant le président du conseil départemental. / Ce recours préalable comprend une lettre de saisine et une copie de la décision contestée ou, lorsqu'elle est implicite, une copie de l'accusé réception de la demande ayant fait naître cette décision. La lettre de saisine peut exposer les motifs de la contestation et les éléments insuffisamment ou incorrectement pris en compte. / Ce recours préalable est examiné selon les mêmes modalités que la demande initiale. Le silence gardé pendant plus de deux mois par l'auteur de la décision, à partir de la date à laquelle le recours préalable obligatoire a été présenté auprès du président du conseil départemental, vaut décision de rejet de la demande. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la décision du 22 décembre 2021 par laquelle le directeur de la direction de l'autonomie, par délégation du président du conseil départemental du Nord, a rejeté la demande de l'intéressé visant à obtenir la délivrance d'une carte de mobilité inclusion, mention " stationnement ", est soumise à un recours administratif préalable obligatoire. M. D a formé un tel recours contre cette décision le 27 avril 2022, recours reçu le 29 avril par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Le dernier alinéa des dispositions mentionnées ci-dessus prévoit qu'au terme d'un délai de deux mois, le silence gardé par l'autorité administrative vaut décision de rejet. Ainsi, une décision implicite de rejet est née le 29 juin 2022. Cette décision implicite s'est substituée à la décision du 22 décembre 2021. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre cette dernière décision doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, applicable au litige : " I.- La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9 [c'est-à-dire de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées]. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () ". Aux termes de l'article R. 241-12-1 du même code : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement. / () ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autres parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

6. L'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans un déplacement individuel, pris pour l'application de l'article R. 2411-12-1 précité, prévoit que le critère relatif à la " réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied " est rempli soit lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, soit lorsqu'elle a systématiquement recours à une aide humaine, à une prothèse de membre inférieur, à une canne ou à tout autre appareillage manipulé à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs, par exemple à un déambulateur, à un véhicule pour personnes handicapées, notamment un fauteuil roulant, soit enfin lorsqu'elle a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie.

7. Il résulte de ces dispositions que l'arrêté du 3 janvier 2017 définit, en application du IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, de sorte que seule peut être regardée comme ayant droit à l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " une personne qui satisfait aux critères fixés par cet arrêté, c'est-à-dire, s'agissant du critère de réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied, qui se trouve dans l'une des trois situations qu'il prévoit.

8. Il résulte de l'instruction que M. D, âgé de 33 ans, a été atteint à l'âge de 12 ans d'un sarcome d'Ewing, initialement localisé dans le fémur droit, ayant nécessité de lourds traitements par chimiothérapie et radiothérapie, ainsi que la pose d'une prothèse, suivie d'une prothèse totale de la hanche droite. Le certificat médical établi le 19 janvier 2022 par le docteur A C, médecin généraliste, à l'appui de la demande, précise que le périmètre de marche de M. D est limité à 100 mètres en raison de douleurs " +++ ", avec une fatigabilité nécessitant l'usage de cannes pour les déplacements à l'extérieur, un ralentissement moteur et la nécessité de faire des pauses. Selon ce médecin, si les déplacements à l'intérieur peuvent être effectués avec difficulté mais sans aide humaine, les déplacements extérieurs requièrent une telle aide. Dans ces conditions, et alors d'ailleurs que l'intéressé a déjà bénéficié d'une carte mobilité inclusion, mention " stationnement " pour la période du 17 janvier 2014 au 31 décembre 2018, il y a lieu de reconnaître le droit de M. D à l'obtention de la carte mobilité inclusion, mention " stationnement ", pour une durée qui doit être fixée, dans les circonstances de l'espèce, à cinq ans et, en conséquence, d'annuler la décision implicite de rejet, née du silence gardé par le président du conseil départemental du Nord sur le recours administratif préalable obligatoire qu'il lui a adressé le 27 avril 2022.

9. Compte tenu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions tendant à ce que soit ordonnée une expertise.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Pour les motifs exposés ci-dessus, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental du Nord de délivrer, dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, la carte mobilité inclusion, " mention stationnement " à M. D.

Sur les frais liés au litige :

11. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Toutefois, les conclusions présentées par M. D qui tendent à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil départemental du Nord sur le recours administratif préalable de M. D est annulée.

Article 2 : M. D a droit à la carte mobilité inclusion, mention " stationnement ", pour une durée de cinq ans. Cette carte lui sera délivrée par le président du conseil départemental du Nord dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Soual et au département du Nord.

Copie pour information sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

B. Deltour

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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