mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206281 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | SELARL PHELIP & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 août 2022, le 19 août 2022 et le 13 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Delbar, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté urbaine de Dunkerque à lui verser la somme de 4 511,30 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2022 et avec capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'accident dont il a été victime le 12 février 2018 à Dunkerque ;
2°) de mettre les dépens à la charge de la communauté urbaine de Dunkerque ;
3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine de Dunkerque une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- bien qu'ayant contourné une zone de travaux signalée, il a lourdement chuté à un endroit où aucune signalétique ne laissait présager un risque ;
- la responsabilité de la communauté urbaine de Dunkerque à raison du défaut d'entretien normal de son ouvrage public ;
- en l'absence d'accident médical, le barème de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ne saurait s'appliquer ;
- ses préjudices s'élèvent à un montant total de 4 511,30 euros, se décomposant comme suit : 911,30 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 3 000 euros au titre des souffrances endurées et 600 euros au titre du préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire, enregistré le 9 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, qui exerce l'activité de recours contre tiers pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Flandres en vertu de la décision du directeur général de la caisse nationale d'assurance maladie du 1er janvier 2022, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté urbaine de Dunkerque à lui verser la somme de 3 279,45 euros au titre des dépenses qu'elle a exposées pour son assuré du fait de la chute du 12 février 2018 ;
2°) de mettre à la charge de la communauté urbaine de Dunkerque l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que la caisse primaire d'assurance maladie des Flandres a exposé pour le compte de son assuré des dépenses de santé actuelles, constituées de frais médicaux et de frais hospitaliers, à hauteur de 3 279, 45 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, la communauté urbaine de Dunkerque conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucun défaut normal d'entretien de l'ouvrage public ne saurait lui être reproché, au regard de la soudaineté de l'affaissement du revêtement ;
- à titre subsidiaire, la somme allouée au titre du déficit fonctionnel temporaire subi par le requérant ne saurait excéder 458,25 euros, les souffrances endurées pourraient être indemnisées à hauteur de 2 400 euros, tandis que le caractère négligeable du préjudice esthétique ne justifie pas une indemnisation.
La requête a été communiquée à la commune de Dunkerque, employeur de M. B, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 23 décembre 2024 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2025 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères, magistrat désigné ;
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique ;
- et les observations de Me De Botton, substituant Me Delbar, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B expose avoir chuté le 12 février 2018 alors qu'il marchait sur le trottoir de la rue Georges Claeyman à Dunkerque, un enrobé s'étant affaissé sous ses pieds après qu'il ait contourné une zone de travaux. Blessé, en raison notamment d'une entorse de la cheville gauche et d'une gonalgie gauche, il a présenté une demande indemnitaire préalable par courrier du 19 avril 2022, reçue le lendemain par la communauté urbaine de Dunkerque, demande restée sans réponse. Par la présente requête, M. B demande la condamnation de la communauté urbaine de Dunkerque à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de cette chute.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de la communauté urbaine de Dunkerque :
2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Il résulte de l'instruction, en particulier des photographies et témoignages produits, que le revêtement du trottoir sur lequel circulait M. B s'est écroulé sous son passage, créant un trou de plusieurs centimètres de profondeur, et entraînant la chute du requérant. En se bornant à souligner que cet affaissement soudain du revêtement, constituant un ouvrage public, n'était pas prévisible, la communauté urbaine de Dunkerque ne rapporte pas la preuve d'un événement irrésistible et extérieur à elle-même, alors par ailleurs que l'endroit où s'est produit la chute en litige n'était pas inclus dans la zone de travaux matérialisée par des barrières de chantier à proximité et qu'il n'est pas établi que le revêtement en litige était adapté aux spécificités du sol à cet endroit. Il s'ensuit que M. B est fondé à solliciter la prise en charge par la communauté urbaine de Dunkerque de ses préjudices.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices du requérant :
4. M. B produit à l'appui de sa requête une expertise amiable diligentée par son assureur et réalisée le 28 janvier 2020 par le docteur D C.
5. Eu égard aux conclusions expertales et en l'absence de remise en cause des parties, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. B au 12 octobre 2018.
6. En premier lieu, il résulte des conclusions expertales, et n'est pas contesté, que M. B a subi un déficit fonctionnel de classe 2, c'est-à-dire de 25%, du 12 au 18 février 2018, soit pendant une période de 7 jours. Il a ensuite présenté un déficit fonctionnel total le 19 février 2018 en raison de son hospitalisation, puis un déficit fonctionnel de classe 3, c'est-à-dire de 50%, du 20 février 2018 au 13 mars 2018, soit pendant une période de 22 jours pendant laquelle il a dû porter un plâtre et utiliser des béquilles pour se déplacer. Enfin, il a subi un déficit fonctionnel de classe 1, soit 10 %, du 14 mars 2018 au 11 octobre 2018, veille de consolidation, soit pendant une période de 212 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros, il sera fait une exacte appréciation du déficit fonctionnel temporaire de M. B en condamnant la communauté urbaine de Dunkerque à lui régler la somme de 524, 25 euros (0,25 x 15 x 7 + 15 + 0,50 x 15 x 22 + 0,10 x 15 x 212).
7. En deuxième lieu, il résulte des conclusions expertales, et n'est pas contesté, que M. B a enduré des souffrances physiques et morales en raison de sa chute du 12 février 2018, évaluées à 2,5 sur une échelle allant de 0 à 7 par l'expert. Dans ces circonstances, et compte tenu de la durée de ces souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant une somme de 2 700 euros.
8. En dernier lieu, il résulte des conclusions de l'expertise amiable et n'est pas contesté que M. B conserve une cicatrice à la cheville gauche, l'expert évaluant le préjudice esthétique du requérant à 0,50 sur une échelle allant de 0 à 7, en raison du caractère peu visible de cette cicatrice. Dès lors que ce poste de préjudice est établi, et au regard de ces éléments, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique permanent subi par le requérant en lui allouant une somme de 500 euros.
S'agissant du préjudice de la caisse primaire d'assurance maladie :
9. Il résulte du relevé définitif des débours, que la caisse primaire d'assurance maladie des Flandres a exposé des frais hospitaliers du 19 au 21 février 2018 pour un montant de 1 443,44 euros, ainsi que des frais médicaux pour un montant de 1 836,01 euros du 12 février 2018 au 19 décembre 2018. En l'absence de contestation de la communauté urbaine de Dunkerque concernant ces frais, celle-ci sera condamnée à rembourser à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie des Flandres, la somme totale de 3 279,45 euros (1 836,01 + 1 443,44).
10. Il résulte de ce qui précède que la communauté urbaine de Dunkerque sera condamnée à verser à M. B la somme totale de 3 724, 25 euros (500 + 2 700 + 524,25) et à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut la somme de 3 279,45 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
11. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
12. La somme allouée à M. B sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2022, date de réception par la communauté urbaine de Dunkerque de la demande préalable. Les intérêts échus à la date du 20 avril 2023 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
13. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 23 décembre 2024 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 120 € et 1 212 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2025 ".
14. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté urbaine de Dunkerque le versement à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut de la somme de 1 093,15 euros (3 279,45 x 1/3) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté urbaine de Dunkerque demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté urbaine de Dunkerque une somme de 1 400 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté urbaine de Dunkerque est condamnée à verser à M. B une somme totale de 3 724,25 euros avec intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2022. Les intérêts échus à la date du 20 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La communauté urbaine de Dunkerque est condamnée à payer à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut la somme de 3 279,45 euros.
Article 3 : La communauté urbaine de Dunkerque versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut la somme de 1 093,15 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : La communauté urbaine de Dunkerque versera à M. B la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, à la commune de Dunkerque et à la communauté urbaine de Dunkerque.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
Le magistrat désigné,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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