vendredi 21 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2206931 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Berthe, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé d'enregistrer sa demande titre de séjour ;
2°) d'annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en tant qu'elle ne permet pas d'identifier l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation par le préfet ;
- elle méconnaît l'alinéa 10 du préambule de la constitution de 1946, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'appréciation de son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- elle est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 29 septembre 2023.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Huchette-Deransy ;
- les observations de Me Berthe, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante gabonaise, née le 24 février 1996, à Libreville, est entrée en France, à l'âge de vingt-trois ans sous couvert d'un visa long séjour étudiant valable du 6 novembre 2019 au 6 novembre 2020. Elle a sollicité par l'intermédiaire de son conseil le
15 avril 2022 un rendez-vous en préfecture pour l'enregistrement d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un courriel du 5 mai 2022, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour " membre de famille de réfugié " au motif que n'étant pas mariée, elle ne remplissait pas les critères de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par courriel adressé le même jour par son conseil,
Mme C sollicitait à nouveau l'examen de sa demande sur le seul fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par courriel du 23 juin 2022, la requérante demandait la communication des motifs de la décision portant refus implicite de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour
" mention vie privée et familiale ". Par courriel du 7 juillet 2022 dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur l'étendue du litige :
2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il en résulte que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé d'octroyer un rendez-vous à la requérante pour enregistrer sa demande de titre de séjour doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a expressément rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du
droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,
L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. En l'espèce Mme C vit en couple depuis le 1er juillet 2020 avec un ressortissant congolais, réfugié en France, titulaire d'une carte de résident valable dix ans comme l'attestent les contrats de bail établis en leur nom de manière continue depuis cette date, les factures d'électricité produites et la déclaration de concubinage effectuée auprès de la caisse des allocations familiales. De cette relation est née une fille le 8 novembre 2021, soit cinq mois avant la décision litigieuse, qui a été reconnue par ses deux parents conformément à l'acte de naissance avec filiation établi le 7 novembre 2021 sur déclaration conjointe et qui vit au sein de leur foyer ainsi qu'il ressort de l'attestation de droits de la caisse des allocations familiales d'avril 2024.
Dans ces conditions, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français, de sa relation stable de couple avec un ressortissant congolais qui a vocation à rester en France où il est légalement admis et de l'intérêt pour son enfant qu'elle puisse bénéficier de la présence de sa mère, le préfet du Nord, en refusant la délivrance d'un titre de séjour, a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation des décisions en date du 7 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme C que le préfet du Nord lui délivre un titre de séjour portant la mention
" vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berthe, conseil de la requérante, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Berthe une somme de 1 200 euros, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia présidente,
- Mme Bonhomme, première conseillère,
- Mme Huchette-Deransy, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2025.
La rapporteure,
Signé
J. Huchette-Deransy
La présidente,
Signé
J. Féménia La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2302927
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B... A... visant à engager la responsabilité de la commune d'Aubagne, de GRDF et de la société SOBECA suite à un accident de motocyclette. Le tribunal a jugé la requête irrecevable à l'encontre de la commune et de SOBECA pour défaut de demande indemnitaire préalable obligatoire, et a estimé que les conditions de la responsabilité de GRDF, en tant que maître d'ouvrage, n'étaient pas établies. La décision s'appuie sur les règles de procédure administrative contentieuse, notamment l'exigence d'une demande préalable.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2303832
Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé la décision du département des Bouches-du-Rhône refusant le versement d'une subvention pour l'achat d'un véhicule électrique à M. C... B... La juridiction a retenu que le refus était insuffisamment motivé, car il ne comportait pas la référence à la base légale ou réglementaire appliquée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a enjoint au département de réexaminer la demande du requérant dans un délai de trois mois.
07/04/2026
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**Sujet principal** : Recours en annulation contre un arrêté préfectoral refusant une autorisation de défrichement pour un projet de lotissement. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (5ème Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société Urban Foncier et confirme le refus de défrichement. Il écarte les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire et l'irrégularité de la procédure, et estime que le préfet a légalement justifié son refus au regard des risques d'incendie. **Textes appliqués** : Les articles L. 341-1, L. 341-3 et L. 341-5 (notamment son 9°) du code forestier, relatifs à la définition du défrichement, son autorisation préalable et les motifs de refus pour la protection contre les risques naturels comme les incendies.
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