lundi 16 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2209616 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | JAMAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, le préfet du Nord demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de mettre fin à la suspension, prononcée par l'article 1er de l'ordonnance n°2207858 du 7 novembre 2022 du juge des référés, de l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel il a mis fin au détachement de Mme A D, réitéré par la décision du 20 septembre 2022.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir pour solliciter la modification des mesures que le juge des référés a ordonné ;
- la condition du doute sérieux quant à légalité de la décision dont les effets ont été suspendus par le juge des référés n'est pas remplie ; par un courrier du 28 octobre 2022, le conseil départemental de Mayotte a invité Mme A D à se positionner sur trois postes proposés et ceci dans un délai de 8 jours ; un courriel du 31 octobre 2022 est adressée à l'intéressée en reponse à sa demande de réintégration ; le retour de Mme A D résulte d'une démarche qu'elle a elle-même initiée et à laquelle le conseil départemental de Mayotte a fait droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, Mme A D, représentée par Me Jamais, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que l'ordonnance n°2207858 soit modifiée afin qu'il soit enjoint au préfet au du Nord de la réintégrer à titre provisoire dans les effectifs de la préfecture du Nord sur un emploi relevant du grade de secrétaire administratif de l'intérieur dans un délai de 5 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article l.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le préfet n'est pas compétent pour prononcer la fin anticipée du détachement ; le courrier du 28 octobre 2022 ne constitue pas une décision de réintégration mais doit être regardé comme une simple proposition de réintégration ; la réintégration ne sera prononcée d'office selon ce courrier que dans un délai de 8 jours ; elle n'a d'ailleurs toujours pas été adoptée ; elle est toujours privée d'affectation ;
- ne s'étant pas vue proposer de nouvelle affectation par le préfet du Nord, elle ne bénéficie actuellement d'aucune rémunération ; elle demande au juge des référés de modifier son ordonnance et d'enjoindre à ce qu'elle soit réintégrée dans un délai de 5 jours sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- l'ordonnance n°2207858 du 7 novembre 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Lille.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer
sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 5 janvier 2023 à 10h, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :
- le rapport de M. Lassaux, juge des référés,
- les observations du préfet du Nord, représenté par Mme C et M. B, respectivement chef du service des ressources humaines et chef du service juridique de la préfecture Nord ; ils concluent aux fins et par les mêmes moyens ; ils reconnaissent également que s'il n'est pas fait droit à la demande du préfet, l'ordonnance n°2207858 du 7 novembre 2022 rendu par le juge des référés implique que Mme D soit réintégrée dans leurs services ;
- et les observations de Me Jamais, représentant Mme D, qui reprennent leurs écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, rédactrice territorial, exerçait des fonctions au sein du département de Mayotte. A compter du 14 octobre 2020, Mme D a été détachée dans les services de la préfecture du Nord, au grade de secrétaire administratif de l'intérieur et de l'outre-mer de classe normale sur l'emploi de chargé de lutte contre la fraude. Par courrier du 31 mai 2022, notifié le 1er juin 2022, la directrice du secrétariat général commun de la préfecture du Nord a informé Mme D qu'il était mis fin à son détachement à compter du 15 octobre 2022. Par un courrier du 20 septembre 2022, la secrétaire générale de la préfecture a réitéré cette décision de mettre fin au détachement de l'intéressée à compter du 15 octobre 2022. Le juge des référés du tribunal administratif de céans a ordonné, par une ordonnance n°2207858 du 7 novembre 2022, que l'exécution des décisions des 31 mai 2022 et 20 septembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord a mis fin au détachement de Mme D dans ses services sur un emploi relevant du grade de secrétaire administratif de l'intérieur et des outre-mer à compter du 15 octobre 2020 soit suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions et lui a enjoint de la réintégrer, à titre provisoire, dans les services de la préfecture du Nord sur un emploi relevant de son grade. Par cette requête, le préfet du Nord demande au juge des référés sur le fondement de l'article L.521-4 du code de justice administrative de modifier l'ordonnance n°2207858 du 7 novembre 2022 afin qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution des décisions des 31 mai 2022 et 20 septembre 2022 et qu'il ne lui soit plus enjoint de réintégrer Mme D dans ses services.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
3. Si l'exécution d'une ordonnance prononçant la suspension de l'exécution d'une décision administrative sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et prononçant l'injonction qu'implique nécessairement cette suspension peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure d'injonction demeurée sans effet en en modifiant le délai d'exécution ou en prononçant une astreinte destinée à assurer cette exécution, l'inexécution de la décision juridictionnelle présentant le caractère d'un élément nouveau au sens des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
En ce qui concerne les conclusions présentées à titre principal, tendant à ce qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution des décisions des 31 mai 2022 et 20 septembre 2022 et à l'injonction de réintégrer Mme D prononcée par les articles 1er et 2 de l'ordonnance du 7 novembre 2022 :
4. Aux termes de l'article L.513-1 du code général de la fonction publique : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps ou cadre d'emplois d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps ou cadre d'emplois, de ses droits à l'avancement et à la retraite. Il est prononcé à la demande du fonctionnaire. " Aux termes de l'article L.513-2 : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps ou cadre d'emplois d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps ou cadre d'emplois, de ses droits à l'avancement et à la retraite. Il est prononcé à la demande du fonctionnaire." Aux termes de l'article L.513-21 du même code : " Le fonctionnaire territorial détaché remis à la disposition de sa collectivité ou de son établissement d'origine avant le terme normal de son détachement, pour une cause autre qu'une faute commise dans l'exercice de ses fonctions, qui ne peut être réintégré faute d'emploi vacant dans son cadre d'emplois d'origine, continue d'être rémunéré par l'organisme de détachement jusqu'à sa réintégration dans sa collectivité ou son établissement d'origine. " Il résulte de ces dispositions que l'administration d'origine, en tant qu'autorité investie du pouvoir de nomination, est seule compétente pour mettre fin au détachement avant le terme fixé. Saisie d'une demande en ce sens du fonctionnaire intéressé ou de l'administration ou de l'organisme d'accueil, elle est tenue d'y faire droit. En revanche, l'administration qui accueille un fonctionnaire en position de détachement peut à tout moment, dans l'intérêt du service, remettre ce fonctionnaire à la disposition de son corps d'origine en disposant, à cet égard, d'un large pouvoir d'appréciation.
5. En l'espèce, comme il a été dit au point 1, le juge des référés du tribunal administratif a, par son ordonnance du 7 novembre 2022 précitée, ordonné la suspension des décisions du 31 mai 2022 et du 20 septembre 2022 au motif que le préfet du Nord n'était pas compétent pour mettre fin au détachement de Mme D dont la durée a été fixée par le président du conseil départemental de Mayotte à cinq ans à compter du 14 octobre 2020 et qui était ainsi en cours d'exécution et qu'il soit enjoint de réintégrer l'intéressée dans les services de la préfecture du Nord sur un emploi relevant du grade de secrétaire administratif du ministère de l'intérieur et des outre-mer. Le préfet du Nord soutient que le conseil départemental a, par son courrier du 28 octobre 2022, décidé la réintégration de Mme D dans ses services rendant sans objet la mesure de suspension et l'injonction ainsi ordonnée par le juge des référés. Toutefois, il résulte du courrier précité du 28 octobre 2022 que le président du conseil départemental de Mayotte se borne à informer son agent qu'eu égard à la position prise par le préfet du Nord, il est tenu de la réintégrer et lui propose, pour permettre cette réintégration, trois postes et qu'en cas d'absence de réponse à cette proposition passé un délai de 8 jours, il procédera à sa réintégration d'office sur un poste de son choix correspondant à son grade. Ce courrier du 28 octobre 2022 qui ne fixe pas la date d'effet d'une réintégration de l'agent, ni ne précise l'emploi sur lequel elle serait affectée, ne peut être regardé comme une décision portant réintégration de Mme D. Par ailleurs, le président du conseil départemental de Mayotte qui mentionne avoir procédé à l'envoi de ce courrier du 28 octobre 2022 au motif que le préfet du Nord a décidé de mettre fin au détachement de Mme D ne peut pas davantage être regardé comme ayant lui-même décidé la fin du détachement de l'intéressée. Aucune décision mettant fin au détachement de Mme D n'a donc encore été prise par une autorité compétente à la date à laquelle statue le juge des référés. Enfin, toute décision du président du conseil départemental de Mayotte qui aurait comme fondement juridique les décisions qui ont été prises par le préfet du Nord des 31 mai 2022 et 20 septembre 2022 ne peut avoir pour effet de remette en cause l'injonction prononcée par le juge des référés dans son ordonnance du 7 novembre 2022, dès lors que ces décisions, comme il a été rappelé précédemment, ont vu leur exécution suspendue par cette même ordonnance.
6. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'est pas fondé à demander que la fin de la suspension de ses décisions en date des 31 mai 2022 et 20 septembre 2022 ainsi que l'injonction qui lui a été faite de procéder à la réintégration de Mme D dans les services de la préfecture du Nord sur un emploi relevant du grade de secrétaire administratif de l'intérieur et des outre-mer.
Sur les conclusions reconventionnelles :
7. Si toute personne intéressée peut présenter, à l'occasion d'une instance engagée par une autre partie sur le fondement de l'article L. 521-4, des conclusions reconventionnelles tendant à ce que soient autrement modifiées les mesures ordonnées par le juge des référés, de telles conclusions ne sont pas recevables lorsqu'elles tendent à faire obstacle à l'exécution de décisions administratives distinctes de celles qui avaient été initialement soumises au juge des référés
8. Il résulte de l'instruction que, suite à la notification de l'ordonnance n°2207858 du
7 novembre 2022, les services de la préfecture du Nord n'ont pas procédé à la réintégration de l'agent sur un emploi relevant du grade de secrétaire administratif de l'intérieur et des outre-mer. Toutefois, dans les circonstances particulières de l'espèce, et dès lors que le représentant du préfet du Nord a reconnu, à l'audience, qu'en cas de rejet de ses conclusions à fin de modification de l'ordonnance précitée du 7 novembre 2022, le préfet du Nord demeurerait tenu de procéder sans délai à la réintégration de Mme D sur un emploi relevant de son grade, il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 500 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme D, au titre des frais exposés.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du préfet du Nord est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par Mme D sont rejetées.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet du Nord et au président du conseil départemental de Mayotte.
Fait à Lille, le 16 janvier 2023
Le juge des référés,
Signé
P. LASSAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2209616