mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303224 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SCP SARTORIO-LONQUEUE-SAGALOVITSCH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 avril 2023 et 25 avril 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle Fermetures de l'Aisne, représentée par Me Laurent, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'office public de l'habitat du Nord de différer la signature du contrat jusqu'au terme de la procédure ;
2°) d'annuler la décision en date du 30 mars 2023 par laquelle il a été décidé d'écarter son offre du marché ;
3°) d'ordonner à l'office public de l'habitat du Nord de procéder à un nouvel appel d'offres ;
4°) d'annuler la procédure de passation du contrat en cause ;
5°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat du Nord la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose de la capacité pour agir, elle est recevable à agir et, le marché n'ayant pas été signé, sa requête est recevable ;
- elle ne pouvait pas obtenir la note éliminatoire de 0 en raison d'un manque de justificatifs concernant la prise en charge de la problématique de l'amiante dans l'exécution des travaux de remise en état avant relocation ou de changement d'huisseries alors qu'elle avait fourni, dans le délai imparti et comme elle l'avait fait pour l'obtention des marchés antérieurs, les justificatifs des formations suivies par son personnel, qui est apte à intervenir en cas de présence d'amiante ; dans ces conditions, la procédure engagée ne respecte pas les règles de mise en concurrence ;
- elle a été évincée de façon délibérée sur un seul critère financier.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 avril 2023 et 25 avril 2023, l'office public de l'habitat du Nord, représenté par Me Lorthiois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Fermetures de l'Aisne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la société Fermetures de l'Aisne n'a pas d'intérêt pour agir dès lors que son offre était irrégulière et qu'elle n'est pas susceptible d'avoir été lésée par un manquement étranger à l'irrégularité de son offre ;
- l'annexe 2 de l'acte d'engagement visée à l'article 7.2.2 du règlement de consultation n'a pas été remise par la société Fermetures de l'Aisne, qui a communiqué un mémoire technique ne permettant pas de noter le critère relatif à la prise en charge de la problématique amiante dans l'exécution des missions ; la société requérante, qui n'a transmis ni la liste des modes opératoires, ni la démarche visant à garantir des interventions sans risque, ni les informations sur la fréquence du mesurage du niveau d'empoussièrement sur opérateurs, ni les informations relatives à l'organisation sur le chantier et à la maintenance particulière des équipements, s'est abstenue de produire le " cadre du mémoire technique " dûment complété, dont la production était pourtant exigée ; son offre était dès lors incomplète et, par suite, irrégulière ;
- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de différer la signature du contrat sont dépourvues d'objet, la procédure ayant été suspendue conformément à l'article L. 551-4 du code de justice administrative ;
- l'éviction de la société Fermetures de l'Aisne est conforme au règlement de consultation et elle est par suite régulière au regard des dispositions du code de la commande publique, et en particulier de celles de son article R. 2152-7 ;
- la circonstance que la société Fermetures de l'Aisne ait été attributaire du marché précédent est par elle-même sans incidence sur l'irrégularité de l'offre qu'elle a présentée ;
- l'offre de la société Fermetures de l'Aisne n'a pas été rejetée pour un motif financier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la société par actions simplifiée Aquadim, représentée par la SCP Lonqueue, Sagalovitsch, Eglie-Richters et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Fermetures de l'Aisne la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société Fermetures de l'Aisne ne justifie ni de sa capacité pour agir, ni de son existence légale ; sa requête est dès lors irrecevable ;
- la société Fermetures de l'Aisne ne justifie d'aucun intérêt pour agir dès lors que son offre était irrégulière, la seule production d'attestations de formation ne répondant pas aux exigences du règlement de consultation ;
- le mémoire technique de la société Fermetures de l'Aisne ne comportait pas les éléments méthodologiques attendus sur le sous-critère lié à la prise en compte du risque amiante, la société Fermetures de l'Aisne n'ayant pas produit le cadre du mémoire technique qui devait comporter les informations relatives à la prise en charge de la problématique amiante dans l'exécution des missions de travaux ; l'office public de l'habitat du Nord n'a commis aucun manquement aux règles de publicité et de mise en concurrence en attribuant la note éliminatoire de 0/5 à chacun des deux éléments du sous-critère amiante et, par suite, en déclarant irrégulière l'offre de la société Fermetures de l'Aisne ;
- les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'office public de l'habitat du Nord de différer la signature du contrat sont dépourvues d'objet, la procédure ayant été suspendue conformément à l'article L. 551-4 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la société Bati Groupe, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lemaire, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 26 avril 2023 à 9 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Benkhedim, greffière d'audience :
- le rapport de M. Lemaire, vice-président,
- les observations de Me Laurent, avocat de la société Fermetures de l'Aisne, qui maintient les conclusions de sa requête,
- les observations de Me Pilette, substituant Me Lorthiois, avocat de l'office public de l'habitat du Nord,
- et les observations de Me Taddei, représentant la SCP Lonqueue, Sagalovitsch, Eglie-Richters et Associés, avocat de la société Aquadim.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis publié le 16 décembre 2022 au bulletin officiel des annonces des marchés publics, l'office public de l'habitat du Nord a engagé une procédure d'attribution d'un accord-cadre à bons de commande portant sur la réalisation de travaux tous corps d'état dans le cadre de l'entretien courant de son patrimoine immobilier pour les années 2023 à 2026. Par un courrier du 30 mars 2023, la société Fermetures de l'Aisne a été informée par l'office du rejet pour irrégularité des offres qu'elle avait présentées, d'une part, pour les lots n° 56 et 57, relatifs à des travaux de menuiserie bois/PVC, ces lots ayant été attribués à la société Bati Groupe, et, d'autre part, pour les lots n° 184 et 185, relatifs à des travaux de relocation, ces lots ayant été attribués à la société Aquadim.
2. La société Fermetures de l'Aisne doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure d'attribution de ce marché.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation (). / () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I. - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat (). / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. / () ". Aux termes de l'article L. 551-4 de ce code : " Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle ".
4. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. Il lui appartient de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de la lettre du 30 mars 2023 qui lui a été adressé par l'office public de l'habitat du Nord, que, contrairement à ce que soutient la société Fermetures de l'Aisne, sans au demeurant assortir son moyen de précisions suffisantes, les offres qu'elle avait présentées n'ont pas été éliminées pour un " motif financier ", mais pour irrégularité, en l'absence de production d'un document imposé par le règlement de consultation du marché.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ". Aux termes de l'article L. 2152-2 de ce code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale ". Le règlement de consultation d'un marché étant obligatoire dans toutes ses mentions, le pouvoir adjudicateur ne peut attribuer un marché à un candidat qui ne respecte pas l'une de ses prescriptions.
7. Il résulte de la combinaison des stipulations des articles 5.2 et 7.2.2 du règlement de consultation du marché en litige que les candidats devaient produire à l'appui de leurs offres, notamment, un document intitulé " cadre du mémoire technique ", dûment complété selon le modèle joint au dossier de consultation et appelé à constituer l'annexe n° 2 à l'acte d'engagement, ce document comprenant en particulier des informations relatives à la prise en charge de la problématique de l'amiante et nécessaires à l'appréciation de la valeur technique des offres. Il résulte également de la combinaison de ces stipulations qu'une note éliminatoire de zéro serait attribuée pour ce sous-critère relatif à la problématique de l'amiante aux offres ne comprenant pas ce document. Il est constant que les offres présentées par la société Fermetures de l'Aisne ne comprenaient pas ce document. Dans ces conditions, ces offres devaient être regardées comme étant irrégulières et elles pouvaient être éliminées pour ce motif.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'office public de l'habitat du Nord et la société Aquadim, que les conclusions présentées par la société Fermetures de l'Aisne sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'office public de l'habitat du Nord, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la société Fermetures de l'Aisne demande au titre des frais qu'elle a exposés. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société requérante le versement à l'office public de l'habitat du Nord et à la société Aquadim des sommes qu'ils demandent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société Fermetures de l'Aisne est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'office public de l'habitat du Nord au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société Aquadim au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée unipersonnelle Fermetures de l'Aisne, à l'office public de l'habitat du Nord, à la société par actions simplifiée Aquadim et à la société par actions simplifiée Bati Groupe.
Fait à Lille, le 26 avril 2023.
Le juge des référés,
signé
O. LEMAIRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,