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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304739

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304739

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304739
TypeDécision
RecoursQuestion préjudicielle
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL NEOS AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vue la procédure suivante :

Par une ordonnance du 23 mai 2023, le juge de la mise en l'état du tribunal judiciaire de Saint-Omer a, d'une part, sursis à statuer sur la requête présentée par M. C B et, d'autre part, transmis au tribunal administratif de Lille la question préjudicielle suivante :

" L'arrêté de péril du Maire de Racquinghem, en date du 17 février 1999, était-il frappé de caducité à la date du 06 juillet 2017, par l'effet de la vente du bien immobilier sis 1 allée des Noisetiers à Racquinghem, par le Groupement Foncier Immobilier de la Région Audomaroise au profit de la commune de Racquinghem survenue le 18 août 2009 ' "

Par un mémoire, enregistré le 9 novembre 2023, Me Jacquart et la SELARL Stoven - Jacquart, représentés par Me Troin, concluent à la caducité de l'arrêté de péril.

Ils soutiennent qu'une commune ne pouvant prendre un arrêté de péril concernant un bien dont elle est propriétaire, l'acquisition par la commune de Racquinghem du terrain et des constructions inachevées le 18 août 2009 a nécessairement eu pour effet de rendre caduc l'arrêté de péril du 17 février 1999.

Par un mémoire, enregistré le 27 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Lecaille, conclut à l'absence de caducité de l'arrêté de péril et à ce que soit mise à la charge de Me Jacquart ainsi que de la SELARL Stoven - Jacquart la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- alors que la caducité doit être prévue par un texte, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la caducité d'un arrêté de péril ;

- les travaux prescrits par l'arrêté de péril n'ont jamais été réalisés et le maire n'a jamais délivré de mainlevée de cet arrêté ;

- la circonstance que la commune ait acquis ce bien avant de le vendre à M. D, qui le lui a ensuite vendu, est sans incidence sur l'existence de l'arrêté de péril.

La procédure a été communiquée à la Caisse d'épargne et de prévoyance Hauts-de-France, à la SA Compagnie européenne de garanties et cautions et à M. A D, qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, rapporteur,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lecaille, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte de vente du 16 juillet 1981, le groupement foncier immobilier de la région audomaroise a vendu à M. et Mme F un terrain situé 1 allée des noisetiers à Racquinghem, sur lequel ils ont entrepris la construction d'une maison par la société VB Constructions. Le 17 février 1999, le maire de la commune de Racquinghem a pris un arrêté de péril ordinaire mettant en demeure les héritiers de M. E de procéder, dans un délai de 60 jours, aux travaux de réparation ou de démolition de nature à mettre fin au péril. Cet arrêté, qui n'a jamais été exécuté, n'a pas davantage fait l'objet d'une mainlevée. Parallèlement, en raison des désordres apparus dans la construction et sur requête de M. et Mme F, le tribunal de grande instance de Saint-Omer, après expertise, a ordonné la résolution de la vente par un jugement du 3 novembre 2000, confirmé par un arrêté de la cour d'appel de Douai du 9 septembre 2003. Par acte de vente du 18 août 2009, reçu par Me Stoven, notaire associé au sein de la SARL Stoven Jacquart, la commune a acquis le terrain et les constructions inachevées, qu'elle a ensuite revendus à M. D par acte de vente du 13 juillet 2013. M. D a vendu le terrain et les constructions inachevées à M. B par acte de vente du 6 juillet 2017 reçu par Me Jacquart, notaire associé au sein de la SARL Stoven Jacquart. M. B, ayant découvert ultérieurement des fissures au niveau des fondations ainsi que l'existence de l'arrêté de péril, a, après avoir été placé en redressement judiciaire par jugement du tribunal judiciaire d'Arras du 24 février 2021, assigné, entre le 3 et le 15 décembre 2021, son vendeur, le notaire ayant reçu la vente, la SARL Stoven Jacquart, le mandataire judiciaire, l'établissement bancaire lui ayant consenti le prêt nécessaire à l'acquisition et la société ayant garanti ce prêt, à titre principal, en nullité de la vente en raison du dol ayant vicié son consentement, à titre subsidiaire, en résolution de la vente sur le fondement de la responsabilité pour vice caché et, en tout état de cause, en indemnisation de ses préjudices sur le fondement de la responsabilité notariale pour manquement à son devoir de conseil. Le 13 février 2023, Me Jacquart et la SARL Stoven Jacquart ont sollicité le sursis à statuer et la transmission au tribunal administratif d'une question préjudicielle relative à la caducité de l'arrêté de péril par l'effet de l'acquisition du bien par la commune le 18 août 2009. Par ordonnance du 23 mai 2023, le juge de la mise en l'état du tribunal judiciaire de St Omer a transmis au tribunal administratif de Lille la question préjudicielle suivante : l'arrêté de péril du 17 février 1999 est-il caduc le 6 juillet 2017 en raison de la vente du bien à la commune de Racquinghem par acte du 18 août 2009.

Sur la question préjudicielle :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à la date d'acquisition du bien par M. B : " Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique, dans les conditions prévues à l'article L. 511-2. Toutefois, si leur état fait courir un péril imminent, le maire ordonne préalablement les mesures provisoires indispensables pour écarter ce péril, dans les conditions prévues à l'article L. 511-3. / Il peut faire procéder à toutes visites qui lui paraîtront utiles à l'effet de vérifier l'état de solidité de tout mur, bâtiment et édifice. / Toute personne ayant connaissance de faits révélant l'insécurité d'un immeuble est tenue de signaler ces faits au maire, qui peut recourir à la procédure des articles ci-après. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code, dans sa rédaction applicable à la même date : " I. - Le maire, par un arrêté de péril (), met le propriétaire de l'immeuble menaçant ruine () en demeure de faire dans un délai déterminé, selon le cas, les réparations nécessaires pour mettre fin durablement au péril ou les travaux de démolition, ainsi que, s'il y a lieu, de prendre les mesures indispensables pour préserver les bâtiments contigus. / () III. - Sur le rapport d'un homme de l'art, le maire constate la réalisation des travaux prescrits ainsi que leur date d'achèvement et prononce la mainlevée de l'arrêté de péril () ".

3. D'une part, alors que la caducité d'un acte administratif doit être prévue par un texte, ni les dispositions précitées, ni aucune autre disposition du code de la construction et de l'habitation ne prévoient de cause de caducité d'un arrêté de péril. Pris en raison des risques encourus par l'état de l'immeuble sur la sécurité des occupants ou des tiers, la seule circonstance susceptible de mettre fin à ses effets, hors l'hypothèse d'un retrait ou de la disparition de l'immeuble, est l'exécution effective des mesures qu'il prescrit laquelle, constatée par le maire, donne lieu au prononcé de sa mainlevée.

4. D'autre part, si les dispositions citées au point 2 ne trouvent pas à s'appliquer aux immeubles communaux, de sorte qu'elles font obstacle à l'édiction d'un arrêté de péril portant sur un immeuble dont la commune est propriétaire, il en va toutefois différemment lorsque l'immeuble devient propriété de la commune postérieurement à l'édiction d'un tel arrêté, cette seule circonstance n'étant pas de nature à rendre caduc l'arrêté de péril pris antérieurement.

5. En l'espèce, il est constant que l'arrêté de péril a été pris par le maire de Racquinghem le 17 février 1999 alors que la commune n'a acquis l'immeuble que le 18 août 2009, avant de le revendre à M. D le 13 juillet 2013, étant par ailleurs relevé que cet acte de vente comportait en annexe ledit arrêté de péril. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté de péril aurait été retiré ou que les travaux qu'il prescrit auraient été réalisés et que la mainlevée de l'arrêté aurait en conséquence été prononcée. Dans ces conditions, l'arrêté de péril n'est pas devenu caduc du seul fait de l'acquisition de l'immeuble par la commune de Racquinghem.

Sur les frais de l'instance :

6. M. B n'a pas la qualité de défendeur dans la présente instance et sa présence en qualité d'observateur ne lui confère pas davantage la qualité de partie, dès lors qu'il n'aurait pas eu qualité pour faire tierce-opposition à la présente décision. Par suite, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Me Jacquart et de la SELARL Stoven - Jacquart.

D E C I D E :

Article 1er : Il est déclaré que l'acquisition de l'immeuble sis 1 allée des Noisetiers à Racquinghem par la commune de Racquinghem, le 18 août 2009, n'a pas eu pour effet d'entraîner la caducité de l'arrêté de péril le visant du 17 février 1999 du maire de Racquinghem, à la date de son acquisition par M. B, le 6 juillet 2017.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au tribunal judiciaire de Saint-Omer, à Me Jacquart, à la SELARL Stoven - Jacquart et à M. C B.

Copie en sera adressée, pour information, à M. A D, à la Caisse d'épargne et de prévoyance Hauts-de-France, à la SA Compagnie européenne de garanties et cautions.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

T. BOURGAULa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2304739

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