mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2306199 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DEREGNAUCOURT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet et 10 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Lhoni, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 22 mai 2023 par laquelle le directeur général du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lille a mis fin à la concession de logement attribué par nécessité absolue de service à compter du 1er septembre 2023 ;
3°) d'enjoindre au directeur général du CROUS de Lille de la réintégrer dans son logement de fonctions ;
4°) de mettre à la charge du CROUS de Lille la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'est pas motivée en droit ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil d'administration du CROUS de Lille n'a pas été saisi ;
- à supposer que le tribunal régularise ce vice de procédure, elle est fondée sur une délibération du 27 juin 2023 du conseil d'administration du CROUS de Lille illégale ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le CROUS s'est fondé sur l'alinéa 2 de l'article R. 216-18 du code de l'éducation ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 août et 10 novembre 2023, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Lille, représenté par Me Deregnaucourt, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;
- la décision contestée est également fondée au regard de la méconnaissance du code général de la propriété des personnes publiques, de l'article 1728 du code civil, et de l'article 4 du contrat de concession du 29 novembre 2016.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 septembre 2023.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Lhoni, représentant Mme A,
- et les observations de Me Dumortier, substituant Me Deregnaucourt, représentant le CROUS de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lille le 1er octobre 1991. Le 29 novembre 2016, le CROUS de de Lille a conclu avec cette dernière, en sa qualité de gardienne de la résidence universitaire Châtelet, une concession de logement par nécessité absolue de service portant sur un logement de 4 pièces de 95 m2 avec un garage collectif dans le bâtiment principal de cette résidence située 3, rue Fréderic Combemale à Lille (59000), à titre précaire et gratuit, à compter du 1er mai 2016. Le 9 mai 2022, le directeur général du CROUS de Lille a demandé à Mme A de faire cesser immédiatement les troubles causés par le comportement de son fils et par le stationnement gênant d'un véhicule utilitaire de son foyer. Par un courrier du 22 mai 2023, le même autorité a informé Mme A de l'aggravation des troubles en relevant le comportement agressif de sa fille envers une étudiante, un nouveau stationnement gênant ayant rendu impossible l'accès au restaurant universitaire des camions de livraison, en dépit d'une demande de déplacement du fourgon gênant, la présence d'une bouteille de gaz dans la partie privative du logement de fonction ainsi que d'un câble électrique sur le toit du restaurant et de sept chaises provenant des salles de travail des étudiants devant le logement de fonction, et, en conséquence, a mis fin à la concession de logement dont bénéficiait Mme A, à compter du 1er septembre 2023. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 septembre 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont, dès lors, devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision du 22 mai 2023 mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en visant l'article R.216-18 du code de l'éducation et le caractère précaire et révocable de la concession de logement, et en faisant état des troubles causés par la requérante et les membres de sa famille. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, en tout état de cause, être écarté.
4. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la décision de résiliation contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil d'administration du CROUS de Lille n'a pas été préalablement saisi par son directeur général, les dispositions invoquées des articles R. 822-16 et R. 822-17 du code de l'éducation, si elles donnent compétence au conseil d'administration pour arrêter l'organisation des services sur proposition du responsable de la direction de l'établissement, ne prévoient pas la consultation de cette instance préalablement à la résiliation d'une convention telle que celle en litige. En outre, la circonstance que l' " arrêté " de concession de logement du 29 novembre 2016 ait été conclu au visa de " l'avis du conseil d'administration du CROUS de Lille du 26/05/2015 " n'implique pas que le directeur général était tenu de consulter cette instance. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.
5. En troisième lieu, la délibération du 27 juin 2023 par laquelle le conseil d'administration du CROUS de Lille a approuvé la fin de concession de logement par nécessité absolue de service de Mme A, postérieure à la décision de résiliation contestée, ne constitue pas la base légale de la décision du 22 mai 2023 et cette dernière n'a pas été prise pour l'application de la délibération du 27 juin 2023. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette délibération est donc inopérant et doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 2124-64 du code général de la propriété des personnes publiques : " Dans les immeubles dépendant de son domaine public, l'État peut accorder à ses agents civils ou militaires une concession de logement par nécessité absolue de service ou une convention d'occupation précaire avec astreinte, dans les conditions prévues au présent paragraphe ". Aux termes de l'article R. 2124-76 de ce code : " Les dispositions des articles R. 2124-64 à D. 2124-75-1 sont applicables aux personnels civils ou militaires de l'Etat et aux personnels des établissements publics de l'Etat qui occupent un logement dans un immeuble dépendant du domaine public de l'un de ces établissements, sous réserve des modalités fixées par le présent paragraphe ". Aux termes de l'article R. 2124-74 du même code : " Les concessions de logement et les conventions d'occupation précaire avec astreinte sont, dans tous les cas, accordées à titre précaire et révocable ". Et selon l'article 4 de la concession de logement par nécessité absolue de service du 29 novembre 2016 : " Le personnel titulaire d'une concession de logement par nécessité absolue de service doit assurer un tour de permanence régulier (). / Il doit participer activement, et de manière quotidienne à la sécurité des occupants et des biens du bâtiment où il est logé. Pour ce faire, il doit donc procéder à des visites régulières et fréquentes de l'ensemble des locaux. / Il doit rendre compte le plus rapidement possible, au responsable de la résidence ou au fonctionnaire de permanence, de toutes anomalies, détériorations, incidents constatés lors de ces visites ou en toutes autres circonstances. Il doit, dans la mesure de ses possibilités et dans le respect des règles de sécurité et du règlement intérieur, intervenir pour régler ou limiter les conséquences des problèmes dont il est témoin, ou prévenir immédiatement les services compétents au sein de l'établissement. Il se doit d'être à l'écoute des locataires étudiants et d'être un relais entre eux et la direction de l'établissement ".
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la convention d'utilisation du 18 août 2016 conclue entre le préfet de région Nord-Pas-de-Calais-Picardie et le directeur du CROUS de Lille, que l'Etat, propriétaire de la résidence située 3, rue Fréderic Combemale à Lille (59000), a notamment mis à disposition du CROUS de Lille cette résidence " pour l'exercice de missions de service public (résidence et restaurant universitaire) ". Aux termes de l'article 6 de cette convention, le CROUS de Lille, en tant qu'utilisateur, peut consentir à des locations ou autorisations d'occupation donnant lieu à délivrance d'un titre d'occupation dans les conditions du droit commun.
8. Pour résilier la concession de logement de Mme A, le directeur général du CROUS de Lille s'est fondé sur l'article R. 216-18 du code de l'éducation et de son caractère précaire et révocable. Toutefois, si le CROUS de Lille est un établissement public administratif en application des dispositions de l'article R. 822-14 du code de l'éducation, il ne relève pas de la catégorie des établissements publics locaux d'enseignement définie par l'article R. 216-4 du même code. Dès lors, le CROUS de Lille ne pouvait fonder la décision en litige sur les dispositions l'article R. 216-18 du code de l'éducation applicable aux seuls établissements publics locaux d'enseignement. Mme A est donc fondée à soutenir que cette décision est entachée d'erreur de droit.
9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
10. En l'espèce, les dispositions de l'article R. 2124-74 du code général de la propriété des personnes publiques peuvent être substituées à celles de l'article R. 216-18 du code de l'éducation dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il y a donc lieu de procéder à la substitution de base légale demandée par l'administration dans son mémoire en défense.
11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, au titre des troubles relevés par le courrier du 9 mai 2022, le fils de la requérante a fait l'objet d'une plainte du 3 mai 2022 pour des faits d'agression envers un étudiant de la résidence et de dégradation de son téléphone portable commis la veille. Si Mme A se prévaut de l'absence de suites judiciaires et du principe de présomption d'innocence, d'une part ce dernier principe n'est pas applicable à la mesure de résiliation en litige et, d'autre part, elle ne conteste pas, ce faisant, la matérialité de ces faits tels qu'énoncés de façon particulièrement circonstanciée dans le procès-verbal de plainte. Il ressort également des pièces du dossier que, le 4 mai 2022 à 22 heures, sur le parking de la résidence, la voie d'accès pompier et d'évacuation était encombrée par un véhicule utilitaire appartenant au fils de Mme A. En revanche, l' " intervention intempestive " du fils de la requérante auprès d'un étudiant le 26 avril 2022 sur le parking de la résidence étudiante, ne peut être retenue, en l'absence de toute précision ou pièce permettant de déterminer sa nature exacte. De même, si par un rapport du 1er mars 2023, les veilleurs de nuit de la résidence étudiante auraient relevé le " comportement particulièrement agressif " de la fille majeure de Mme A envers une étudiante qui faisait du sport dans sa chambre, ce rapport n'est pas produit alors que la fille de Mme A atteste qu'à 1h30, dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 février 2023, après avoir tenté vainement de solliciter l'intervention des veilleurs de nuit, elle s'est limitée à se plaindre " sèchement " auprès de l'étudiante du bruit provenant du logement de cette dernière. Pour autant, le CROUS de Lille se fonde également sur la " présence d'une bouteille de gaz dans " la partie escalier privative " des logements de fonction alors que leur utilisation est interdite en résidence universitaire ". Or, à supposer même que la bombonne n'appartenait pas à un occupant du logement concédé à Mme A, cette dernière était tenue, en vertu de l'article 4 de la concession de logement du 29 novembre 2016 précité de " participer activement à la sécurité des occupants et des biens du bâtiment " et de " procéder à des visites régulières et fréquentes de l'ensemble des locaux ", et devait " dans la mesure de ses possibilités et dans le respect des règles de sécurité et du règlement intérieur, intervenir pour régler ou limiter les conséquences des problèmes dont il est témoin, ou prévenir immédiatement les services compétents au sein de l'établissement ". Or, il n'est pas contesté que Mme A n'a procédé à aucune démarche relative à la présence de cette bombonne de gaz. Il en va de même en ce qui concerne la présence, devant le logement concédé, de sept chaises empilées provenant des salles de travail des étudiants. Il n'en va par différemment s'agissant de la présence d'un câble électrique, dont Mme A reconnaît qu'il a été installé par son fils, reliant un dérouleur situé au premier étage de la résidence et une prise du rez-de-chaussée de la résidence, passant, à l'air libre, sur le toit du restaurant universitaire. Elle ne saurait se prévaloir à cet égard de ce que le câble a été débranché de telle sorte qu'il n'a été à l'origine d'aucun accident. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de la directrice adjointe du CROUS de Lille du 15 mars 2023 que, si, le 10 mars 2023, le stationnement du véhicule utilitaire du fils de la requérante n'a pas entravé la livraison journalière du restaurant universitaire, il a néanmoins contribué à un risque d'empêchement de cette livraison, de par sa position tout en occupant indûment une place réservée aux personnes à mobilité réduite. Dès lors, eu égard au caractère répété des faits et incidents constatés, et eu égard au caractère précaire et révocable de la convention d'occupation accordée à Mme A, le moyen tiré de ce que la décision prononçant la résiliation de cette convention serait entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 mai 2023 par laquelle le directeur général du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lille a mis fin à la concession de logement attribué à Mme A par nécessité absolue de service à compter du 1er septembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CROUS de Lille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le CROUS de Lille et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Mme A versera au centre régional des œuvres universitaires de Lille une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions du centre régional des œuvres universitaires de Lille est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre régional des œuvres universitaires de Lille.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
J. HornLe président,
Signé
B. Baillard
La greffière,
Signé
S. Dereumaux
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2306199
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026