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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306808

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306808

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306808
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 juillet, 8 septembre et 26 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut et sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 76161 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant e pays de destination :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2023, le préfet du Nord, représenté par le cabinet Centaure, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante turque née le 5 octobre 2000 à Eminonu (Turquie), déclare être entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 30 août 2020 au 30 août 2021. Elle a ensuite été mise en possession d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " valable du 1er décembre 2021 au 30 novembre 2022. Le 26 janvier 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 juin 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.

3. Pour prendre la décision contestée, le préfet du Nord s'est fondé sur l'absence de caractère réel et sérieux des études de Mme B compte tenu de son absence de progression effective et significative en raison de ses deux échecs successifs en première année de licence, de la circonstance que la période séparant la déclaration de la forme aigue de sa pathologie le 8 mai 2022 et son opération chirurgicale le 1er juillet suivant, eu égard à sa brièveté ne suffit pas à expliquer ses deux échecs et de ce que Mme B fait état d'un nouvel échec postérieurement à son opération.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui déclare être entrée en France le 1er septembre 2020, s'est inscrite en licence de psychologie. Si elle déclare avoir très mal vécu, durant l'année scolaire 2020 - 2021, l'isolement lié à l'épidémie de Covid 19 et rencontré des difficultés à suivre les enseignements à distance, cette seule circonstance, vécue par l'ensemble des étudiants et à l'appui de laquelle elle ne produit aucune pièce relative à sa situation personnelle, ne suffit pas à expliquer qu'elle ne se soit pas présentée aux examens, alors au demeurant qu'il ressort des mentions figurant sur son passeport qu'elle a passé l'essentiel de l'année scolaire hors du territoire français. En revanche, durant l'année scolaire 2021-2022, il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations médicales produites, que Mme B a souffert de douleurs à la jambe gauche et, à compter de mai 2022, d'une incapacité à soulever la cheville gauche, d'une torsion de la marche et d'une douleur intense et d'engourdissement du pied bas et du pied gauche. A la suite d'une IRM, réalisée en Turquie le 18 mai 2022, lui ont été diagnostiquées une neuropathie de piégeage péronier ainsi qu'une tumeur bénigne des os longs de la jambe gauche. Après la mise en place d'un programme de physiothérapie de deux semaines, elle est rentrée en France pour passer ses examens, avant de subir une opération chirurgicale en Turquie le 1er juillet 2022. Si elle a été ajournée et a ainsi échoué une seconde fois, elle a néanmoins obtenu une moyenne de 8,801/20 et a validé, en dépit des difficultés liées à son état de santé, d'une part, deux blocs de connaissances et de compétences sur quatre ainsi que deux unités d'enseignement sur six au sein des deux blocs de connaissances et de compétences non validés à l'issue des examens du premier semestre et, d'autre part, deux blocs de connaissances et de compétences sur quatre ainsi que deux unités d'enseignement sur cinq au sein des deux blocs de connaissances et de compétences non validés à l'issue des examens du second semestre. Durant l'année scolaire 2022-2023, elle a validé les blocs de compétence manquants du 1er semestre à la seconde session d'examens et les blocs de compétence manquants du 2nd semestre dès la première session d'examens, obtenant ainsi sa première année de licence avec une moyenne de 10,642/20. Il ressort également des attestations établies en 2023 par la maîtresse de conférence responsable pédagogique de la première année de licence et par sept responsables d'unités d'enseignement que Mme B est une étudiante assidue, impliquée et motivée, qui présente une soif d'apprendre, dont les efforts lui ont permis de progresser notamment durant l'année scolaire 2022-2023 et, in fine, de valider sa première année de licence. Mme B a effectivement validé sa première année de licence avec une moyenne de 10,642/20 et a été autorisée à s'inscrire en deuxième année de licence, ce dont atteste le président de l'université de Lille 1 le 19 juillet 2023. Compte tenu de ces conditions particulières, Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Nord a entaché la décision contestée d'erreur d'appréciation en considérant qu'elle ne justifiait ni du caractère réel et sérieux de ses études, ni d'une progression effective et significative.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dès lors que Mme B justifie par ailleurs être inscrite en deuxième année de licence de psychologie pour l'année scolaire 2023-2024 et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne disposerait pas de ressources suffisantes, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée d'un an et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de renouveler le titre de séjour de Mme B et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. BOURGAULa présidente,

signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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