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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308296

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308296

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308296
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEHRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, Mme A D, représentée par Me Behra, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur ce territoire pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- il n'est pas établi qu'elles aient été prises par une autorité habilitée ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le préfet du Pas-de-Calais n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour avoir été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Piou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine née le 14 novembre 1991 à Tanger (Maroc), est entrée sur le territoire français le 12 février 2019, munie d'un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un titulaire d'une carte de séjour temporaire " passeport talent ". Elle a obtenu un titre de séjour pluriannuel en cette même qualité valable du 15 mars 2019 au 14 avril 2021. Le 23 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qui lui a été refusé par un arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 21 août 2023 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 435-1 du même code, décision assortie de décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ". Et, aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu d'admettre à titre provisoire Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-10-139 du 26 décembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans le département n° 173 du 27 décembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. C B, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, notamment, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, celles portant obligation de quitter le territoire, celles relatives au délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D, laquelle ne démontre au demeurant pas l'avoir informé des violences conjugales dont elle soutient avoir fait l'objet. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée régulièrement en France en 2019 à l'effet de rejoindre, avec leurs trois enfants, son conjoint, compatriote, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 14 avril 2021. De leur union est né, sur le territoire français, un quatrième enfant, le 13 décembre 2019. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le couple s'est séparé au cours de l'année 2021 et l'intéressée ne soutient ni même n'allègue que ses enfants conserveraient des liens avec leur père dont le titre de séjour avait expiré à la date de la décision litigieuse et dont il n'est pas davantage soutenu ou établi qu'il résiderait encore en France. Par ailleurs, l'intéressée ne fait état d'aucune attache sur le territoire français, à l'exception de ses enfants mineurs, et n'y justifie d'aucune insertion professionnelle non plus que d'un réseau social particulièrement dense. Elle n'apparait en outre pas isolée au Maroc où résident a minima ses parents ainsi que la famille du père de ses enfants. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à ce qu'elle se réinsère au Maroc, où ses enfants, de nationalité marocaine, pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante de mener une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut, ainsi, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État ".

9. La situation de l'intéressée telle que décrite au point 7 ne caractérise ni un motif humanitaire ni des circonstances exceptionnelles. En outre, si Mme D soutient avoir été victime de violences conjugales de la part du père de ses enfants, dont elle est séparée, elle ne produit aucune pièce de nature à en établir l'existence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit également être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la décision litigieuse : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

11. Si la requérante soutient que le préfet du Pas-de-Calais aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7, qu'elle remplissait effectivement les conditions requises à l'obtention d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part, entrée en 2019 en France, elle ne peut se prévaloir de la condition de résidence habituelle de dix ans prévue à l'article L. 435-1 alinéa 2 de ce code. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce vice de procédure ne peut qu'être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article précité doit être écarté.

14. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 7 et 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Pas-de-Calais au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour invoqué au soutien des conclusions dirigées contre la décision du même jour obligeant Mme D à quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

19. Si Mme D se prévaut de la présence à ses côtés de ses quatre enfants mineurs nés les 3 décembre 2013, 1er mai 2015, 10 septembre 2018 et 13 décembre 2019, tous de nationalité marocaine, rien ne fait obstacle, d'une part, à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, dès lors qu'il n'est ni soutenu ni établi qu'ils maintiendraient un lien avec leur père et que celui-ci se trouverait en situation régulière en France, et, d'autre part, à ce que, compte tenu de leur jeune âge, ils y poursuivent leur scolarité, en apprenant, le cas échéant, la langue arabe. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

21. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Pas-de-Calais a, à bon droit, refusé à l'intéressée la délivrance du titre de séjour sollicité. Il pouvait, par suite, sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

23. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision du même jour accordant à Mme D un délai de départ volontaire doit être écarté et les conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

24. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et octroi d'un délai de départ volontaire au soutien des conclusions dirigées contre la décision du même jour fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme D doit être écarté et les conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

25. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et octroi d'un délai de départ volontaire au soutien des conclusions dirigées contre la décision du même jour interdisant à Mme D le retour sur le territoire français doit être écarté.

26. En deuxième lieu, Mme D soutient que le préfet du Pas-de-Calais ne l'a pas mise à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision en litige, en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cependant, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que ledit article 41 s'adresse, non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Néanmoins, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En sollicitant la délivrance d'un titre de séjour, Mme D ne pouvait sérieusement ignorer qu'en cas de refus elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie, le cas échéant, d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Il lui appartenait, si elle l'estimait utile, de faire valoir auprès du préfet du Pas-de-Calais l'ensemble des éléments qui lui semblaient pertinents. Par suite, et alors que l'intéressée ne soutient ni même n'allègue qu'elle aurait été empêchée d'émettre des observations ou de produire tout élément utile lors de l'instruction de sa demande, la décision contestée n'a pas été prise en méconnaissance de son droit à être entendue.

27. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

28. La décision litigieuse n'ayant pas été prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de leur méconnaissance est inopérant.

29. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus respectivement aux points 7, 14 et 19, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 août 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Behra et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 5 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Piou, première conseillère,

M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La rapporteure,

signé

C. Piou

La présidente,

signé

A-M. LeguinLa greffière,

signé

S. Sing

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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