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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402349

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402349

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402349
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET AEDILYS AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par la communauté d’agglomération Lens-Liévin (CALL) pour contester la résiliation par la CABBALR d'une convention instituant une dotation de solidarité intercommunautaire. Le tribunal a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur la demande principale de reprise des relations contractuelles, car une délibération ultérieure de la CABBALR avait supprimé la dotation et mis fin aux effets de la convention. La décision s'appuie sur le code général des collectivités territoriales et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er mars 2024, 12 mars 2025 et 9 décembre 2025, la communauté d’agglomération Lens-Liévin (CALL), représentée par Me Kern, demande au tribunal :

1°) de prononcer la reprise des relations contractuelles entre elle et la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois Lys Romane (CABBALR) ;

2°) de mettre à la charge de la CABBALR la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les communes membres de la CALL ont un intérêt à agir à l’encontre de la décision de résiliation de la convention du 30 décembre 2022 ;
- l’institution d’une dotation de solidarité n’étant pas un acte purement unilatéral, le juge du contrat est compétent ;
- la caducité de la convention du 30 décembre 2022 doit être regardée comme étant une résiliation de cette convention ;
- cette résiliation n’est pas fondée sur un motif d’intérêt général.

Par des mémoires, enregistrés les 18 septembre 2024 et 6 novembre 2025, la CABBALR, représentée par Me Gauch, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la CALL au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, le recours introduit par les communes membres de la CALL est irrecevable en raison d’un défaut d’intérêt à agir de ces communes ;
- la requête est irrecevable dès lors que seul un recours pour excès de pouvoir à l’encontre de la décision instaurant la dotation de solidarité communautaire est recevable ;
- à titre subsidiaire, la délibération du 20 février 2024 est légale ;
- la résiliation de la convention du 30 décembre 2022 est fondée sur plusieurs motifs d’intérêt général ;
- à titre plus subsidiaire, la convention du 30 décembre 2022 est illicite.

Par une ordonnance du 9 décembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 26 décembre 2026 à 12h.

Par un courrier du 3 mars 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement du tribunal était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à ce que la reprise des relations contractuelles entre la CABBALR et la CALL soit prononcée, dès lors que la délibération n° 2024/CC138 du 3 décembre 2024 adoptée par le conseil communautaire de la CABBALR a approuvé la suppression de la dotation de solidarité communautaire et a, implicitement mais nécessairement, mis un terme aux effets de la convention conclue entre ces deux communautés.

Des observations, enregistrées le 6 mars 2026 et communiquées le même jour, ont été présentées par la CALL et les communes requérantes, représentées par Me Kern, en réponse à ce moyen relevé d’office

Elles soutiennent que :
- la délibération n°2024/CC138 du 3 décembre 2024 ne figure pas parmi les pièces communiquées pour la CABBALR, ni par la CALL d’ailleurs, dans le cadre de cette instance et cette pièce n’a été versée par la CABBALR que dans le cadre de l’instruction d’autres instances pendantes entre les mêmes collectivités ; le tribunal entend éventuellement fonder son jugement sur une pièce produite dans le cadre d’une autre procédure ;
- la délibération du 3 décembre 2024 ne peut avoir d’effet sur une convention d’ores et déjà résiliée ;
- la dotation de solidarité, évoquée dans la délibération du 3 décembre 2024, est étrangère à la convention du 30 décembre 2022.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bruneau,
- les conclusions de M. Lemée, rapporteur public,
- les observations de Me Larmée substituant Me Gauch, représentant la CABBALR, et celles de Me Kern, représentant la CALL.


Considérant ce qui suit :


1. Par une convention « relative aux reversements de fiscalité du syndicat intercommunal de la zone industrielle Artois-Flandres (SIZIAF) », conclue le 27 février 2014, la CALL et la communauté d’agglomération de Béthune, Bruay, Noeux et environs ont défini un régime de partage du produit fiscal dégagé par le SIZIAF prévoyant notamment le versement annuel à la CALL d’une dotation de solidarité communautaire, instituée sur le fondement du VI de l’article 1609 nonies C du code général des impôts, d’un montant annuel de 9 207 464 euros.


2. La CABBALR, par une délibération du 6 décembre 2022 de son conseil communautaire, a mis un terme à la convention du 27 février 2014 et reconduit le principe du versement, par la CABBALR, d’une dotation de solidarité communautaire à la CALL, selon les modalités précisées par une autre convention. Le 30 décembre 2022, la CABBALR et la CALL ont signé une « convention portant sur l’institution d’une dotation de solidarité intercommunautaire relative aux reversements de fiscalité perçus sur le périmètre du syndicat mixte du parc industriel Artois-Flandres (SMPIAF) ». L’article 3 de cette convention fixe à 9 132 103 euros, avant indexation, le montant de cette dotation de solidarité communautaire, à verser par la CABBALR à la CALL. Par une délibération du 20 février 2024, le conseil communautaire de la CABBALR a remis en cause l’engagement financier de cette convention et l’a déclarée caduque. La CALL et les communes la composant ont demandé au juge des référés de suspendre l’exécution de cette délibération et d’ordonner la reprise provisoire des relations contractuelles entre la CALL et la CABBALR fondées sur cette convention du 30 décembre 2022. Cette requête a été rejetée pour défaut d’urgence par une ordonnance du 28 juin 2024 prise par le juge des référés de ce tribunal. Par la présente requête, la CALL demande au tribunal de prononcer la reprise des relations contractuelles entre elle et la CABBALR.

Sur l’exception de non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles :


3. Il incombe au juge du contrat de déterminer s’il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, dans la mesure où une telle demande n’est pas sans objet, c'est-à-dire si le terme du contrat n’est pas dépassé ou si le contrat n’a pas épuisé ses effets.


4. Il résulte de l’instruction que, par une délibération du 3 décembre 2024, laquelle est librement consultable sur internet et a été, in fine, produite par la CALL dans la présente instance, le conseil communautaire de la CABBALR a mis un terme au versement par cette dernière d’une dotation de solidarité communautaire à la CALL. Cette délibération du 3 décembre 2024 a implicitement mais nécessairement eu pour effet de mettre un terme aux effets de la convention du 30 décembre 2022 relative à la dotation de solidarité communautaire, prise en application de la délibération du 6 décembre 2022 et conclue entre ces deux communautés d’agglomération, dès lors que cette dotation n’existe plus. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de reprise des relations contractuelles présentées par la requérante ont perdu leur objet en cours d’instance. Il n’y a dès lors plus lieu d’y statuer.





Sur les frais liés au litige :


5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CABBALR, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la CALL et non compris dans les dépens.

6. Il y a lieu, en revanche de mettre à la charge de la CALL une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la CABBALR et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par la communauté d’agglomération Lens-Liévin tendant à la reprise des relations contractuelles entre les parties.

Article 2 : La communauté d’agglomération Lens-Liévin versera une somme de 1 500 euros à la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.































Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d’agglomération de Lens-Liévin et à la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, Artois Lys Romane.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,
Mme Bruneau, première conseillère,
M. Garot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.


La rapporteure,


Signé

M. Bruneau

Le président,


Signé

X. Fabre


Le greffier,


Signé


Dewière

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




Pour expédition conforme,



Le greffier

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