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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2403015

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403015

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403015
TypeDécision
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 mars 2024 et le 8 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Zaïri, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé son récépissé de demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est empêchée de régulariser sa situation administrative et médicale en France ; en outre, son contrat d'apprentissage est menacé d'interruption, compromettant ainsi sa formation et son projet professionnel ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de séjour dès lors que :

* Elle est insuffisamment motivée ;

* Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* Elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que :

* Elle est insuffisamment motivée ;

* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision fixant le pays de destination dès lors que :

* Elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

* Elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français dès lors que :

* Elle est insuffisamment motivée ;

* Elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il laisse à l'appréciation du tribunal la condition de l'urgence ;

- il n'existe pas, en l'état, de doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 avril 2024 à 14h, en présence de M. Potet, greffier, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Zairi, représentant Mme B, présente, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; il fait valoir, en outre, que la réorientation professionnelle de l'intéressée en BTS " gestionnaire en maintenance et support informatique " n'est pas incohérente ;

- et Me Kerrich, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui fait valoir que l'office du juge des référés est limité au doute sérieux et que la cohérence des études de Mme B prête à débat, qu'en outre, l'intéressée ne s'est pas prévalue devant la préfecture de son état de santé et qu'en tout état de cause, le lien de cause à effet entre cet état de santé et son échec au cours de l'année 2022-2023 n'est pas rapporté.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en raison du caractère suspensif attaché au recours tendant à l'annulation de ces décisions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 30 janvier 2002, de nationalité algérienne, est entrée en France le 16 août 2022 munie d'un visa portant la mention " étudiant " valable du 10 août 2022 au 8 novembre 2022. Elle a été munie d'un certificat de résidence algérien d'un an en qualité d'étudiante valable du 2 février 2023 au 1er février 2024. Le 3 décembre 2023, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 2 février 2024, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de renouveler ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 février 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination :

4. Mme B a introduit une requête au fond, enregistrée sous le n°2401699 le 16 février 2024 au greffe du tribunal, tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

5. Eu égard au caractère suspensif de ce recours, prévu à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet la requérante n'est pas susceptible de recevoir exécution avant que le tribunal administratif n'ait statué sur la requête au fond. Cette procédure spéciale, prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, présente des garanties au moins équivalentes à celles prévues par le livre V du code de justice administrative dont, par suite, elle exclut que la requérante demande utilement l'application en formant, à l'encontre des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire national et des décisions subséquentes, un recours en référé prévu par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français dans un délai d'un an sont irrecevables dans le cadre du présent recours.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

7. En l'espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de Mme B. Le préfet du Pas-de-Calais ne fait valoir aucun élément particulier susceptible de faire échec à la présomption mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 doit être regardée comme remplie.

8. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à l'erreur d'appréciation du caractère réel et sérieux des études poursuivies, est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 2 février 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ".

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. La présente ordonnance implique que le préfet du Pas-de-Calais réexamine, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance la situation de Mme B, ce qui implique une prise de position expresse sur le droit à la délivrance d'un titre de séjour, notifiée à l'intéressée, et, dans cette attente, lui délivre, dans un délai de quatre jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour, valable le temps du réexamen.

Sur les frais du litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros au titre des frais que Mme B devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Zairi, avocat, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à Mme B et sous réserve alors que Me Zairi renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Mme B, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " de Mme B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance la situation de Mme B, ce qui implique une prise de position expresse sur le droit à la délivrance d'un titre de séjour, notifiée à l'intéressée, et, dans cette attente, de lui délivrer, dans un délai de quatre jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour, valable le temps du réexamen.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Zairi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Zairi, avocat de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Zaïri et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée, pour information, au préfet du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 11 avril 2024.

La juge des référés,

Signé

S. BERGERAT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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