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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407422

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407422

mercredi 26 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407422
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous la même astreinte, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la prise de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des observations enregistrées le 30 septembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. A qui a répondu aux questions du tribunal.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A, ressortissant libanais né le 8 juillet 1952 à Amyoun (Liban) demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en septembre 2021 sous couvert d'un visa de court séjour, à l'âge de soixante-neuf ans, soit depuis moins de trois ans à la date de la décision en litige. Toutefois, son épouse, qui réside sur le territoire français depuis 2001, est titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 28 mai 2025 et a entamé une procédure de naturalisation. En outre, sa fille, titulaire d'un contrat à durée indéterminée et propriétaire d'une maison où résident également ses parents, a acquis la nationalité française en 2022. Si les deux fils de M. A résident aujourd'hui en Arabie Saoudite, ils sont entrés en France en 2001 avec leur mère et leur sœur et y ont effectué leur scolarité et leurs études. S'il est constant que la famille a vécu séparée pendant de nombreuses années, il ressort des pièces du dossier, éclairées par les déclarations de M. A à l'audience, que ce dernier a maintenu des liens étroits avec son épouse et ses enfants tout au long de leur séparation et leur a apporté une aide financière importante. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 5 avril 2022 au 4 avril 2023 en raison de son état de santé, celui-ci ayant souffert d'un cancer du côlon et qui nécessite toujours une surveillance médicale. Aussi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, et alors que le préfet du Nord n'a produit aucun mémoire en défense, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Nord a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, une atteinte disproportionnée et a donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision 21 février 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'annuler cette décision, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer ce titre au requérant dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et de le mettre en possession, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Dewaele, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 février 2024 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Dewaele, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Baillard, président,

- Mme Leclère, première conseillère,

- M. Horn, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2025.

La rapporteure,

Signé

M. LeclèreLe président,

Signé

B. Baillard

La greffière,

Signé

S. Dereumaux

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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