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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409547

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409547

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409547
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a été saisi en référé suspension par M. A B, ressortissant tunisien, contestant le refus implicite de renouvellement de son titre de séjour "salarié" par le préfet du Nord. Le juge a constaté l'urgence, présumée en cas de refus de renouvellement, et a relevé un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et du caractère complet du dossier. En conséquence, il a ordonné la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus et enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A B dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. C A B, représenté par Me Caroline Fortunato, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 7 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, en ce qu'elle porte atteinte, faute pour lui de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France, à sa liberté d'aller et venir, à son droit au travail (contrat de travail suspendu le 17 juillet 2024) et à la perception de revenus de son travail ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité administrative incompétente pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dès lors qu'il en réunit les conditions pour bénéficier du renouvellement de son titre de séjour compte tenu du caractère complet de son dossier.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2409553 enregistrée le 13 septembre 2024 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Fortunato, représentant M. A B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Elle a soutenu également que le récépissé délivré à M. A B le 23 septembre 2024 comporte une mention erronée de l'identité de sa mère.

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens. Il a fait valoir également que les conclusions à fin d'injonction de la requête, en tant qu'elles portent sur la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, ont perdu leur objet.

- les observations de M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant tunisien, né le 14 avril 1995 à Soliman (République tunisienne), a été rendu destinataire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " valable jusqu'au 17 juillet 2024. M. A B exerce, depuis le 7 novembre 2022, les fonctions d'ingénieur efficacité énergétique au sein de la société Egis Bâtiment nord-est. Le 7 mai 2024, antérieurement à l'expiration de la durée de validité de sa carte de séjour temporaire, M. A B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision réputée intervenue le 7 septembre 2024, le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à la demande de M. A B. M. A B demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision réputée intervenue le 7 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Il résulte de l'instruction que M. A B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le respect du délai prescrit pour ce faire. Il ne résulte pas de l'instruction, ni n'est, au demeurant, allégué par le préfet du Nord, que le dossier joint à la demande de M. A B était incomplet. Le préfet du Nord, enfin, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision implicite du 7 septembre 2024 :

5. Aux termes des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an minimum, () reçoivent après contrôle médical et sur présentation du contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " () ". Les stipulations de l'accord franco-tunisien régissent de manière intégrale la situation des ressortissants tunisiens au regard de leur droit au travail, et par suite, la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

9. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de M. A B puis, à son issue, prononce une décision expresse, dans le délai de deux mois à compter de la notification de ladite ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

10. En revanche, dès lors que le préfet du Nord a, le 23 septembre 2024, antérieurement à la clôture de l'instruction, délivré à M. A B le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable jusqu'au 22 mars 2025, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin d'injonction tendant à la délivrance de ce récépissé et sur celles à fin d'astreinte s'y rattachant.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A B de la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à enjoindre au préfet du Nord de délivrer à M. A B le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de quarante-huit heures sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'exécution de la décision réputée intervenue le 7 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à la demande de M. A B tendant au renouvellement de son titre de séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A B et de prononcer une nouvelle décision expresse à son issue, dans le délai de deux mois à compter la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera à M. A B la somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressé à Me Caroline Fortunato et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 3octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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