jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409807 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Sophie C, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 29 avril 2024 du préfet du Nord, en tant qu'il lui refuse de renouveler sa carte de séjour portant la mention " étudiant " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat, de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée a des conséquences graves sur sa situation personnelle et professionnelle, en ce que son employeur a, au motif qu'elle était dans l'incapacité d'établir la régularité de son séjour en France, rompu son contrat d'apprentissage et que l'organisme de formation ISCOD n'a pas, faute pour elle de bénéficier d'un contrat d'apprentissage, validé son inscription ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivée ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle en réunit les conditions pour bénéficier du renouvellement de son titre de séjour ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête au fond est irrecevable, en ce qu'elle a été formée tardivement ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête n° 2407077 enregistrée le 7 juillet 2024 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Rimetz, substituant Mme C, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () "
2. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Mme A, ressortissante marocaine, née le 11 juin 1995 à Meknès (Royaume du Maroc), est entrée en France le 23 août 2017 sous couvert d'un passeport marocain revêtu d'un visa de type D portant la mention " étudiant " délivré le 3 août 2017. Mme A a été mise en possession d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " dont la durée de validité a été régulièrement renouvelée jusqu'au 3 novembre 2022. Mme A s'est inscrite en troisième année de licence d'administration économique et sociale au titre de l'année universitaire 2017-2018. Elle a, au titre de cette année-là, été déclarée défaillante puis, au titre de l'année 2018-2019, été ajournée avant, au titre de l'année 2019-2020, d'être admise. Au titre de l'année 2020-2021, elle s'est inscrite en quatrième année à l'école supérieure de communication mention " communication des entreprises et marques " et bénéficié d'un contrat d'apprentissage entre mai 2020 et mai 2022. Après avoir été admise à passer en année supérieure, Mme A s'est inscrite en Master mention " développement et stratégie d'entreprise " dans l'établissement Icadémie pour une formation qui s'est déroulée entre le 17 janvier 2022 et le 30 septembre 2023, au terme de laquelle elle n'a validé qu'un seul des quatre modules de formation. Au titre de l'année universitaire 2023-2024, elle s'est inscrite dans l'établissement Iscod pour y suivre une formation à distance intitulée " Executive MBA management et développement des activités commerciales ". Dans le cadre de cette formation, elle a bénéficié d'un contrat d'apprentissage entre le 2 octobre 2023 et le 31 janvier 2025. Le 1er mars 2023, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 29 avril 2024, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande aux motifs, notamment, qu'elle ne justifiait ni du caractère réel et sérieux de ses études, ni d'une progression effective et significative, ni de ses changements d'orientation successifs. Par le même arrêté, le préfet du Nord a également prononcé à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine. Mme A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 avril 2024, en tant qu'il lui refuse le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
6. Il résulte de l'instruction que Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le respect du délai prescrit pour ce faire. Le préfet du Nord, qui ne conteste pas que le dossier joint à la demande de Mme A était complet, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 29 avril 2024, entant qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour :
7. En l'état de l'instruction, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter celles présentées au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me C et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 17 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026