jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410008 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Michel Lokamba Omba, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet du Nord, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer le récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'inertie du préfet du Nord a entraîné la suspension de son contrat de travail et la perte de ses revenus professionnels ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'elle lui permettra de régulariser sa situation au regard du droit au séjour en France et de travailler ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La présente requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
.
Vu :
- les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante malgache, née le 5 avril 1998 à Antananarive (République de Madagascar), est entrée sur le territoire français le 18 août 2017 sous couvert d'un passeport malgache revêtu d'un visa de type D. Le 23 septembre 2022, l'université de Lille lui a décerné le titre d'ingénieur diplômé de l'école polytechnique universitaire de Lille, spécialité génie civil, et le grade de Master. Le 4 janvier 2023, la société Quardina a recruté Mme B en qualité d'ingénieur. Mme B a ainsi été mise en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " valable jusqu'au 31 juillet 2024. Le 16 mai 2024, antérieurement à l'expiration de la validité de son titre de séjour, elle en a sollicité le renouvellement. Le préfet du Nord ne lui a pas délivré le récépissé prévu par l'article
R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B demande au juge des référés d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer ce récépissé.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée.
4. D'une part, il est constant que Mme B a, le 16 mai 2024, antérieurement à l'expiration de la validité de carte de séjour temporaire, demandé le renouvellement de ce titre. Il est constant, également, que le préfet du Nord n'a pas délivré à Mme B le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui a pour effet, depuis le 1er août 2024, que l'intéressée est dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle au sein de la société Quardina qui, le 26 septembre 2024, a procédé à la suspension de l'exécution de son contrat de travail et de sa rémunération au motif qu'elle était dans l'incapacité de justifier de la régularité de son séjour en France. Dès lors, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
5. D'autre part, il est constant que, à la date de la présente ordonnance, le préfet du Nord, qui ne conteste pas que le dossier joint à la demande de Mme B était complet, n'a pas statué sur cette demande. Dans ces conditions, la demande de Mme B, qui présente un caractère d'utilité, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à Mme B le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B le récépissé prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Michel Lokamba Omba et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 31 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
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