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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2501687

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2501687

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2501687
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2025, le préfet du Nord demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme C du lieu d'hébergement qu'elle occupe au centre d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile AIR de Tourcoing ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement dédié aux demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant à défaut pour les occupants irréguliers de les avoir emportés.

Il soutient que :

- l'intéressée occupe irrégulièrement un hébergement pour demandeurs d'asile ; sa demande ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse ;

- cette demande présente le caractère d'utilité et d'urgence requis eu égard aux besoins non couverts en matière d'hébergement des demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2025, Mme C, représentée par Me Vergnole, conclut à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, au rejet de la requête, ou à défaut à ce qu'un délai de six mois lui soit accordé, à enjoindre au préfet du Nord de lui désigner un hébergement et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement en cas de refus de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle est dans une situation de vulnérabilité en raison de son état de santé et que le préfet ne justifie pas de l'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 mars 2025 à 10 heures, en présence de Mme Debuissy, greffière, M. Perrin, juge des référés, a lu son rapport et entendu Mme B, représentant le préfet du Nord et Me Vergnole représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen. ". Aux termes de l'article L. 551-11 de ce code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Enfin, aux termes de l'article L. 552-15 de ce même code: " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu / () / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. " et aux termes de l'article R. 552-12 dudit code : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce qu'il soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Mme C alors demanderesse d'asile, a été hébergée au centre d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile AIR de Tourcoing. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision du 12 février 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 22 octobre 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Cette dernière décision lui a été notifiée le 4 novembre 2024. Par une décision du 26 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a signifié à l'intéressée la sortie du logement mis à sa disposition. Par une lettre du 22 janvier 2025, Mme C a été mise en demeure par le préfet du Nord de quitter ce logement dans le délai de quinze jours suivant cette notification. Cette mise en demeure est restée infructueuse.

7. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être indiqué, Mme C se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. De même, il n'est pas contesté que Mme C a été informée dès la signature de son contrat de séjour et à nouveau ensuite à trois reprises qu'elle devait quitter son hébergement lorsque son droit au maintien sur le territoire français prenait fin. Enfin, si Mme C fait valoir sa vulnérabilité, il résulte des pièces qu'elle fournit qu'elle vit seule et que les pièces médicales qu'elle fournit dont les plus récentes date du 23 mai 2024 et de novembre 2024 ne démontrent pas que son hébergement soit un élément déterminant de son état de santé. Dès lors, la mesure d'expulsion demandée par le préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. En second lieu, le préfet du Nord soutient que 558 demandeurs d'asile sont en attente d'attribution d'un hébergement dans le département du Nord. Il produit également un tableau établi par l'office français de l'immigration et de l'intégration indiquant que 30 personnes, dont Mme C, occupent indûment un hébergement pour demandeurs d'asile dans le centre où elle est hébergée. Compte tenu de ces éléments, la libération des lieux par Mme C présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile, dont le préfet indique qu'ils ont été 5432 en 2024 dans le département du Nord, soit une augmentation de 32% par rapport à 2023 et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département du Nord, un caractère d'urgence et d'utilité.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Nord tendant à ce que soit enjoint la libération immédiate par Mme C du logement qu'elle occupe au centre d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile AIR de Tourcoing. Faute pour l'intéressée et toutes personnes l'accompagnant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

10. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande à ce titre de Mme C, qui est la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à Mme C et à toutes personnes l'accompagnant de quitter sans délai l'hébergement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe au centre d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile AIR de Tourcoing.

Article 3 : À défaut pour Mme C de déférer à l'injonction prononcée à l'article 1er ci-dessus, le préfet du Nord pourra procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée.

Article 4 : Le préfet du Nord est autorisé à donner toutes instructions utiles afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 5 : Le surplus des conclusions de Mme C est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme A C.

Copie de la présente ordonnance sera adressée pour information au préfet du Nord et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Lille, le 13 mars 2025

Le juge des référés,

Signé

D. Perrin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2501687

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