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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2601738

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2601738

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2601738
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPERINAUD

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande de suspension d'un refus implicite de renouvellement de carte de résident et de mesures provisoires. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lille (juge des référés). **Solution retenue** : Le juge ordonne la suspension de l'exécution de la décision de refus et enjoint au préfet de réexaminer la demande de la requérante dans un délai d'un mois, en lui délivrant dans l'intervalle un document provisoire autorisant le travail. Il accorde également l'aide juridictionnelle provisoire. **Textes appliqués** : L'article L. 521-1 du code de justice administrative (conditions du référé-suspension), ainsi que les articles L. 424-1 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (doute sérieux sur la légalité).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2026, Mme C... A..., représentée par Me Perinaud, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler sa carte de résident ;

3°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous huitaine et sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

Sur l’urgence :
- elle est présumée, s’agissant d’un refus de renouvellement de carte de résident en qualité de réfugiée ;
- elle est constituée, du fait de la vulnérabilité particulière qui a justifié son placement sous tutelle, de la perte de ses droits à l’allocation adulte handicapé et de l’imminence de la fin de ses droits à l’assurance maladie, faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour ;

Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-1 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu :
- la requête par laquelle la requérante demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Even, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Après avoir convoqué les parties à une audience publique ;

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 5 mars 2026 à 10h30 :

- les observations de Me Verhaegen, représentant Mme A... ;

à l’issue de laquelle le juge des référés a prononcé la clôture de l’instruction ;


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu’il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ».

Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

En premier lieu, le préfet du Nord n’ayant pas produit d’observations écrites dans la présente instance, ni été représenté lors de l’audience publique, il n’est fait état d’aucune circonstance de nature à renverser la présomption d’urgence indiquée au point précédent. Dès lors, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie en l’espèce.

En second lieu, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 424-1 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Il s’ensuit que Mme A... est fondée à demander la suspension de l’exécution de la décision attaquée, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la requête tendant à son annulation.

Eu égard à l’office du juge des référés, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet du Nord de réexaminer la demande de Mme A..., en tenant compte des motifs énoncés ci-dessus, et de statuer par une décision expresse dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte, et, dans l’attente, de la munir d’un document provisoire l’autorisant à travailler, dans le délai de huit jours.

Enfin, il y a lieu, eu égard à l’urgence, d’admettre Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Perinaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de sa cliente à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Perinaud de la somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A... est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la demande de Mme A... et de statuer par une décision expresse, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l’attente, de la munir d’un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de huit jours.

Article 4 : L’Etat versera à Me Perinaud une somme de 800 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans les conditions indiquées au point 7 des motifs de la présente ordonnance.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B..., à Me Perinaud et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 12 mars 2026.

Le juge des référés,

Signé,

P. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,

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