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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2602152

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2602152

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2602152
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille rejette la demande de suspension en référé du refus de titre de séjour « parent d’enfant français ». La juridiction estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, considérant que le requérant est en situation irrégulière depuis 2019 et que son maintien sur le territoire constitue une menace pour l'ordre public au regard de ses condamnations pénales. Elle ne relève pas non plus de doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale, qui a procédé à un examen particulier de la situation au regard des dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des conventions internationales invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Sophie Danset-Vergoten, demande au juge des référés :

1°) de l’admettre à l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du 2 juillet 2025 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande de délivrance de titre de séjour « parent d’enfant français » ;

3°) d’enjoindre, sous astreinte, au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l’aide juridictionnelle, sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la requête est recevable car un recours en annulation contre la décision attaquée a bien été déposé ;
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision le place dans une situation de précarité administrative ; il indique avoir déjà fait l’objet d’une retenue administrative, ce qui génère un stress important, et fait valoir que cette situation porte atteinte à celle de son fils mineur, de nationalité française, dont la résidence habituelle est fixée chez lui et qui nécessite un suivi médical pour lequel la présence de son père est requise ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision contestée est entachée d’une insuffisance de motivation, l’arrêté ne mentionnant pas l’ensemble des éléments de fait relatifs à sa situation personnelle, notamment sa volonté d’insertion ainsi que sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d’une erreur de droit dans l’application de l’article 6 4) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu’il est père d’un enfant français, qu’il exerce l’autorité parentale, que la résidence de l’enfant est fixée à son domicile et qu’il contribue à son entretien et à son éducation ;
- elle est également entachée d’une erreur de droit dans l’application de l’article 6 5) du même accord et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; il réside en France de manière continue depuis six ans ; il est père d’un enfant mineur français dont la résidence habituelle est fixée chez lui et il est en couple avec une ressortissante française ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant, dès lors que l’intérêt supérieur de son enfant mineur français, dont il assure la résidence habituelle ainsi que l’entretien et l’éducation, n’a pas été pris en compte ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux et particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2026, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie : premièrement, le requérant est en situation irrégulière depuis le 28 mars 2019 date à laquelle il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français qu’il n’a jamais exécutée ; il n’a jamais bénéficié d’un titre de séjour ; il ressort des jugements des juges aux affaires familiales que son fils est soumis à l’autorité conjointe de ses deux parents et que le rétablissement du lien avec sa mère est urgent ; deuxièmement, le maintien du requérant sur le territoire constitue une menace avérée pour l’ordre public car il a été condamné le 3 juin 2022 et le 20 novembre 2024 pour des faits respectivement de violences en réunion et vol en réunion, ces derniers faits étant commis postérieurement à la naissance de son enfant ;
- il n'existe aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est suffisamment motivée ;
- la décision ne méconnaît pas les dispositions des articles 6 4) et 6 5) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment au regard de la menace qu’il représente pour l’ordre public ;
- elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- sa situation a fait l’objet d’un examen sérieux et particulier.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 juillet 2025 sous le numéro 2807409 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Legrand, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 17 mars 2026 à 9 heures 45 :

- le rapport de Mme Legrand ;

- les observations de Me Rimetz substituant Sophie Danset-Vergoten avocate de M. B... qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :
- la décision du 2 juillet 2025 préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts à trois égards : premièrement, elle le place dans une précarité administrative alors qu’il a reçu des récépissés de demande de carte de séjour ; deuxièmement, elle a un impact considérable sur sa liberté d’aller et venir, puisqu’il a déjà été contrôlé et placé en retenue administrative ; troisièmement, il est père d’un enfant français dont la résidence administrative est fixée chez lui et qui bénéficie d’un suivi orthophoniste qu’il assure ; la place de la mère de l’enfant est très compliquée en l’absence de logement stable et elle n’est pas en mesure aujourd’hui d’assurer l’exercice de ses droits sur son fils ; elle a établi une attestation indiquant qu’elle est sans domicile fixe et ne peut pas toujours s’occuper de lui ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- M. B... a droit à un titre de séjour sur le fondement de l’article 6 4) de l’accord franco-algérien car il remplit toutes les conditions qui y sont posées.

- les observations de Me Reis, avocat du préfet du Nord qui conclut aux mêmes fins que précédemment et souligne en outre que :
- l’urgence n’est pas constituée pour les raisons développées dans son mémoire écrit ;
- il n'existe aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la seule circonstance qu’il soit parent d’un enfant français ne dispense pas l’administration d’examiner globalement sa situation ; M. B... est en situation irrégulière, a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français en 2019 non exécutée et a été condamné à deux reprises en 2022 et 2024 ; il représente une menace pour l’ordre public ; la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à sa demande de titre de séjour en raison de ses condamnations, de son absence d’explication lors de la séance et de son infraction commise postérieure à la naissance de son fils ; l’accord franco-algérien ne prévoit pas une délivrance automatique de titre de séjour au parent d’un enfant français mais ménage une appréciation de la situation par le préfet ;
- il n’est pas contesté que M. B... est père d’un enfant français mais la protection de l’ordre public doit prévaloir ; il n’exerce pas l’autorité parentale seul sur son enfant et le juge aux affaires familiales insiste sur la nécessité que la mère réintègre la relation avec son fils ; son concubinage actuel n’est pas prouvé ; il n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine ; il n’a pas de ressources suffisantes pour contribuer à l’éducation de son fils.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 11 avril 1996 à Boghni (Algérie), est entré en France le 15 mars 2019 muni d’un visa de court séjour valable du 1er au 22 mars 2019. Se prévalant de sa qualité de parent d’enfant français, il a sollicité, le 20 septembre 2023, la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Après la consultation de la commission du titre de séjour qui a rendu un avis défavorable à sa demande de titre, le préfet du Nord a, par un arrêté du 2 juillet 2025, rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B..., l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cet arrêté en tant qu’il porte refus de titre de séjour.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente.

3. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre M. B..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

En ce qui concerne la condition d’urgence :

5. Aux termes du premier alinéa de l’article R.522-1 du code de justice administrative : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. ».

6. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.


7. Il résulte de l’instruction que la décision contestée ne constitue pas un refus de renouvellement de titre de séjour mais un refus de délivrance d’un premier titre de séjour. La condition d’urgence n’est donc pas présumée remplie et doit être démontrée par le requérant.

8. Il résulte de l’instruction que M. B... est père d’un enfant de nationalité française né le 13 novembre 2021 sur lequel la mère de l’enfant et lui exercent conjointement l’autorité parentale. Si par deux jugements du 3 août 2022 et du 18 janvier 2024, les juges aux affaires familiales des tribunaux judiciaires de Lille et d’Evry avaient fixé la résidence habituelle de l’enfant au domicile de la mère, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille, constatant l’instabilité de la situation de la mère notamment au regard de son logement, a, par un jugement du 4 avril 2025, fixé la résidence habituelle de leur enfant au domicile du père qui atteste vivre depuis juillet 2022 dans un foyer stable avec une concubine de nationalité française. Les pièces produites établissent que celui-ci assure la prise en charge quotidienne de l’enfant et participe à son suivi, notamment médical, et que la mère de l’enfant ne dispose pas encore d’un logement pérenne qui lui permette d’accueillir régulièrement son enfant, ainsi qu’en témoigne son attestation du 18 février 2026. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour est susceptible d’avoir des effets immédiats sur la situation familiale du requérant et de son fils.

9. Pour contrebalancer l’intérêt du requérant et de son fils à obtenir la suspension de la décision de refus de titre de séjour opposée à M. B..., l’administration se prévaut de l’intérêt public, en invoquant les deux condamnations pénales prononcées à l’encontre de l’intéressé par le tribunal correctionnel de Lille, d’une part le 3 juin 2022 pour des faits de violences commises en réunion le 25 septembre 2021, à raison de quatre mois d’emprisonnement avec sursis, d’autre part, le 20 novembre 2024 pour des faits de vol en réunion commis le 28 avril 2024, à raison de 105 heures de travail d’intérêt général. Cependant, et même si les derniers faits ont été commis postérieurement à la naissance de son enfant, ces éléments, pour peu rassurants qu’ils soient sur la capacité de M. B... à adopter une vie sociale intègre, ne suffisent pas, en l’état de l’instruction, à écarter l’existence d’une atteinte grave et immédiate à la situation familiale du requérant et de son fils en bas-âge. Dans les circonstances particulières de l’espèce, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

10. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d’une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 2 juillet 2025 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de M. B... de délivrance d’un titre de séjour en qualité de « parent d’enfant français », jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.



Sur les conclusions à fin d’injonction :


12. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de M. B.... Il y a, par suite, lieu d’enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte des motifs de celle-ci, et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, renouvelée sans discontinuité, jusqu’à ce que ce réexamen ait été effectué. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Sophie Danset-Vergoten, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros à verser à Me Sophie Danset-Vergoten en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.










O R D O N N E :

Article 1er : M. B... est admis à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’exécution de la décision du 2 juillet 2025 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de M. B... de délivrance d’un titre de séjour « parent d’enfant français », est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte des motifs de celle-ci, et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, renouvelée sans discontinuité, jusqu’à ce que ce réexamen ait été effectué.

Article 4 : L’État versera la somme de 800 euros à Me Sophie Danset-Vergoten, conseil de M. B..., en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sophie Danset-Vergoten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., Me Sophie Danset-Vergoten et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 19 mars 2026.

La juge des référés,

Signé,


I. Legrand


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
La greffière




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