Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2026, un mémoire complémentaire et, un mémoire de production de pièces enregistrés le 16 mars 2026, Mme A... B..., représentée par Me Claire Perinaud, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 11 février 2026 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de son titre de séjour « étudiant » ;
2°) d’enjoindre, sous astreinte, au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n’a pas formulé une demande de changement de statut en faveur d’un titre de séjour mention « vie privée et familiale » pour raisons de santé mais bien une demande de renouvellement de son titre de séjour mention « étudiant » ; elle a écrit à plusieurs reprises à l’administration pour lui signaler l’erreur d’aiguillage de sa demande ; elle a reçu un accusé de réception de dépôt et une attestation de prolongation d'instruction en lien avec sa demande de renouvellement de son titre de séjour « étudiant » ;
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’elle est présumée en matière de refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision contestée entraîne des conséquences graves et immédiates sur sa situation, puisqu’elle ne peut pas effectuer le stage obligatoire de quatre mois conditionnant la validation de son master 2 de droit « parcours dialogue social », avec le risque de devoir redoubler et de perdre le bénéfice des matières déjà validées au titre de l’année universitaire 2024-2025 en raison de la réforme prévue de la formation pour l’année universitaire 2026-2027 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d’une incompétence de sa signataire qui ne justifie pas bénéficier d’une délégation de signature régulière et publiée au recueil des actes administratifs ;
- la décision est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation : le préfet a instruit sa demande comme une demande de titre de séjour pour soins en raison des éléments médicaux qu’elle a produits pour justifier son redoublement, sans examiner sa demande de renouvellement en qualité d’étudiante ni tenir compte des nombreux courriers par lesquels elle a précisé le fondement de sa demande et transmis des éléments relatifs à la poursuite de ses études, notamment son certificat de scolarité ;
- la décision est entachée d’une insuffisance de motivation : elle ne fait pas état de sa qualité d’étudiante ni de la poursuite de ses études, et n’examine pas sa situation au regard des stipulations applicables de l’article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation et méconnaît les stipulations de l’article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : le préfet s’est abstenu d’examiner la demande de renouvellement du titre de séjour étudiant qu’elle a présentée, alors qu’elle justifie d’un parcours universitaire réel et sérieux en droit depuis son entrée en France, avec l’obtention d’une licence et de sa première année de Master 1 de droit social et la validation des enseignements de son Master 2 de droit « parcours dialogue social », son redoublement étant uniquement lié à l’interruption de son stage obligatoire pour raisons de santé ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales : eu égard à sa présence continue en France depuis 2019, à son intégration attestée par la poursuite et la réussite de ses études de droit, au fait qu’il ne lui reste qu’un stage à effectuer pour valider son Master 2, à la présence en France de sa tante qui l’a recueillie et à l’absence d’attaches familiales en Côte d’Ivoire où ses parents sont décédés, le refus de renouvellement de son titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2026, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de la décision manque en fait, dès lors que l’arrêté contesté a été signé par le chef de la section des mesures individuelles et du contentieux, qui disposait d’une délégation de signature régulière régulièrement publiée pour signer les décisions relatives au séjour des étrangers ;
- le moyen tiré du défaut d’examen réel et sérieux de la situation de l’intéressée doit être écarté dès lors que la demande enregistrée le 21 juin 2025 a été instruite comme une demande de titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers, ainsi que l’attestent les pièces du dossier et la saisine de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ; aucune demande distincte et complète de renouvellement du titre de séjour en qualité d’étudiante n’a été régulièrement déposée, les courriels invoqués ne pouvant en tenir lieu ; le préfet a, en tout état de cause, procédé à un examen complet et individualisé de la situation personnelle, familiale et administrative de Mme B... ;
- le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté dès lors que celle-ci comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en se référant notamment aux dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers, à l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration et à la situation personnelle et familiale de l’intéressée ; le préfet n’était pas tenu de motiver sa décision au regard de la qualité d’étudiante de la requérante ni de la convention franco-ivoirienne, en l’absence de demande régulièrement présentée sur ce fondement ;
- les moyens tirés de l’erreur de droit, de la méconnaissance de l’article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 et de l’erreur manifeste d’appréciation ne sont pas établis , dès lors que la demande de l’intéressée a été instruite comme une demande de titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers, sans qu’aucune demande régulière de renouvellement en qualité d’étudiante ait été déposée ; le préfet n’était pas tenu d’examiner sa situation au regard de cette convention ; en tout état de cause, il a procédé à un examen complet et individualisé de sa situation personnelle, familiale, universitaire et médicale, sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté dès lors que, malgré la durée de présence en France et la poursuite d’études, l’intéressée ne justifie pas de liens personnels et familiaux d’une intensité telle que le centre de ses attaches se trouverait en France ; elle ne démontre pas être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de dix-huit ans et où elle peut se réinsérer ; son état de santé permet une prise en charge appropriée en Côte d’Ivoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 mars 2026 sous le numéro 2602325 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Legrand, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 17 mars 2026 à 10 heures 30 :
- le rapport de Mme Legrand ;
- les observations de Me Geldof substituant Me Claire Perinaud avocate de Mme B... qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :
- elle est entrée en France en 2019 et a bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés ; elle a obtenu sa licence de droit et un Master 1 en droit social ; pendant son année de Master 2, elle n’a pas pu valider son stage entre décembre 2024 et janvier 2025 car elle est tombée malade ; en avril 2025, elle a été diagnostiquée séropositive ; en août 2025, son père est décédé ;
- en juin 2025, elle a fait une demande de renouvellement de titre de séjour « étudiant » et a joint une pièce médicale pour expliquer son échec en première année de Master 2 ; en septembre 2025, elle s’est rendue compte que sa demande sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France portait la mention « vie privée et familiale » ; elle a alors expliqué à l’administration qu’elle était bien demanderesse du renouvellement de son titre de séjour « étudiant » et non d’un changement de statut ; cependant, comme la préfecture l’a pressée pour obtenir des pièces dans le cadre d’un titre de séjour « malade », elle a répondu dans le délai de 5 jours imparti ;
- l’urgence est constituée alors qu’elle est en situation régulière depuis 2019, elle ne peut pas réaliser le stage obligatoire pour valider son Master 2 sans titre de séjour ; elle risque de perdre le bénéfice des matières déjà validées ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- l’administration n’a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ; elle a donné tous ses documents universitaires et a toujours indiqué demander le renouvellement de son titre de séjour « étudiant » ; or, le préfet ne cite pas ses études universitaires dans sa décision ;
- la décision est subséquemment entachée d’un défaut de motivation ;
- la décision est entachée d’erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard de l’accord franco-ivoirien ;
- la décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ses deux parents sont décédés ; elle serait isolée en cas de retour dans son pays d’origine ; elle est hébergée par sa tante en France.
- les observations de Mme B... qui s’en rapporte aux propos de son avocate et soutient que :
- elle a présenté sa demande de renouvellement de titre de séjour « étudiant » ; son statut a été basculé en demande de titre « vie privée et familiale » à son insu en septembre 2025, alors qu’elle n’a jamais demandé son changement de statut ; elle a bien reçu une attestation de prolongation d'instruction de renouvellement et non de première demande ;
- elle suit les cours du Master 2 de droit « parcours de dialogue social » et doit valider son stage avant septembre 2026 ; elle avait commencé un stage l’année dernière qu’elle a dû interrompre en raison de sa maladie.
- les observations de Me Reis, avocat du préfet du Nord qui conclut aux mêmes fins que précédemment et souligne en outre que la qualification de la demande de titre provient des éléments versés par Mme B... qui a mis en avant son état de santé ; l’administration a donc instruit la demande sur le fondement de la demande sur le fondement de son « état de santé ».
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... B..., née le 17 juin 2001 à Soungassou (Côte d’Ivoire) et de nationalité ivoirienne, est entrée en France le 29 août 2019 munie d’un visa « étudiant », valable jusqu’au 29 août 2020. Elle a ensuite été titulaire de cartes de séjour portant la même mention jusqu’au 30 septembre 2025. Le 21 juin 2025, elle affirme avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour « étudiant ». Par un arrêté du 11 février 2026, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour mention « vie privée et familiale » pour raisons médicales, l’a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par une ordonnance n°2510854 du 7 novembre 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Lille, saisi par Mme B... sur le fondement de l’article L.521-3 du code de justice administrative, a rejeté sa demande tendant à enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 11 février 2026 en tant qu’il porte refus de renouvellement de son titre de séjour mention « étudiant ».
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
En ce qui concerne l’urgence :
3. Aux termes du premier alinéa de l’article R.522-1 du code de justice administrative : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. »
4. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Si le préfet du Nord soutient que la requérante a demandé un changement de statut en faveur de la délivrance d’un titre de séjour mention « vie privée et familiale » pour raisons médicales, il ressort des pièces produites par Mme B... et non sérieusement contestées par l’administration, notamment des captures d’écran issues de son compte sur la plateforme de l’administration numérique pour les étrangers en France, de la confirmation du dépôt du 21 juin 2025 mentionnant un « renouvellement de titre de séjour » ainsi que de l’attestation de prolongation d’instruction comportant la même mention et des explications figurant dans les nombreux courriels qu’elle a adressés à la préfecture, que la demande présentée par Mme B... le 21 juin 2025 doit être regardée comme portant sur le renouvellement de son titre de séjour « étudiant » et non comme tendant à la délivrance d’un premier titre de séjour mention « vie privée et familiale » en considération de son état de santé. Par suite, la décision du 11 février 2026 du préfet du Nord qui refuse de lui délivrer une carte de séjour mention « vie privée et familiale » doit en réalité être regardée comme refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour « étudiant ». La condition d’urgence étant présumée en matière de refus de renouvellement de titre de séjour et le préfet du Nord ne contestant pas, au demeurant, que la condition d’urgence est satisfaite, celle-ci doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :
6. Aux termes de l’article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 : « Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d’effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l’autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l’article 4, justifier d’une attestation d’inscription ou de préinscription dans l’établissement d’enseignement choisi, ou d’une attestation d’accueil de l’établissement où s’effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d’existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour portant la mention “ étudiant ”. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou de stage et de la possession de moyens d’existence suffisants (…) ». Pour l’application de ces stipulations, il appartient à l’autorité administrative, saisie d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour présentée par un ressortissant ivoirien en qualité d’étudiant, de rechercher si l’intéressée peut être raisonnablement regardée comme poursuivant effectivement des études et d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
7. En premier lieu, au regard de l’erreur commise par l’administration dans l’instruction de la demande présentée par Mme B... et de sa focalisation sur les seuls éléments relatifs à son état de santé, les moyens tirés du défaut d’examen particulier de sa situation et de l’insuffisance de motivation sont, en l’état de l’instruction, susceptibles de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du préfet du Nord du 11 février 2026 valant refus de renouvellement de son titre de séjour « étudiant ».
8. En deuxième lieu, au regard du parcours universitaire réussi de Mme B..., qui a validé en 2022-2023 sa licence de droit, puis en 2023-2024 son Master 1 en droit social, avant de souffrir de graves problèmes de santé, dûment justifiés, qui l’ont empêchée de mener à son terme le stage en entreprise obligatoire pour obtenir son diplôme de Master 2 en droit « parcours dialogue social », dont elle a cependant validé l’essentiel des matières, les moyens tirés de l’erreur de droit, de l’erreur d’appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l’article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes sont, en l’état de l’instruction, susceptibles de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du préfet du Nord du 11 février 2026 valant refus de renouvellement de son titre de séjour « étudiant ».
9. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, n’étant pas opérants à l’encontre d’un refus de titre de séjour mention « étudiant », ne sont pas, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
10. Les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l’exécution d’une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du préfet du Nord du 11 février 2026 valant refus de renouvellement du titre de séjour « étudiant » de Mme B..., jusqu’à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
11. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire (…) ».
12. Dans le cas où les conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l’exécution d’une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d’une injonction, s’il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l’indication des obligations qui en découleront pour l’administration. Toutefois, les mesures qu’il prescrit ainsi, alors qu’il se borne à relever l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l’exécution par l’autorité administrative d’un jugement annulant la décision administrative contestée.
13. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique seulement mais nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de Mme. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de l’intéressée dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte des motifs de celle-ci, et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour, renouvelée sans interruption et valable jusqu’à ce que ledit réexamen ait été effectué. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte. En revanche, pour les motifs indiqués au point précédent, les conclusions tendant à ce que l’administration lui délivre une carte de séjour doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 800 euros à Mme B..., sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 11 février 2026 valant refus du préfet du Nord de renouveler le titre de séjour « étudiant » de Mme B... est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de Mme B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance en tenant compte des motifs de celle-ci, et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour, renouvelée sans interruption et, valable jusqu’à ce que ce réexamen ait été effectué.
Article 3 : L’Etat versera la somme de 800 euros à Mme B..., sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 19 mars 2026.
La juge des référés,
Signé,
I. Legrand
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière