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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2602805

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2602805

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2602805
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGOMMEAUX

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé, a été saisi d'une demande visant à constater l'inexécution d'une précédente ordonnance et à assortir l'injonction d'une astreinte. Le juge a rejeté la requête, considérant que l'administration avait, bien que tardivement, délivré l'autorisation provisoire de séjour prescrite, exécutant ainsi substantiellement l'injonction. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 et L. 521-4 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2026, Mme C... B..., représentée par Me Julie Gommeaux, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de constater l’inexécution de l’ordonnance n° 2600390 du 30 janvier 2026 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

2°) d’assortir l’injonction de réexamen de sa situation d’une astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son profit d’une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- en dépit des injonctions prononcées par l’ordonnance n° 2600360 du 30 janvier 2026 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, le préfet du Nord n’a pas procédé au réexamen de sa situation, dans le délai d’un mois, et ne lui a pas délivré, dans le délai de 15 jours, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
- l’inexécution de cette ordonnance constitue un élément nouveau au sens de l’article L.521-4 du code de justice administrative, justifiant que les mesures ordonnées soient modifiées afin de garantir l’exécution de l’ordonnance du juge des référés.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2026, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- à la date de l’ordonnance du 30 janvier 2026, la requérante était en possession d’un récépissé valable du 12 décembre 2025 au 11 mars 2026 ;
- le préfet a exécuté les mesures prescrites, puisqu’une autorisation provisoire de séjour lui est délivrée qui est valable du 27 mars au 26 juin 2026 ; elle est convoquée le 31 mars 2026 afin de retirer son autorisation provisoire de séjour en qualité de « parent d’enfant malade » ;

Vu :
- l’ordonnance n° 2600360 du 30 janvier 2026 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Legrand, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 31 mars 2026 à 14 heures :

- le rapport de Mme Legrand,

- les observations de Me Legallais substituant Me Gommeaux, avocate de Mme B... qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la préfecture du Nord a convoqué Mme B... aujourd’hui à 14 heures 50 a priori pour une remise d’autorisation provisoire de séjour ; cependant, elle ne dispose pas à cette heure de ce document et le réexamen de sa situation, qui devait en principe intervenir dans le délai d’un mois, n’a pas été effectué ; l’ordonnance n’a donc pas été complètement exécutée et il convient de tirer les conséquences du constat de cette inexécution en assortissant la précédente injonction d’une astreinte.

La clôture de l’instruction a été différée au 1er avril 2026 à midi.

Mme B..., représentée par Me Gommeaux, a produit le 1er avril 2026 antérieurement à la clôture de l’instruction, l’autorisation provisoire de séjour remise par le préfet du Nord et un mémoire par lequel elle persiste dans ses demandes. Ils ont été communiqués au préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., née le 24 mars 1989 à Cotonou (Bénin) et de nationalité béninoise, est entrée régulièrement en France le 15 février 2020 accompagnée de sa fille A.... Dès son arrivée, l'enfant a fait l’objet d’une prise en charge hospitalière pour une leucémie nécessitant des soins spécialisés. En raison de la pathologie de son enfant, Mme B... a bénéficié d’une première autorisation provisoire de séjour en qualité de « parent d’enfant malade » le 7 décembre 2021, renouvelée régulièrement par la suite. Par un courrier recommandé reçu en préfecture le 5 juin 2025, Mme B... a sollicité le renouvellement de son droit au séjour en demandant, à titre principal, un changement de statut en vue de l’obtention d’un titre de séjour mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article R.435-1 du même code, et, à titre subsidiaire, le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour en qualité de « parent d’enfant malade ». Une décision implicite de rejet est née le 5 octobre 2025 du silence gardé par l’administration sur sa demande.

2. Par une ordonnance n°2600390 du 30 janvier 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a suspendu l’exécution de la décision implicite née le 5 octobre 2025 sur la demande de titre de séjour de Mme B... jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité et a enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de Mme B... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, valable jusqu’à ce que ce réexamen ait été effectué. Par la présente requête, Mme B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier les mesures ordonnées en infligeant une astreinte au préfet du Nord.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 521-4 du même code : « Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d’un élément nouveau, modifier les mesures qu’il avait ordonnées ou y mettre fin. ».

4. La décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l’article L. 11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l’autorité qui s’attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l’exécution d’une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l’existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu’une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-4 du même code, d'assurer l'exécution des mesures ordonnées demeurées sans effet par de nouvelles injonctions et une astreinte.


5. En premier lieu, il résulte de l’instruction que Mme B... s’est vue remettre le 31 mars 2026 une autorisation provisoire de séjour en tant que « parent accompagnant » l’autorisant à travailler et valable jusqu’au 30 septembre 2026. Même si ce document provisoire n’a pas été remis à l’intéressée dans les quinze jours suivant la notification de l’ordonnance n°2600390 du juge des référés, l’injonction tendant à la remise d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler doit être regardée comme exécutée.



6. En second lieu, il résulte de l’instruction que, dans son ordonnance du 30 janvier 2026, le juge des référés a prononcé la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme B... un titre de séjour mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en retenant qu’étaient de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l’erreur manifeste d'appréciation. Il a également et notamment enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de Mme B... au regard de sa demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance, en plus de la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, prescrite dans les quinze jours de cette notification. En se bornant à délivrer une autorisation provisoire de séjour « parent accompagnant » valable six mois, le préfet a méconnu le caractère exécutoire et obligatoire de l’ordonnance du tribunal administratif de Lille du 30 janvier 2026 dans toutes ses dispositions.
7. Il résulte de ce qui précède qu’il doit être tenu pour établi que les injonctions prescrites par le juge des référés dans l’ordonnance du 30 janvier 2026 n’ont pas été entièrement exécutées. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer une astreinte si le préfet du Nord ne justifie pas avoir, dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance, exécuté l’ordonnance du juge des référés du 30 janvier 2026 dans toutes ses dispositions, en procédant au réexamen de la situation de Mme B... au regard de sa demande de titre de séjour, en tenant compte des motifs de celle-ci. Le taux de cette astreinte est fixé à 50 euros par jour, à compter de l’expiration du délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le paiement à Mme B... des frais engagés au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.





O R D O N N E :


Article 1er : Une astreinte est prononcée à l’encontre du préfet du Nord s’il ne justifie pas avoir, dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente décision, exécuté entièrement l’ordonnance du juge des référés du 30 janvier 2026, en procédant au réexamen de la situation de Mme B... et en se prononçant par une décision expresse sur sa demande de titre de séjour, tenant compte des motifs de cette ordonnance, ce jusqu’à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 50 euros par jour, à compter de l’expiration du délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B..., au préfet du Nord et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional des finances publiques du Nord-Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 3 avril 2026.

La juge des référés,

Signé,


I. Legrand

La République mande et ordonne au ministre d’État, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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