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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2603507

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2603507

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2603507
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande de suspension et d'injonction en référé-liberté concernant le refus d'inscription à une formation du CNFPT pour motif de restriction territoriale. **Juridiction** : Tribunal administratif de Lille (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés rejette la demande, estimant que le requérant ne démontre pas l'existence d'un moyen créant un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Il considère notamment que la politique d'inscription prioritaire par région, liée à la gestion des capacités d'accueil, ne méconnaît pas les textes régissant le CNFPT. **Textes appliqués** : Articles L. 521-1, R. 522-1 et L. 522-3 du code de justice administrative (conditions du référé-suspension et pouvoir de rejet), ainsi que les articles L. 451-1 et suivants du code général de la fonction publique relatifs au CNFPT.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2026, M. A... B... demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du 9 mars 2026 par laquelle le centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) a refusé de l’inscrire à la formation « Rédaction d'un mémoire en contentieux » organisée à Évry-Courcouronnes les 11 et 12 juin 2026 ;

2°) d’enjoindre au CNFPT de l’inscrire à cette formation.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie ; la session de formation des 11 et 12 juin 2026 est imminente et nécessaire à l’exercice de ses fonctions de juriste ; il a subi trois refus successifs en deux ans pour des motifs de restriction territoriale ; aucune session alternative accessible ne lui est garantie ; la décision contestée porte une atteinte grave à son droit à la formation garanti par l'article L. 414-1 du code général de la fonction publique ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le motif tiré de la restriction territoriale est dépourvu de base légale ; ni les articles L.451-1 et suivants du code général de la fonction publique, ni le décret n° 87-811 du 5 octobre 1987 ne prévoient de cloisonnement géographique ;
- le motif tiré de la restriction territoriale est incompatible avec le financement national mutualisé du CNFPT prévu aux articles L. 451-17 et L. 451-18 du code général de la fonction publique ; les cotisations obligatoires sont versées à l'établissement national et non aux délégations régionales ; cette restriction crée une contradiction entre le financement mutualisé du service et son accès restreint par région, contrairement aux objectifs de garantie du droit à la formation pour tous les agents affirmés dans le projet d'établissement du centre pour 2022-2027 ;
- les délégations régionales du CNFPT sont incompétentes ; ce sont des simples services déconcentrés dépourvus de compétence normative en vertu de l'article L. 451-12 du code général de la fonction publique ; seul le conseil d'administration national est compétent pour définir la politique générale de l'établissement en application de l'article L. 451-6 du code général de la fonction publique ;
- la restriction territoriale est inopposable faute d’avoir été publiée ou portée à la connaissance des agents, en méconnaissance des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision contestée viole le principe d'égalité d'accès au service public ; la distinction géographique ne repose sur aucun texte et ne correspond à aucune différence objective de situation ; ce critère ne répond à aucun motif d'intérêt général et méconnaît l'obligation de traiter de manière égale les usagers se trouvant dans une situation identique.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 31 mars 2026 sous le numéro 2603499 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Legrand, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

M. B... déclare être attaché territorial au sein du département du Nord et exercer les fonctions de juriste. Il a sollicité son inscription à la formation intitulée « Rédaction d'un mémoire en contentieux » organisée à Évry-Courcouronnes les 11 et 12 juin 2026. Par une décision du 9 mars 2026, la délégation régionale d’Ile-de-France du centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) a refusé de faire droit à sa demande d'inscription. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 9 mars 2026 et d'enjoindre au CNFPT de l’inscrire à cette formation.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

D’une part, aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. ».

Il résulte de ces dispositions que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

D’autre part, en vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

Pour justifier de l'urgence à statuer, M. B... fait valoir l’imminence de la formation, le caractère nécessaire de celle-ci à l’exercice de ses fonctions de juriste et les refus qui lui ont déjà été opposés pour le même motif de restriction territoriale en 2024 et 2025. Toutefois, il n’apporte, au soutien de sa demande, aucun élément de nature à justifier, d’une part, la date de la formation, d’autre part, les fonctions qu’il exerce au sein du département du Nord, permettant d’apprécier l’adéquation et la nécessité de la formation demandée au regard de ses missions, enfin, la preuve des deux précédents refus qui lui auraient été opposés en 2024 et 2025. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, la requête de M. B... doit être rejetée selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions à fin de suspension et d’injonction.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Fait à Lille, le 3 avril 2026


La juge des référés,


Signé,


I. Legrand


Pour expédition conforme,
La greffière,


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