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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100903

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100903

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100903
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantLECATRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er juin 2021, Mme A B, représentée par Me Lecatre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Allier (CAF) lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 8 858,35 euros, ensemble la décision du 4 mars 2021 par laquelle le département de l'Allier a rejeté sa demande en contestation de cet indu ;

2°) de lui accorder une remise totale de sa dette.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas établi que leur auteur avait reçu délégation au préalable ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la prescription biennale prévue par l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles s'applique dès lors que l'intention frauduleuse n'est pas établie ;

- elle est de bonne foi dès lors qu'elle ignorait devoir déclarer les intérêts de ses livrets d'épargne ainsi que les libéralités versées par son oncle ;

- l'omission de déclaration ainsi que sa réitération ne saurait suffire à caractériser une fausse déclaration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2021, le département de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision du 5 février 2021 est motivée ;

- l'indu en litige a pour origine l'absence de déclaration par l'intéressée des sommes versées par son oncle ainsi que les intérêts perçus sur son livret A et son livret de développement durable ;

- la fraude est caractérisée au regard de l'intention de Mme B de dissimuler ses revenus ;

- la bonne foi de Mme B ne pouvant être retenue, elle ne peut prétendre à une remise gracieuse de sa dette ;

- la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ne peut s'appliquer au regard du caractère frauduleux de la dette.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 5 février 2021 de la caisse d'allocations familiales de l'Allier, à laquelle s'est substituée la décision du 4 mars 2021 du département de l'Allier prise sur le recours administratif préalable obligatoire.

Par un mémoire, enregistré le 2 juin 2023, Mme B a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public communiqué.

Par une décision du 26 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle ayant donné lieu à un rapport d'enquête établi le 20 janvier 2021 par l'un de ses agents assermentés, la caisse d'allocations familiales de l'Allier a, par une décision du 5 février 2021, notifié à Mme B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 858,35 euros pour la période de février 2019 à janvier 2021. Mme B a formé un recours préalable à l'encontre de cette décision. Par une décision du 4 mars 2021, le département de l'Allier a rejeté sa demande en contestation de cet indu. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision du département de l'Allier du 4 mars 2021, prise sur le recours préalable obligatoire formé le 19 février 2021 par Mme B, s'est substituée à la décision initiale du 5 février 2021 de la caisse d'allocations familiales de l'Allier. Par suite, la requérante, qui doit être regardée comme contestant la décision du président du conseil départemental intervenue le 4 mars 2021, ne peut pas utilement invoquer une motivation insuffisante et un vice de forme affectant la décision du 5 février 2021.

Sur le bien-fondé de l'indu :

3. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

4. Lorsque l'un de ces organismes décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3°) () imposent des sujétions () ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Il ressort de la décision du 4 mars 2021 que l'indu de revenu de solidarité active réclamé à Mme B a pour origine l'omission de déclaration des libéralités versées par son oncle et de son épargne sur un livret A et un livret de développement durable lors de ses déclarations trimestrielles sur la période de février 2019 à janvier 2021 et, qu'à ce titre, elle était toujours redevable d'une créance de 8 733,35 euros auprès de la caisse d'allocations familiales de l'Allier. Dès lors, cette décision comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait devant y figurer en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés du vice de forme et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.

7. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Selon l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article L. 262-45 du même code : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. () ".

8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête établi le 20 janvier 2021 par le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Allier, que l'indu mis à la charge de Mme B a pour origine l'omission de déclaration de libéralités versées par son oncle ainsi que les intérêts générés par son livret A et son livret développement durable au mois de janvier de chaque année, durant la période en litige. Il ressort également de ce rapport d'enquête que Mme B a tenté de dissimuler l'argent placé sur ces mêmes livrets en les clôturant le 9 décembre 2020. Par suite, et alors que l'intention frauduleuse a été retenue par la caisse d'allocations familiales de l'Allier, la requérante ne peut se prévaloir de la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles précitées.

9. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de l'Allier a pu rejeter la demande de Mme B et procéder au recouvrement de l'indu.

Sur la demande de remise de dette :

10. Il ne ressort pas des éléments du dossier et notamment des courriers adressés et notifiés les 22 février 2021 et 1er mars 2021 à la caisse d'allocations familiales de l'Allier que Mme B a entendu solliciter auprès de ses services de la CAF une demande de remise de dette, l'intéressée s'étant bornée à une contestation du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active. Dans ces conditions, les conclusions visant à obtenir une demande de remise de dette sont irrecevables.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 mars 2021, ni la remise gracieuse de sa dette.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA La greffière,

E.CONSTANTIN-OUAGNE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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