vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301009 |
| Type | Décision |
| Recours | Question préjudicielle |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SAS ROUGE GUICHARD AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant-dire droit du 10 février 2022, le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand a :
- sursis à statuer dans l'instance engagée par le comptable public contre M. A B pour le condamner à payer la somme de 179 466 euros ;
- a relevé la question préjudicielle tenant à l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée sur les acomptes encaissés s'agissant de prestations de services qui présentent un caractère incertain lors de leur facturation ;
- et a renvoyé la partie la plus diligente à prendre l'initiative de saisir la juridiction administrative compétente de cette question préjudicielle.
Par des mémoires, enregistrés le 17 mai 2023 et le 3 août 2023, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut à l'exigibilité des montants correspondant aux rappels et déclarations de taxe sur la valeur ajoutée dus par la société Sylva bois.
Il soutient que l'administration est fondée à exiger, en application des dispositions de l'article 269 du code général des impôts, le paiement des montants de taxe sur la valeur ajoutée correspondant aux rappels et aux déclarations de la société Sylva bois
Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Rougé-Guichard, avocate, conclut à l'inexigibilité des montants correspondant aux rappels et déclarations de taxe sur la valeur ajoutée dus par la société Sylva bois.
Il soutient que la taxe sur la valeur ajoutée n'était pas exigible à l'occasion de l'encaissement des acomptes par la société Sylva bois en raison du caractère incertain des prestations commandées, tant en nature qu'en prix.
Par une ordonnance du 10 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 octobre 2024.
Vu :
- le jugement avant-dire droit du 10 février 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Sylva bois avait pour objet la construction et la vente de maisons à ossature bois. Par une proposition de rectification daté du 4 décembre 2017, l'administration a adressé à la société Sylva Bois une proposition de rectification par laquelle elle a mis à sa charge un rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 26 001 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. En outre, à la fin de l'année 2017 et au début de l'année 2018, la société Sylva bois a été soumise à une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 août 2017. À l'issue de cette vérification, l'administration a procédé à des rectifications en conséquence desquelles elle a, notamment, mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée de 14 524 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, de 33 837 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 et de 11 194 euros pour la période du 1er janvier 2017 au 31 août 2017. Par ailleurs, dans le cadre de ses déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée, souscrites au titre des mois de septembre à décembre 2017 inclus, de janvier à avril 2018 inclus et de septembre et d'octobre 2018, la société Sylva bois a déclaré comme sommes dues à ce titre au Trésor public, un montant total de 200 979 euros. Enfin, il est constant que la société Sylva bois n'a pas réglé les montants de 425 euros et de 423 euros correspondant à la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle était assujettie respectivement au titre des exercice 2017 et 2018. Il est également constant que la société Sylva bois a déclaré, au titre du mois d'avril 2018, la somme de 138 540 euros de taxe sur la valeur ajoutée due au Trésor public. Par un jugement du 26 avril 2018 du tribunal de commerce de Clermont-Ferrand, la société Sylva bois a été placée en redressement judiciaire convertie en liquidation judiciaire par un nouveau jugement rendu le 18 octobre 2018. Par un jugement du 17 novembre 2021, cette liquidation judiciaire a été clôturée pour insuffisance d'actif. Dans ces conditions, par assignation du 2 juin 2021, l'administration a engagé une procédure de reconnaissance de responsabilité pécuniaire de M. A B en application des dispositions de l'article L. 267 du livre des procédures fiscales en vue de le faire déclarer solidairement responsable du paiement de la somme de 179 466 euros correspondant pour partie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2014, du 1er janvier au 31 décembre des années 2015, 2016 et du 1er janvier au 31 août 2017, pour partie à des sommes déclarées par la société Sylva bois au titre de déclarations mensuelles souscrites pour les mois de septembre 2017 à mars 2018 inclus et pour partie au montant de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle était assujettie au titre de l'exercice 2017. Saisi de cette assignation, le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand, par un jugement du 10 février 2022, a considéré que la question relative à l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée sur les acomptes encaissés s'agissant de prestations de services qui présentent un caractère incertain lors de leur facturation présentait un caractère sérieux justifiant un renvoi préjudiciel devant le juge de l'impôt, a sursis à statuer sur le litige et a renvoyé la partie la plus diligente à prendre l'initiative de saisir la juridiction administrative compétente de cette question préjudicielle. Par ses mémoires, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut à l'exigibilité des sommes dues par la société Sylva bois au titre de la taxe sur la valeur ajoutée.
Sur la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ".
3. En premier lieu, il ressort des mentions du courrier du 1er février 2018 qu'en réponse à la proposition de rectification datée du 4 décembre 2017, la société Sylva bois a indiqué à l'administration qu'elle ne contestait pas les rectifications qui lui étaient notifiées par cette proposition en matière de rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Dès lors, la société Sylva bois doit être regardée comme ayant accepté les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui étaient alors réclamés au titre de l'exercice 2014. Il suit de là qu'il incombe à M. B de démontrer le caractère exagéré des impositions ainsi mises à sa charge en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
4. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas allégué par M. B que la société Sylva bois aurait présenté des observations en réponse à la proposition de rectification du 16 mars 2018 mettant à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 août 2017. Par suite, il appartient à M. B de démontrer le caractère exagéré des impositions ainsi mises à sa charge en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
5. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que la société Sylva bois a été assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de septembre 2017 à avril 2018 inclus et pour les mois de septembre et d'octobre 2018 d'après les bases indiquées dans ses déclarations mensuelles. En conséquence, M. B supporte la preuve du caractère exagéré de cette imposition conformément aux dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. Devant le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand, M. B a soutenu que la taxe sur la valeur ajoutée n'était pas exigible sur les acomptes encaissés par la société Sylva bois dans la mesure où ceux-ci correspondaient à des prestations de services présentant, lors de leur facturation, un caractère incertain. Par son jugement du 10 février 2022, le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand a renvoyé cette question devant le tribunal.
7. Aux termes du point 2 de l'article 269 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux périodes d'imposition en litige, : " La taxe est exigible : / () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".
8. Il résulte de ces dispositions, à la lumière de l'interprétation de l'article 65 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dont elles assurent la transposition, retenue par la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans ses arrêts Firin OOD du 13 mars 2014 (aff. C-107/13) et Kollross et Wirtl du 31 mai 2018 (aff. C-660/16 et C-661/16), que, si le fait générateur de la taxe sur la valeur ajoutée et son exigibilité interviennent en principe au moment où la livraison du bien ou la prestation de services est effectuée, la taxe devient toutefois exigible dès l'encaissement, à concurrence du montant encaissé, lorsque des acomptes sont versés avant que la prestation de services ne soit effectuée. Pour que la taxe sur la valeur ajoutée soit exigible sans que la prestation ait encore été effectuée, il faut, d'une part, que tous les éléments pertinents du fait générateur, c'est-à-dire de la future prestation, soient déjà connus et donc, en particulier, que, au moment du versement de l'acompte, les biens ou les services soient désignés avec précision et, d'autre part, que la réalisation de la prestation ne soit pas incertaine.
9. Dans ses écritures présentées à l'occasion du renvoi préjudiciel, M. B se borne à exposer " que la nature même des travaux réalisés par la société Sylva bois nécessitait systématiquement l'obtention préalable d'autorisations d'urbanisme, dont il est constant qu'elles n'avaient pas été délivrées à la date du paiement de l'acompte. En l'absence d'une telle autorisation, ou d'éléments montrant, au vu du projet envisagé, que sa délivrance apparaissait certaine, il ne pouvait être considéré que la prestation était certaine " sans produire de pièces devant le tribunal à l'appui de ses écritures. Dès lors, ni par son argumentation, ni par les éléments soumis à l'appréciation du tribunal, l'intéressé n'identifie les acomptes auxquels il entend faire référence. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que ces acomptes auraient été identifiés devant le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand. De surcroît, aucun des éléments du dossier ne tend à corroborer les allégations de M. B tenant, d'une part, à ce que les travaux de la société Sylva bois étaient systématiquement subordonnés à la délivrance préalable d'autorisations d'urbanisme et, d'autre part, à ce qu'aux dates de paiement des acomptes dont il entend se prévaloir, ces autorisations n'avaient pas été accordées. Dans ces conditions, M. B n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que les acomptes encaissés par la société Sylva bois correspondaient, lors de leur facturation, à des prestations revêtant un caractère incertain.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la taxe sur la valeur ajoutée n'était pas exigible sur les acomptes encaissés par la société Sylva bois.
D E C I D E :
Article 1er : Il est déclaré que la taxe sur la valeur ajoutée mise à la charge de la société Sylva bois par les rappels figurant aux propositions de rectification des 4 décembre 2017 et 16 mars 2018, couvrant les périodes du 1er janvier au 31 décembre des années 2014, 2015 et 2016 ainsi que la période du 1er janvier au 31 août 2017, était exigible sur les acomptes qu'elle a encaissés.
Article 2 : Il est déclaré que la taxe sur la valeur ajoutée déclarée par la société Sylva bois au titre de la période de septembre 2017 à avril 2018 inclus et pour les mois de septembre et d'octobre 2018 était exigible sur les acomptes qu'elle a encaissés.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme et à M. A B.
Copie en sera adressée pour information au tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — N° TA63-2200800
Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand rejette la requête du conseil régional de l'ordre des architectes, qui demandait l'annulation de la décision ministérielle ayant accordé l'inscription au tableau à une architecte. Le tribunal estime que le recours administratif préalable de l'architecte était recevable et que le conseil régional ne pouvait pas refuser l'inscription en se fondant sur des considérations déontologiques lors de l'examen de la demande. La décision s'appuie sur les articles 10 de la loi n°77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture et 21 du décret n°77-1481 du 28 décembre 1977.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — N° TA63-2201896
Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a statué sur la responsabilité de la commune des Martres de Veyre suite à la chute d'un usager dans un regard situé sur un espace public. La juridiction a retenu la responsabilité de la commune pour défaut d'entretien normal de cet ouvrage public, en application des principes de la responsabilité du fait des ouvrages publics. En conséquence, la commune a été condamnée à indemniser la victime pour ses préjudices, ainsi qu'à rembourser les sommes avancées par son assureur et par la caisse primaire d'assurance maladie.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — N° TA63-2202765
La société Viamedis contestait devant le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand des titres de recettes et des saisies administratives à tiers détenteur émis par le CHU de Clermont-Ferrand. Le tribunal a jugé irrecevable une partie des conclusions, relevant que les contestations portant sur l'exigibilité et le montant des créances relèvent du contentieux du recouvrement des créances non fiscales, de la compétence exclusive du juge de l'exécution en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Il a néanmoins examiné les autres moyens, notamment ceux relatifs à la prescription de l'action en recouvrement.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — N° TA63-2300219
Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B... A... visant à annuler le refus d'autorisation d'accès à une formation d'agent de recherches privées. Le juge a procédé à une substitution de base légale, retenant les articles L. 622-21 et L. 622-19 4° du code de la sécurité intérieure plutôt que ceux initialement invoqués par l'administration. Il a estimé que le refus, fondé sur des éléments de l'enquête administrative révélant un comportement contraire à l'honneur, à la probité ou aux bonnes mœurs, était légal.
27/03/2026