vendredi 22 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400370 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février 2024 et le 12 mars 2024, la société Reyflex, représentée par Me Jakob (SELARL Cornet Vincent Segurel), demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la procédure engagée par la chambre d'agriculture de la Haute-Loire pour la passation du lot n° 5 " Pendentifs ovins " et du lot n° 7 " Barettes rigides caprins ovins " du marché public ayant pour objet la fourniture de repères officiels d'identification ;
2°) d'enjoindre à la chambre d'agriculture de la Haute-Loire de reprendre la procédure au stade de la publication de l'avis d'appel public à la concurrence et de lui communiquer les informations sollicitées dans son courrier du 15 février 2023 ;
3°) de mettre à la charge de la chambre d'agriculture de la Haute-Loire une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la procédure de passation est irrégulière et méconnaît les dispositions de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique ainsi que le principe de transparence de la procédure dès lors que n'ont pas été transmis les motifs du rejet de ses offres et les caractéristiques et avantages des offres retenues :
* elle n'a pas reçu communication du prix des offres attributaires alors que le montant global de l'offre retenue doit être communiqué ;
* aucune appréciation précise sur les critères de sélection n'a été portée à sa connaissance ;
* aucune des informations complémentaires sollicitées conformément aux dispositions de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique n'a été transmise ; si la chambre d'agriculture estime avoir rempli ses obligations via le courrier du 5 mars 2024, ce dernier ne complète pas son information de sorte qu'elle ne dispose toujours pas du niveau d'information minimal concernant les caractéristiques et avantages des offres retenues (motivation des notes obtenues) ; les mentions dans le rapport d'analyse des offres sont insuffisantes ;
* s'agissant de la date à laquelle le marché est susceptible d'être signé, le courrier de rejet des offres est contradictoire dès lors qu'il mentionne deux délais différents de suspension de la signature ;
* ses intérêts ont été lésés par ces carences puisqu'elle ne dispose pas de l'ensemble des éléments lui permettant de contester utilement son éviction ;
- l'imprécision du sous-critère relatif à " la facilité d'utilisation et au conditionnement " a conféré au pouvoir adjudicateur une liberté discrétionnaire d'appréciation contraire au principe d'égalité de traitement des candidats et contraire au principe de transparence de la procédure :
* s'agissant de l'élément afférant au " conditionnement ", aucune information n'était donnée quant aux attentes du pouvoir adjudicateur et aux éléments valorisés ;
* s'agissant de l'élément concernant la " facilité d'utilisation ", aucune précision n'était apportée quant à son contenu et aux attentes du pouvoir adjudicateur ;
* les précisions apportées par la chambre dans son mémoire en défense concernant ses attentes n'étaient pas présentes au sein des documents de la consultation ;
* ces manquements liés à l'imprécision de ce sous-critère l'ont lésé et ont directement impacté l'appréciation des offres ;
* eu égard au très faible écart de notation entre ses offres et celles de l'attributaire, elle aurait pu se voir attribuer le marché si le sous-critère avait été défini avec suffisamment de précision ;
- les sous-critères relatifs à " la facilité d'utilisation et de conditionnement " et à la " visibilité " sont irréguliers dès lors qu'ils portent sur des éléments strictement réglementés et objectifs, validés de facto par l'obtention de l'agrément ministériel autorisant la commercialisation des repères d'identification, de sorte que, neutralisés, ils ne permettent pas de différencier les offres en méconnaissance du principe de transparence des procédures et de l'obligation de publicité et de mise en concurrence ;
- l'utilisation de " sous-sous-critères " sans indication de leur pondération est constitutif d'une atteinte au principe de transparence des procédures et d'un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence :
* il n'était pas indiqué si les éléments précisant le sous-critère " facilité d'utilisation et de conditionnement " constituaient des éléments d'appréciation ou de réels " sous-critères " ;
* il y a lieu de penser qu'une pondération a été appliquée afin de distinguer la facilité d'utilisation du conditionnement qui portent sur des points très différents et au vu de la note obtenue au sous-critère comportant une décimale ;
* contrairement à ce qu'affirme la chambre d'agriculture, ce critère pouvait et aurait dû faire l'objet d'une subdivision ; ces éléments ont été subdivisés et pondérés sans que les candidats n'en soient informés ;
* ce manquement a directement lésé ses intérêts car il ne lui a pas permis d'adapter ses offres et d'optimiser ses notes ;
- le sous-critère relatif à " l'adaptation aux pinces existantes " a été appliqué irrégulièrement
* ce sous-critère supposait la compatibilité des repères proposés aux pinces existantes ; or ce sont les pinces qu'elle a proposé qui ont été analysées, contrairement à ses concurrents tel que cela ressort du courrier de rejet de ses offres ;
* il n'était pas indiqué dans le règlement de consultation que la compatibilité des pinces avec les repères fournis et leur qualité seraient évaluées, de sorte que la chambre a porté une appréciation sur les offres au regard d'éléments qui n'étaient pas indiqués au sein des documents de la consultation et étaient sans rapport avec le sous-critère indiqué qui ne portait que sur la compatibilité des repères avec les pinces déjà utilisées par les agriculteurs ;
* ses intérêts ont été directement lésés dès lors que ses boucles étaient parfaitement compatibles avec les différentes pinces du marché, notamment celles utilisées par la chambre d'agriculture ;
- la chambre d'agriculture a méconnu les principes d'égalité entre les candidats et de transparence des procédures dès lors qu'elle a analysé le sous-critère de " l'adaptation aux pinces existantes " d'une manière irrégulière, que les offres présentées par la société ont reçu exactement la même appréciation que celles de la société attributaire pour deux sous-critères mais qu'elle a obtenu une note inférieure ; les pouvoirs adjudicateurs ont l'obligation de noter de manière identique deux offres ayant reçues une appréciation identique ;
- les offres qu'elle a présentées ont été dénaturées par la chambre d'agriculture :
* s'agissant du sous-critère " facilité d'utilisation et de conditionnement ", il n'est pas précisé comment le risque de cassure a été identifié ou évalué alors que le mémoire technique indique qu'il n'existe aucun risque résiduel de rupture ;
* sur ce même sous-critère, le mémoire technique précisait les modalités de conditionnement des repères expédiés et des repères non utilisés, de sorte que l'offre était très qualitative et ne justifie pas de la note de 6,8/15 attribuée pour le lot n° 7 ; la chambre d'agriculture n'apporte aucun élément justifiant que les offres concurrentes présentaient un niveau de performance supérieur ;
* s'agissant du sous-critère " visibilité ", le mémoire technique fait état d'une visibilité qui dispose d'une garantie décennale et d'un nouveau marquage au laser permettant une visibilité qualitative ne justifiant pas les notes attribuées ;
* s'agissant du sous-critère " adaptation aux pinces existantes ", les offres ont été analysées au regard des pinces qu'elle proposait de fournir et n'a ainsi pas concerné les repères fournis qui, au demeurant, s'adaptent à toutes les pinces utilisées par les agriculteurs ; de plus, si la chambre d'agriculture a noté l'innovation de la pince proposée pour le lot 5, celle proposée pour le lot 7 est différente et plus conventionnelle, alors qu'elles ont fait l'objet du même commentaire et de la même notation, révélant un défaut d'analyse.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, la chambre d'agriculture de la Haute-Loire, représentée par Me Duca, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Reyflex une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucune irrégularité et aucun manquement à la transparence des procédures ne lui est imputable dès lors qu'elle a porté à la connaissance de la société requérante les informations de nature à lui permettre de connaître les motifs de rejet de sa candidature et les motifs d'attribution à la société attributaire ; la société ne saurait, trois jours après la demande de communication des motifs du rejet de sa demande, soutenir que la chambre d'agriculture a méconnu les dispositions de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique ; elle a fourni les informations complémentaires conformément à la demande formulée ;
- le sous-critère " facilité d'utilisation et de conditionnement " ne peut pas être subdivisé ; elle pouvait ne pas exiger de forme de conditionnement particulière dès lors que l'objet du marché ne nécessitait pas la formulation d'une telle exigence et que les informations remises aux candidats leur permettaient de présenter une offre et de valoriser la qualité de leurs prestations ; la société ne saurait soutenir que l'étude de " la facilité d'utilisation " de son produit méritait des précisions dès lors qu'elle est coutumière de la procédure de sélection des offres et des modalités selon lesquelles les éleveurs sont susceptibles d'effectuer la pose de ces repères ;
- le recours à des exigences minimales quant à la qualité des repères fournis ne l'a pas privée de la faculté de comparer les mérites respectifs des offres ;
- rien ne permet de supposer que si une quelconque pondération supplémentaire avait été portée à la connaissance de la société requérante concernant la prétendue utilisation de " sous-sous critères ", cette dernière aurait présenté son offre différemment ; le sous-critère " facilité d'utilisation et de conditionnement " ne peut pas être subdivisé dès lors que la qualité du conditionnement participe à la facilité d'utilisation ; ces éléments constituent davantage des éléments d'appréciation des offres destinés à aiguiller les soumissionnaires sur l'analyse de la qualité de leur offre ;
- concernant le sous-critère relatif à " l'adaptation aux pinces existantes ", étaient évaluées tant la compatibilité des repères avec l'ensemble des pinces que la qualité de chaque pince en elle-même et sa faculté à s'adapter aux repères fournis par les autres candidats ; le fait que la société requérante ait entendu produire deux pinces ne présentant pas les mêmes degrés de performance est indifférent ; il n'existe pas de compatibilité entre les pinces utilisées lors de la pose de pendentifs et celle de barrettes ; la commission a pu librement juger que les pinces fournies par la société étaient innovantes sans pouvoir soutenir qu'une seule de ses pinces aurait été analysée ;
- elle a pu considérer que les pinces fournies, au titre de chacun des deux lots par la société requérante, lui apparaissaient innovantes comparées aux mérites respectifs des pinces produites sur le marché, estimer qu'elles n'avaient pas soulevé de difficultés quant à la compatibilité avec les autres repères, sans pour autant admettre la présence d'une offre plus qualitative que celle de l'attributaire ; elle a pu juger que chacune des deux offres lui apparaissait " moyennement satisfaisante " ou " inférieure " aux conditions définies dans l'appel d'offres tout en considérant que l'offre de la société attributaire était légèrement supérieure à celle de la société requérante et sans entacher la procédure d'une rupture d'égalité de traitement des candidats dès lors que les offres n'étaient pas équivalentes ;
- elle n'a pas dénaturé les offres de la société requérante, elles ont été évaluées strictement dans les mêmes conditions que celles des autres candidats ; l'étude de l'IDELE produite par la société requérante ne concernait pas les repères fournis dans le cadre du présent marché ; les mérites de son offre ne sont pas contestés et ont été comparés à ceux des autres candidats.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mars 2024 à 14h00 :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Jakob pour la Société Reyflex, représentée par M. A, présent, qui reprend ses écritures et précise qu'il demande au moins le montant global de l'offre attributaire et relève l'opacité de la méthode d'analyse des offres ;
- les observations de Me Rigault, substituant Me Duca, avocate de la chambre d'agriculture de la Haute-Loire, qui s'en rapporte aux écritures de sa consœur et précise que tous les éléments qui pouvaient être fournis l'ont été et que la société requérante ne démontre pas en quoi, si plus de précisions avaient été apportées sur les sous-critères, elle aurait présenté autrement son offre et aurait été attributaire ;
- les observations de M. B, représentant la société Datamars, qui précise que sa société a spécifiquement créé un produit pour ce marché consistant à proposer une boucle plus grande.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel à la concurrence, diffusé le 28 décembre 2023, la chambre d'agriculture de la Haute-Loire a engagé une procédure d'appel d'offres ouvert en vue de la passation d'un accord-cadre à bons de commande ayant pour objet la fourniture de repères officiels d'identification des espèces bovines, ovines, caprines et du matériel associé. La société Reyflex a soumissionné aux lots n° 5 " pendentifs ovins ", n° 7 " barrettes rigides caprins-ovins " et n° 9 " paturons caprins ". Par un courrier du 8 février 2024, cette dernière a été informée du rejet de ses offres pour les lots 5 et 7 et de leur attribution à la société Datamars. Par la présente requête, la société Reyflex demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation des marchés en litige et d'enjoindre à la chambre d'agriculture de la Haute-Loire de recommencer celle-ci.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () ". Aux termes du I de l'article L. 551-2 de ce code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge du référé précontractuel de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
Sur le défaut de transmission des motifs de rejet de l'offre :
4. Selon l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Aux termes de l'article R. 2181-4 dudit code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : 1° Lorsque les négociations ou le dialogue ne sont pas encore achevés, les informations relatives au déroulement et à l'avancement des négociations ou du dialogue ;
2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue. ".
5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue, a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.
6. D'une part, il résulte des pièces du dossier que, par le courrier du 8 février 2024 informant la société requérante du rejet de son offre et par courrier du 5 mars 2024 adressé en réponse à sa demande de communication des motifs de rejet de celle-ci, la chambre d'agriculture de la Haute-Loire a informé la société Reyflex du nom de l'attributaire, du classement de l'offre de la société requérante sur chacun des deux lots, des notes qui lui avaient été attribuées sur chacun des critères et sous-critères et de celles qu'a reçues l'offre retenue, des éléments de motivation, même succincts, justifiant les notes obtenues par les deux entreprises au titre de chaque critères et sous-critères. La société requérante a ainsi obtenu communication des informations de nature à lui permettre de connaître les motifs de rejet de son offre et de contester utilement son éviction. Si la société requérante a sollicité la communication du prix des marchés en litige, la communication du bordereau de prix unitaire constitue toutefois un élément qui reflète la stratégie commerciale de l'entreprise attributaire et est, de ce fait, couverte par le secret des affaires. Compte-tenu par ailleurs des informations communiquées, le moyen tiré de ce qu'elle n'a pas été informée des motifs de rejet de son offre doit, par suite, être écarté.
7. D'autre part, la circonstance que le courrier du 8 février 2024 adressé à l'entreprise requérante et l'informant du rejet de son offre mentionne deux délais différents de suspension de signature des marchés n'a pas été de nature à constituer, en l'espèce, un manquement aux obligations de transparence dès lors que la société évincée a pu contester, utilement, avant la signature des marchés en cause, la procédure d'attribution des lots.
Sur les sous-critères relatifs à la facilité d'utilisation et de conditionnement et à la visibilité :
8. Aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 2152-8 du même code : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de son article R. 2152-11 : " Les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation ". Enfin, aux termes de son article R. 2152-12 : " Pour les marchés passés selon une procédure formalisée, les critères d'attribution font l'objet d'une pondération ou, lorsque la pondération n'est pas possible pour des raisons objectives, sont indiqués par ordre décroissant d'importance. La pondération peut être exprimée sous forme d'une fourchette avec un écart maximum approprié ".
9. Pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces critères. Il doit également porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères dès lors que, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection. Il n'est, en revanche, pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres.
10. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, le sous-critère relatif à la facilité d'utilisation et du conditionnement, évalué, ainsi que le précise le règlement de consultation, à partir des échantillons " envoyés à toutes les étapes " est lié à l'objet du marché et n'est ni imprécis, ni de nature à conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur.
11. En deuxième lieu, le fait que ce sous-critère ait été évalué à partir des échantillons envoyés à toutes les étapes de la procédure, de la réception du colis à la pose, n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ou sur leur sélection. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'il se serait agi, non d'éléments d'appréciation mais de sous-critères dont la pondération aurait dû être préalablement indiquée.
12. En troisième lieu, la seule circonstance que l'appréciation de sous-critère relatif à la facilité d'utilisation et du conditionnement ou du sous-critère relatif à la visibilité des repères puisse impliquer d'examiner différentes caractéristiques des offres, ne constitue pas, en elle-même, une irrégularité.
13. Il en va de même de la circonstance que certains sous-critères, dont le sous-critère relatif à la visibilité des repères, portent sur des points faisant l'objet d'un agrément dès lors que cette circonstance n'a pas eu pour objet ni pour effet de conduire à ce que tous les produits proposés soient nécessairement strictement identiques, de telle sorte que l'examen comparé des offres au regard de ces sous-critères et éléments d'appréciation n'a pas été dénué de portée utile.
14. En quatrième lieu, la société requérante ne saurait en déduire que les offres auraient nécessairement été dénaturées si elles n'ont pas toutes obtenues la même note sur les points précités. L'existence de contraintes réglementaires n'a en effet ni pour objet ni pour effet d'imposer un modèle unique de produit, de sorte que l'existence de notes différentes ne peut, à elle seule, révéler une prétendue dénaturation des offres.
15. En cinquième lieu, la seule circonstance que, s'agissant du lot n° 7, certains sous-critères aient fait l'objet de commentaires littéraux identiques tout en conduisant à une notation différente n'a pas conduit, dans les circonstances de l'espèce, au regard de la nature des deux sous-critère en cause, à méconnaitre le principe d'égalité de traitement des candidats dans l'analyse des offres.
16. En sixième lieu, la société requérante ne peut utilement contester l'appréciation portée par l'acheteur public sur les offres, pour procéder à leur notation, au regard du sous-critère " facilité d'utilisation et de conditionnement " pour lequel un risque de cassure a été relevé ou du sous-critère " visibilité " alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette appréciation procéderait d'une dénaturation de ces offres et qu'il n'appartient pas au juge des référés précontractuels d'apprécier les mérites respectifs des offres.
Sur le sous-critère relatif à l'adaptation aux pinces existantes :
17. Le règlement de consultation prévoit, au titre de l'appréciation de la valeur technique de l'offre, le sous-critère " Adaptation aux pinces existantes " qui est évalué sur 10 points. Ce sous-critère est évalué au regard de sa " mobilité examinée à travers des échantillons envoyés, celle-ci se traduisant par la rotation entre les deux parties de la boucle ".
18. Il ressort de la lettre de rejet ainsi que du rapport d'analyse des offres communiqué à la société requérante que, s'agissant de la société évincée, ce sont les qualités de la pince qui ont été évaluées alors que, s'agissant de la société attributaire, seule la compatibilité des repères, objet du marché, avec l'ensemble des pinces existantes sur le marché, a été évaluée. La chambre d'agriculture a donc porté, s'agissant de la seule société requérante, une appréciation sur un critère qui n'était pas annoncé au règlement de consultation.
19. Toutefois, s'agissant du lot n° 5 " Pendentifs ovins ", la société requérante a obtenu la note globale de 80,19 sur 100 et, s'agissant du sous-critère " Adaptation aux pinces existantes ", la note de 4,6 sur 10 tandis que la société attributaire a obtenu la note globale de 89,24 sur 100. Ainsi, l'irrégularité commise par la chambre d'agriculture quant à l'appréciation du sous-critère " Adaptation aux pinces existantes " n'a pas été, au regard de l'écart de points séparant la société requérante de la société attributaire, de nature à avoir eu une influence sur le classement des offres, la société attributaire restant titulaire d'un nombre de points plus élevé.
20. S'agissant du lot n° 7 " Barettes rigides caprins ovins ", la société requérante a obtenu la note globale de 68,54 sur 100 et, s'agissant du sous-critère " Adaptation aux pinces existantes ", la note de 4,6 sur 10 tandis que la société attributaire a obtenu la note globale de 72,31 sur 100. Ainsi, l'irrégularité commise par la chambre d'agriculture quant à l'appréciation du sous-critère " Adaptation aux pinces existantes " a nécessairement été, au vu du faible écart de points séparant la société requérante de la société attributaire, de nature à avoir eu une influence sur le classement des offres.
21. Il résulte de ce qui précède que la société Reyflex est seulement fondée à demander l'annulation de la décision d'attribution du lot n°7 en litige, à la société Datamars.
22. La présente décision n'implique pas qu'il soit enjoint à la chambre régionale d'agriculture de la Haute-Loire de reprendre la procédure de passation, ce qu'il lui est loisible de faire, en tout état de cause.
Sur les frais liés au litige :
23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la chambre d'agriculture de la Haute-Loire la somme que la société Reyflex demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la chambre d'agriculture de la Haute-Loire soient mises à la charge de la société Reyflex, qui n'est pas la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : La procédure de passation du lot n° 7 " Barettes rigides Caprins ovins " du marché portant sur la fourniture de repères officiels d'identification des espèces bovines, ovines, caprines est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la chambre régionale d'agriculture de la Haute-Loire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la Société Reyflex, à la chambre d'agriculture de la Haute-Loire et à la société Datamars.
Fait à Clermont-Ferrand, le 22 mars 2024.
La juge des référés,
C. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400370