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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401776

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401776

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401776
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantPARME AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet et 18 septembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Paprec Auvergne, représentée par la SELARL Atmos Avocats, Me Braud, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article R. 531-1 du code de justice administrative, de prescrire un constat, au contradictoire du syndicat de valorisation et de traitement des déchets ménagers du Puy-de-Dôme (VALTOM) en vue de décrire la composition et la consistance des collectes provenant des adhérents du VALTOM et présentées à son centre de tri notamment des bennes dites déclassées.

Elle soutient que :

- liée par marché public au VALTOM, elle exploite un centre de tri d'emballages et papier (" bac jaune " des usagers) et a constaté depuis plusieurs mois la présence d'un grand nombre d'indésirables dans les collectes réceptionnées qui ne remplissent plus les conditions de traitement, l'obligeant à déclasser ces collectes litigieuses ; elle a alerté le VALTOM de cette situation qui s'aggrave ;

- ces collectes déclassées sont stockées et isolées afin d'être constatées par le VALTOM et la collectivité d'origine ; le déclassement des bennes est très contraignant, leur élimination est à sa charge à laquelle peuvent s'ajouter des pénalités pour non-atteinte des performances environnementales contractuelles ;

- elle subit un préjudice financier et est exposée à des sanctions pénales en raison des bennes de déchets stockées ;

- aucune solution constructive n'a pu être trouvée ; le VALTOM et les collectivités adhérentes tentent de contester la réalité des déclassements et le volume des déchets indésirables ;

- il est donc utile et urgent d'organiser un référé constat contradictoire pour établir la réalité des faits en vue d'une action juridictionnelle ;

- contrairement à ce que soutient le VALTOM, elle peut refuser un apport de déchets s'il ne satisfait pas aux caractéristiques précises de contenu ; ce sont les bennes entières qui sont déclassées sans l'obligation pour elle de faire un pré-tri ;

- elle respecte ses obligations contractuelles avec rigueur ; elle a mi en demeure le VALTOM de respecter ses obligations ;

- la mesure de constat sollicitée n'est pas en lien avec le contentieux indemnitaire qu'elle a initié le 23 juillet 2024, mais bien d'un litige susceptible de naître au regard des déclassements dont le VALTOM refuse toutes discussions ;

- elle est bien fondée à faire cette demande pour constater des faits susceptibles de donner lieu à un grand nombre de litiges devant la juridiction administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2024, le syndicat de valorisation et de traitement des déchets ménagers du Puy-de-Dôme, représenté par la SELARL Parme Avocats, Me Perois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Paprec la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- dès le début du marché, le 1er janvier 2021, des difficultés d'exécution ont été fréquemment constatées ; il apparaît que la SAS Paprec ne respecte pas un certain nombre de ses obligations contractuelles et procède à des déclassements massifs et systématiques ; il a mis en demeure cette société de respecter ses obligations contractuelles lui précisant qu'il pourrait faire application de pénalités ;

- il n'est engagé sur aucune qualité des déchets à trier ;

- en parallèle la SAS Paprec a saisi la juridiction d'une action indemnitaire, enregistrée sous le n° 2401713 ;

- la demande de constat en référé est inutile et pourrait être réalisé par un simple constat d'huissier ; il n'apporterait toutefois aucun élément à la résolution du litige indemnitaire ;

- la demande de constat est irrecevable ;

- la demande de constat n'est pas adaptée, ce constat nécessiterait une importante organisation logistique et complexe pour un coût exorbitant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 531-1 du code de justice administrative : " S'il n'est rien demandé de plus que la constatation de faits, le juge des référés peut, sur simple requête qui peut être présentée sans ministère d'avocat et même en l'absence d'une décision administrative préalable, désigner un expert pour constater sans délai les faits qui seraient susceptibles de donner lieu à un litige devant la juridiction. Il peut, à cet effet, désigner une personne figurant sur l'un des tableaux établis en application de l'article R. 221-9. Il peut, le cas échéant, désigner toute autre personne de son choix. (). ". Il appartient au juge des référés saisi d'une demande de constat de rechercher dans quelle mesure cette mesure peut être utile à la solution d'un éventuel litige.

2. Le syndicat de valorisation et de traitement des déchets ménagers du Puy-de-Dôme (VALTOM) a conclu avec la SAS Paprec Auvergne un marché public de service relatif à des prestations de tri des emballages et papiers collectés sélectivement sur le territoire du VALTOM et mise à disposition des matériaux pour les filières de recyclage. La société Paprec Auvergne fait valoir que la qualité des collectes de déchets entrantes est non conforme et que cette situation pour laquelle elle subit un préjudice financier, perdure depuis le début de l'exécution du marché. Par la présente requête, elle demande au juge des référés la désignation d'un expert afin de constater de manière contradictoire le volume, la nature et les caractéristiques des déchets collectés par les adhérents du VALTOM, de constater ses modalités de stockage et relater les contraintes résultant de la présence de ces déchets indésirables.

3. Il résulte toutefois de l'instruction que la société requérante a déjà saisi le juge, le 23 juillet 2024 sous le n° 2401713, d'une action indemnitaire, au demeurant en lien avec la qualité des collectes de déchets, et n'indique pas en quoi le constat sollicité serait utile à cette instance déjà en cours devant le juge du fond. En outre, il n'est pas démontré en quoi un simple constat de la nature des apports un jour donné permettrait d'éclairer l'instance dès lors que les apports journaliers sont nécessairement très divers et non représentatifs. Enfin, il est demandé plus qu'un simple constat dès lors que l'expert désigné serait amené à porter une appréciation sur la nature des apports. Il s'ensuit que la mesure demandée par la société Paprec Auvergne ne présente pas, en l'état, le caractère d'utilité requis par les dispositions de l'article R. 531-1 du code de justice administrative. Par suite, la requête ne peut qu'être rejetée.

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du VALTOM présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Paprec Auvergne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du VALTOM présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Paprec Auvergne et au syndicat de valorisation et de traitement des déchets ménagers du Puy-de-Dôme.

Fait à Clermont-Ferrand, le 1er octobre 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pm

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