Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2024, M. B... A..., représenté par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) d’annuler le titre de perception émis le 7 juin 2023 par la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est en vue du recouvrement de la somme de 8 663,55 euros correspondant à un rappel de rémunération, ensemble la décision implicite portant rejet de la contestation qu’il a formé contre ce titre ;
2°) de prononcer la décharge, à titre principal, en totalité ou, à titre subsidiaire, de la moitié de la somme de 8 663,55 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire de moitié la somme réclamée au regard de l’atteinte disproportionnée à sa situation financière ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui renonce à percevoir le bénéfice de l’aide juridictionnelle, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et l’article 37 de la loi de 1991.
Il soutient que :
- le titre exécutoire a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d’un défaut de signature et d’une qualité erronée ;
- la créance est entachée d’une absence de clarté ;
- le titre de perception est entaché d’une insuffisance de motivation ;
- la créance est dépourvue de caractère certain ;
- la décision implicite de rejet du 10 février 2024 est dépourvue de motivation ;
- la créance n’est pas fondée dès lors qu’elle repose sur une erreur de fait ; il a la qualité de fonctionnaire titulaire et non de fonctionnaire stagiaire, ce qui est de nature à l’entacher d’une erreur de droit, un régime juridique erroné ayant été appliqué à sa situation ;
- le titre n’est pas fondé dès lors qu’il retire illégalement une décision créatrice de droit de maintien à demi-traitement ;
- le montant du titre de perception est disproportionné.
Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère indique qu’il ne lui appartient pas de défendre dans la présence instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2025, la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Perraud,
- les conclusions de M. Nivet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 24 mars 2023, M. B... A..., fonctionnaire stagiaire dans le grade de gardien de la paix, a été mis en congé sans traitement à compter du 26 novembre 2022. Le 7 juin 2023, un titre de perception d’un montant de 8 663,55 euros correspondant à un rappel de rémunération sur la période allant du 26 novembre 2022 au 30 avril 2023 a été émis à son encontre. Par un courrier du 8 août 2023, M. A... a formé un recours administratif préalable obligatoire à l’encontre du titre de perception. Par sa requête, M. A... demande au tribunal de prononcer l’annulation du titre, ensemble la décision rejetant son recours, ainsi que de le décharger de l’obligation de payer les sommes dont l’administration poursuit le recouvrement.
Sur l’étendue du litige ;
Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
M. A... demande l’annulation du titre de perception du 7 juin 2023 émis par la préfète de la zone de défense Sud-Est afin de recouvrer un indu de rémunération d’un montant de 8 663,55 euros. Toutefois, le titre ayant été retiré par un « titre d’annulation » du 28 janvier 2025 et remplacé par un titre de perception du 3 février 2025 ayant la même portée, les conclusions dirigées contre le titre de perception du 7 juin 2023 doivent être regardées comme dirigées également contre le titre de perception du 3 février 2025. Il n’y a, en revanche, plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’annulation du titre de perception du 7 juin 2023 dont le retrait, qui n’a pas été contesté en lui-même, est devenu définitif, ainsi que sur celles tendant à l’annulation de la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire en date 8 août 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :
L’annulation d’un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n’implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d’une régularisation par l’administration, l’extinction de la créance litigieuse, à la différence d’une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l’annulation d’un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l’administration, il incombe au juge administratif d’examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n’est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu’il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
D’une part, aux termes de l’article 27 du décret du 14 mars 1986 alors applicable : « Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. / (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article 2 du décret du 7 octobre 1994 susvisé, codifié désormais à l’article R. 327-2 du code général de la fonction publique : « Les fonctionnaires stagiaires sont soumis aux dispositions des lois du 13 juillet 1983 et du 11 janvier 1984 (…) et à celles des décrets pris pour leur application dans la mesure où elles sont compatibles avec leur situation particulière (…) ». Il résulte de ces dispositions que, sauf disposition particulière, les fonctionnaires stagiaires sont soumis, en matière de rémunération, aux mêmes règles que les fonctionnaires titulaires du corps dans lequel ils ont vocation à être titularisés.
Il résulte des dispositions mentionnées aux points 5 et 6 que lorsque le fonctionnaire stagiaire a épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie, d'une part, de saisir le conseil médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou, s’il est inapte à reprendre ses fonctions, sur sa mise en congé sans traitement, et, d'autre part, de lui verser un demi-traitement dans l'attente de l’avis du conseil médical et jusqu’à la date de la décision de l’autorité compétente. La circonstance que la décision prononçant la mise en congé sans traitement rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n’a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par les dispositions citées au point précédent.
En application des principes rappelés précédemment, si M. A... n’avait aucun droit au maintien d’un plein traitement à l’expiration de ses congés de maladie ordinaire, en revanche, son placement, à titre rétroactif, en congé sans traitement à compter du 26 novembre 2022 n’entraîne pas le remboursement du demi-traitement qui lui a été versé à compter de cette date jusqu’au 24 mars 2023 au regard du caractère créateur de droits de la décision maintenant son demi-traitement. Dans ces conditions, M. A... est fondé à demander l’annulation du titre exécutoire du 3 février 2025 en litige en tant seulement qu’il procède à la récupération du demi-traitement versé pour la période du 26 novembre 2022 au 24 mars 2023 et à en obtenir la décharge dans cette seule mesure.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que le titre exécutoire du 3 février 2025 est annulé en tant qu’il procède à la récupération du demi-traitement versé pour la période du 26 novembre 2022 au 24 mars 2023 et que M. A... est fondé à en obtenir la décharge dans cette mesure.
Sur les conclusions à fin de réduction de la créance :
Les conclusions à fin de décharge de la somme étant accueillies, il n’y a pas lieu d’examiner les conclusions, présentées à titre subsidiaire, tendant à la réduction de moitié de la somme en litige.
Sur les conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Carmier, avocat de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Carmier de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre exécutoire du 3 février 2025 est annulé en tant seulement qu’il procède à la récupération du demi-traitement versé pour la période du 26 novembre 2022 au 24 mars 2023. M. A... est déchargé, dans cette mesure, de l’obligation de payer en résultant.
Article 2 : L’Etat versera à Me Carmier une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Carmier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera donnée pour information à la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller,
Mme Michaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.
Le rapporteur,
G. PERRAUD
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.