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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2403011

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2403011

vendredi 11 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2403011
TypeDécision
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSHVEDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a examiné la requête de Mme A B, ressortissante arménienne, contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, l'interdiction de retour de trois ans et l'assignation à résidence pris par la préfète de l'Allier. La requérante invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que les décisions étaient suffisamment motivées, que la préfète n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 29 novembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 6 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 29 mai 2024 notifiés le 29 novembre 2024 par lesquels la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, l'a informée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa demande de régularisation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder au retrait de son inscription du système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la notification de l'arrêté a été réalisée dans un délai déraisonnable ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie préalablement ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en indiquant que l'intéressée ne justifie d'aucun élément ni circonstance humanitaire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la préfète de l'Allier a méconnu le 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination et la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- l'illégalité de la mesure d'éloignement entache d'un défaut de base légale la décision fixant le pays de renvoi et la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire implique l'annulation par voie de conséquence de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- il n'est pas justifié des risques pour l'ordre public ;

- la décision apparaît disproportionnée au regard de sa situation privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caraës.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante arménienne née le 24 juillet 1977, est entrée irrégulièrement en France le 22 décembre 2017 selon ses déclarations. Le 21 janvier 2019, elle a sollicité le bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 24 mai 2019 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 octobre 2019. Par un arrêté du 7 juillet 2020, la préfète de l'Allier a retiré son attestation de demandeur d'asile et l'a obligée à quitter le territoire français. Le 20 novembre 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par des arrêtés du 29 mai 2024 notifiés le 29 novembre suivant, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 16 décembre 2024, la magistrate désignée du tribunal a rejeté les conclusions à fins d'annulation présentée par Mme B dirigées contre les décisions du 29 mai 2024 par lesquelles la préfète de l'Allier l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ainsi que les conclusions relatives à l'injonction et a renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour et les conclusions à fin d'injonction y afférentes. Par suite, il y a lieu, par le présent jugement, de ne statuer que sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 29 mai 2024 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B et les conclusions à fin d'injonction y afférentes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La décision attaquée est signée par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par la préfète de l'Allier par un arrêté du 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer un certain nombre de décisions administratives à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. Le refus de titre de séjour vise les dispositions sur le fondement duquel il a été pris et explicite les motifs le justifiant en fait. Il comprend ainsi les considérations en droit et en fait qui le fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

5. Si les conditions de notification des décisions peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans influence sur leur légalité. Dès lors, le moyen tiré du caractère déraisonnable du délai de notification de la décision en litige est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de Mme B.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet aurait procédé à un examen de sa situation sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

9. En se bornant à soutenir qu'elle est bénévole dans une association depuis plus de trois ans, qu'elle possède des attaches fortes en France par le biais associatif, qu'elle suit des cours de français et qu'elle n'a plus d'attache dans son pays d'origine, Mme B n'établit pas que son admission exceptionnelle au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de Mme B.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement en France le 22 décembre 2017. Elle réside à l'accueil de jour de l'association Viltaïs à Montluçon, est engagée dans diverses associations et suit des cours de français. Son époux réside en Géorgie et son fils, résidant en France, se trouve dans une situation administrative similaire à la sienne. Par ailleurs, la requérante n'établit pas son insertion professionnelle et sociale en France. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale de Mme B.

12. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

13. La demande de titre de séjour présentée par Mme B ne figure pas au nombre de celles dont il appartient à l'autorité préfectorale, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, ce moyen dirigé contre le refus de titre de séjour est inopérant et doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour présentées par Mme B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2025.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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